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Pour apprécier les Horrors sous le soleil, créez votre propre caverne

The Horrors, Photo Anthony Mansuy

The Horrors sous le soleil à Rock en Seine. Photo Anthony Mansuy

Mes plus plates excuses. Il est des fois ou même l’envie de satisfaire ses lecteurs (y compris les plus difficiles), l’excitation d’un concert réussi ou la pression d’un rédacteur en chef n’y feront rien : vous n’avez pas envie d’écrire. Et un compte-rendu du samedi de Rock en Seine, un ! Avec quelques jours de retard, donc…

Bon. Quand faut y aller, faut y aller. Comme je vous le disais il y a quelques semaines, les comptes-rendu de festival me gavent au plus haut point, fussent-ils à lire ou à accoucher. Après tout, Hunter Thompson a un jour dit : « j’ai toujours considéré l’écriture comme le travail le plus détestable. J’imagine que c’est un peu comme la baise, seuls les amateurs s’y amusent. Les vieilles putes ne se marrent pas vraiment. Rien n’est marrant quand tu as à le faire, toujours, encore et encore, ou bien tu te fais dégager ».

Je pourrais bien avoir l’air cynique et moi aussi détestable, le schéma amer d’une vieille pute ayant tout juste passé la vingtaine. Mais ce n’est pas ce que je pense. Sans doute est-ce un simple état d’esprit, ou j’aspire peut-être de cette manière à insuffler quelque chose de neuf à ma modeste prose. Mais par la présente, je crois être sincère. Aussi sachez qu’après avoir rendu compte, à la va-comme-j’te-pousse certes, de la calamiteuse première journée de Rock en Seine, les deux dernières m’ont réjoui.

L'obscurité est une illusion d'optique, il faisait bien jour. Photo, AM.

L'obscurité est une illusion d'optique, il faisait bien jour. Photo Anthony Mansuy.

Ainsi je décide souvent de me surveiller de très près, et d’apprendre à la fermer rigoureusement. Quelque chose qui pourrait être qualifié d’auto-censure ? Ou bien, par anticipation, n’ai-je pas envie de lire le margoulin qui me crachera son venin mal orthographié, pérorant sur mes réflexions atrabilaires et mes gouts musicaux bien à moi. J’ai l’air antipathique et méprisant ? Rencontrez-moi. Je vous ai froissé ? Rencontrez-vous.

Rock en Seine, donc. Jour numéro deux. On s’en approche. Pour ne pas perpétrer l’erreur de la veille, je ne me pointe que pour le premier concert qui risque de me réchauffer les neurones, à savoir celui des Horrors. Ceux-ci étant responsables de ce que je suppose être le meilleur album de l’année, il m’était impensable de les manquer. Comme l’a dit Nico Prat il y a quelques jours dans ces mêmes colonnes, les corbeaux n’aiment pas le soleil. Dans Technikart, Benoit Sabatier parlait de Primary Colours comme d’un album flippant, il avait me semble-t-il raison. Et comme à 19h10, en plein été, eh bien il fait encore jour et chaud, une partie essentielle de la substance est supposée foutre le camp. A 21h10 il fera nuit et Calvin Harris jouera son truc. Qui a dit erreur de programmation ?

Une bonne quinzaine de minutes me suffira néanmoins à recréer le silo mental infesté de rats, d’âmes en peine et d’araignées monstrueuses dans lequel ce disque me projette inlassablement. « Par l’imagination nous abandonnons le cours ordinaire des choses », écrivit Bachelard dans L’air et les songes : essai sur l’imagination du mouvement. Faites voler ces maudits rayons de soleil hors de votre esprit, et Vivez votre réalité ! Vous pouvez pleinement expérimenter la mort sans émigrer du bureau en face duquel vous êtes mollement assis. Essayez. J’ai pris ma claque, les Horrors n’ont joué que des morceaux du second album, une chanson exceptée. Laquelle ? Je n’en ai aucune idée.

Je quitte mon silo, et me hâte pour voir The Offspring. Les californiens exploreront principalement leurs tout premiers albums, piochant copieusement dans Smash. Et à vrai dire, tant mieux. Aux premiers rangs, je prends part au pogo le plus pissant de ma maigre existence. N’est-ce pas ça que l’on appelle « la fête » ? Le rock-défoule, l’adolescence décomplexée et la bonne vieille déconne, c’est ici et pas ailleurs. J’avais presque envie de prendre la bouche de quelques-uns gros barbus suants qui m’entouraient.

Trêve de plaisanteries, revenons aux choses sérieuses. Calvin Harris entre en scène pour sa fanfaronnade. Quelques remarques à la volée : il est parfaitement en phase avec son époque, ce qui est par les temps qui courent synonyme de décoction exempte de toute forme d’humanité et de chaleur. Reste que je n’aime pas le vide, ses ersatz de textes ne seront pas même sujets à un quelconque commentaire de ma part. Ce mec a l’air enfermé dans je ne sais quelle idée à la con de lui-même et de sa musique. J’ai pour diagnostic, vaille que vaille, que ce type n’a pour unique but dans la vie que de renifler de la petite culotte. Autant dire qu’il a flairé le bon coup. Ouais, je suis un connard-bobo-de-gauche-élitiste-aigri. Et je peux aller me faire foutre. Maintenant, permettez-moi un léger anachronisme, car bien qu’ayant eu lieu après le concert de Faith No More, je vais causer de celui de Birdy Nam Nam immédiatement.

Ce fut l’émeute. Après un premier disque que j’ai considéré comme un OVNI, les Birdy ont sorti un second album électro-dancefloor frustrant, Manual For Successful Rioting. Ils voulaient se « rapprocher de [leurs] performances live », m’avait confié DJ Need lors de la sortie de l’album. Exit l’exploration, chaque piste était inexorablement gonflée aux bps, le beat prenant le pas sur presque tout ce qui pouvait rester de mélodie. Mais j’avais commis une erreur : il est des groupes à VOIR sur scène. Et Birdy Nam Nam en est. Moi le connard-bobo-de-gauche-élitiste-aigri, j’ai secoué mon cul sans vergogne pendant une bonne heure.

« Mais c’est merdique », entends-je ça et là lors du passage de Faith No More. Le métal, c’est comme ça, certains ne l’embrasseront jamais. Cette fois-ci je resterai en retrait, pas question de me mêler au pogo, je profite du spectacle de loin. Ne les ayant jamais vus en concert auparavant, je n’ai aucun point de comparaison, mais le tout me semble léger. Je ne retrouve pas, ou par moments très timidement, le groove et l’atmosphère filmique de Angel Dust ou de The Real Thing. Si vous n’avez pas été convaincus par le concert ou ne connaissez pas FNM, je ne vous conseillerai jamais assez de commencer par This Is It, le best of du groupe sorti en 2003.

A demain, pour le compte rendu de la journée de dimanche, avec Eagles of Death Metal, Them Crooked Vultures, Klaxons, MGMT et Prodigy !

2 Réponses to “Pour apprécier les Horrors sous le soleil, créez votre propre caverne”

  1. yann dit :

    A qui a une culture électronique sait très bien que les Birdy Nam Nam ca ne vaut rien.
    C’est de la grosse daube infâme franco française qui ne vaut rien musicalement.
    Mais bon les médias aiment la merde c’est bien connu

  2. Adrien Toffolet dit :

    Honte à nous, journalistes, d’aimer la musique qu’il ne faut pas !
    Nos excuses Ô Seigneur Lecteur…

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