Vous avez enregistré cet album en plusieurs sessions par-ci par-là, ça veut dire que vous ne l’avez pas conçu dans l’urgence ?
James Ford : Je ne sais pas si on est très bon là-dedans. Ces deux dernières années, nous avons été pas mal occupés à enregistrer, tourner ou produire d’autres groupes. Du coup, on a déterminé une date de sortie et chaque fois qu’on était en studio, on était contraint de travailler assez vite. On était assez pressé par le temps finalement. Le but en sortant du studio était d’avoir la satisfaction du travail accompli. On s’est juste accordé une séance l’an dernier pour improviser un peu sur des instrumentaux en se disant qu’on placerait des vocaux plus tard. On s’est retrouvé avec 7 ou 8 prises de voix qu’on a placé sur ces instrumentaux pour finir, et voilà.
James Shaw : Une fois les vocaux obtenus, on avait l’essence de l’album. Dès la fin de notre précédente tournée, on travaillait sur du neuf au bout de trois jours. C’était génial comme moment puisque ça coïncidait avec un feu d’artifice de mélodies et de bonnes idées. Ca a été une flambée d’inspiration très spontanée.
Avec l’expérience d’un premier album et le travail effectué sur d’autres projets à côté, avez-vous vite ciblé une approche différente des morceaux à aborder ?
James Ford : Oui et ça a été presque immédiat. On était alors dans une couleur musicale un peu cosmique, un peu krautrock, qui correspondait assez bien à ce qu’on écoutait alors du reste. Sur ce disque, on s’est surtout préoccupé du caractère domestique de la musique. On voulait faire un vrai album, genre, qu’on écoute chez soi avant tout. La surprise en fait est venue des voix. On ne prévoyait d’en mettre que sur 3 ou 4 titres, pas plus. Au final il y en a sur 7 titres. Ça donne un disque de chansons sur lesquelles on peut danser. Ça nous plait assez.
SIMIAN MOBILE DISCO – « CREAM DREAM » (AVEC LA VOIX DE GRUFF RHYS de SUPER FURY ANIMALS)
Du coup, les paroles ont-elles été une plus grande préoccupation que sur l’album précédent ?
James Ford : Disons que les paroles du premier album étaient complètement anodines, tout à fait accessoires. C’était franchement abstrait. Pour ce disque, on a fait appel à des gens comme Gruff Rhys qui est quand même assez réputé pour ses textes. Du coup, c’est certains certains que les paroles deviennent plus intéressantes (rires). Nous devons admettre qu’ils sont meilleurs que nous pour ça !
C’est toujours mieux de prendre des professionnels !
James Ford : C’est sûr ! Le truc c’est que nous ne sommes tout simplement ni chanteurs ni paroliers. En tant que producteurs, nous pouvons faire la distinction entre des bonnes paroles et des mauvaises paroles, mais ça ne fait pas de nous de très bons auteurs de paroles.
L’un comme l’autre vous travaillez comme producteurs pour d’autres artistes, en tant que producteurs, vous donnez votre point de vue à des chanteurs sur la pertinence de tel ou tel texte dans une chanson. Est-ce que cette appréciation change dès l’instant qu’il s’agit de titres pour Simian Mobile Disco ?
James Ford : Ça n’est pas si différent que ça. Quand on produit un autre groupe, c’est comme en faire partie l’espace d’un mois. Là les choses se sont inversées et nous avons été très agréablement surpris de voir les différents invités revenir avec des textes de très bonne qualité. Il n’y a rien de pire que de rejeter des textes commandés à des amis car on n’en est pas satisfaits. Là tout était bon du coup…
James Shaw : Les morceaux se sont affirmés et finalisés autour des prises de voix. Elles se sont retrouvées à être le point d’ancrage de chaque morceau. Alors plutôt que du synthétizeur, les voix ont joué ce rôle.
SIMIAN MOBILE DISCO – « AUDACITY OF HUGE » (AVEC LA VOIS DE CHRIS KEATING de YEASAYER)
Vous aviez un panel de chanteurs très intéressants, le voyez-vous comme le reflet de la génération années 00 des chanteurs ?
James Ford : Difficile à dire. On ne pense jamais de cette manière, à part en interviews. Nous espérons être des gens modernes qui faisons de la musique moderne. Du coup, on va chercher les gens qui nous semblent intéressants. Au risque de vous décevoir, le choix se situe plutôt sur le critère : « Hum, aimons-nous cette personne ? ». Si la réponse est oui, nous faisons la proposition. (rires)
James Shaw : Les morceaux définissent la personne à qui on va demander sa contribution. On va penser à une personne dont le chant nous paraîtrait intéressant pour tel ou tel morceau. Ça va nous exciter d’emblée d’imaginer telle personnalité se confrontant au son que nous venons de créer. Ce sont les morceaux en eux-mêmes qui décident.
Je pensais en écoutant votre disque aux différents albums des Chemical Brothers qui faisaient participer les voix les plus emblématiques des années 90 comme Noel Gallagher ou Bobby Gillespie. En cela votre disque fait la promotion des années 00…
James Ford : Nous sommes à la fois conscients et soucieux de l’inscription de la musique dans son époque. J’aime particulièrement écouter un disque de la fin des années 60 et l’apprécier dans les caractéristique de son époque, à cause du type de reverb utilisé, de l’écriture des paroles. Beaucoup de groupes recherchent le “classic album“, intemporel. Cette idée est assez ennuyeuse au final. Tous les deux nous sommes très heureux de sortir un album dont on peut dire qu’il “sonne très 2009“.
Vous êtes fiers d’être en 2009 ! Vous n’êtes pas comme ces gens qui auraient préférer naître dans les années 40 pour profiter des 60’s…
James Ford : Parfaitement. Ça ne nous empêche pas d’adorer et d’écouter beaucoup de vieille musique. Mais nous faisons des disques modernes.
SUITE DE L’INTERVIEW
Album : « Temporary Pleasure » (Wichita / Coopérative Music)
En concert le 19 septembre à Nantes dans le cadre du festival Scopitone.