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Doolittle, l’état de grâce des Pixies

Pixies en 1989, Photos D.R.

Pixies en 1989, Photos D.R.

La semaine prochaine les Pixies viendront tranquilou donner deux concerts basés autour de la réédition sans doute scolaire de “Doolittle“ déjà âgé de 20 ans. Bonne raison pour réecouter, se replonger en 1989 et se demander : « Ne serait-ce pas là un des plus purs joyaux de l’histoire de la pop ? »


pixies-doolittle

BLACK FRANCIS – « WAVE OF MUTILATION » (1989, The Other Side Of Midnight)

Oui il y a de quoi frémir à la vue de ces images (les amateurs auront reconnu l’impeccable présentation de Black Francis par Tony Wilson, à l’époque patron de Factory Records et de l’Haçienda). Oui mesdames et messieurs, ce bibendum pas très rassurant est bien le cerveau des Pixies à l’époque de la sortie de “Doolittle“. Le songwriter aux métaphores parmi les plus loufoques, mêlant glauque et absurde dans des histoires de vampires, de mutilation et de singes qui montent au paradis, c’est bien lui, Charles Thompson IV, ou Black Francis ou Franck Black. Avec ses trois comparses aussi ordinaires que géniaux, il a trituré la pop et s’est amusé avec sans artifices, juste avec une fantaisie et un non-respect ultime de l’académisme rock. Comment le groupe le moins charismatique du monde a réussi à sortir un des cinq meilleurs disques de rock de tous les temps ? Il n’y a pas vraiment de réponse à donner. Ça n’a pas grand intérêt. Par contre, il y a une histoire à raconter et un album vers lequel revenir à tout moment pour sa beauté et un pouvoir de fascination toujours intacts après 20 ans.

Etat du rock en 1989

Dressons un tableau de l’étendue des dégâts musicaux durant cette fin des 80’s. L’underground est grandement dominé par la house music née à Detroit quelques années auparavant. Le rock américain grand public est principalement incarné par les Guns N’ Roses, seul groupe capable de rivaliser en couverture médiatique avec Madonna ou Michael Jackson. Coté indé, R.E.M. commence à connaître le succès grand public depuis « The One I Love » puis l’album « Green », publié sur la major Warner. Sonic Youth vient de sortir “ Sister“ et “Daydream Nation“, mais reste confiné à une audience confidentielle comme ses confrères de Dinosaur Jr et les petits nouveaux de Nirvana qui sortent timidement leur “Bleach“. En Angleterre, l’excitation existe plus dans les clubs que dans les charts depuis la séparation des Smiths en 1987. La pop indé déverse ses singles plus sympathiques que réellement fondamentaux jusqu’à ce que Manchester n’offre deux trésors aptes à redonner un peu de fierté au pavillon Albion : le définitivement hédoniste “Technique“ de New Order et surtout le premier album éponyme des Stone Roses qui s’écoulera à plus de 3 millions d’exemplaires.


Les Pixies en 1989

PIXIES – « HEY » (1988, Londres)



Certes, les premiers disques des Pixies, “Come On Pilgrim“ et “Surfer Rosa“ ne sont pas passés inaperçus. Beaucoup plus diffusé, le deuxième album marqué par la production rugueuse de Steve Albini a traumatisé les indés de tous bords jusqu’à des stars comme Bono et surtout David Bowie, à l’époque biens ramollies par la bonne conscience universaliste, le goût douteux pour les coupes de cheveux “mullet“ et les productions plombées de grosses batteries. Voici comment David Bowie décrivait le choc dans l’excellent documentaire « Gouge » réalisé pour Channel 4 en 2000 :
« Les Pixies se sont tout de suite distingués de trois manières :
1- L’efficacité de leur formule “couplet sobre/refrain énervé parfois ponctué de cris stridents“
2- Le contenu très sordide des paroles de Black Francis
(cf : “I’ve Been Tired“)
3- Le style unique du jeu de guitare de Joey Santiago »

Le groupe est négligé aux États-Unis mais bénéficie d’un culte en Europe, ce dont témoignent ces images de concert à Londres en 1988 où « Hey » est présentée avant la sortie de “Doolittle“. Dave Lovering (batteur) : « Le public était dedans à Londres. Il acceptait pleinement notre musique ». Joey Santiago (guitariste) : « On était surpris, car le public était complètement indifférent aux USA ». Une des explication de ce contraste transatlantique tient en partie dans le mythique label du groupe, 4AD, basé à Londres. En Europe, le label pouvait beaucoup plus séduire la presse musicale et les radios FM à l’époque bien plus réceptives à la musique des Pixies que les médias de masse américains. L’importance capitale des Pixies à cette époque va se vérifier sur le devenir de certains spectateurs de ces premiers concerts européens. Ainsi, le petit Thomas Yorke de Oxford allait déclarer en 2000 : « C’est une des ambiances de concert les plus excitantes à laquelle j’ai pu prendre part. C’est le premier concert significatif auquel j’ai assisté ». Dans la salle, le futur chanteur de Radiohead pouvait aussi croiser les membres de Blur.

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Une Réponse to “Doolittle, l’état de grâce des Pixies”

  1. [...] les 20 ans de l’album Doolittle. (Sorti en 1989, donc. Je recommande la lecture de cet article de VoxPop sur l’histoire de Doolittle.) Et le groupe a joué l’intégralité des morceaux de l’album, dans leur ordre [...]

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