« On devrait faire des vidéos pour toutes les chansons [du BJM] et les rassembler sur le net. Je dois gagner de l’argent pour vivre mais je veux que les gens puissent apprécier la musique. L’industrie [musicale] trouvera un moyen de s’occuper du peer-to-peer et de changer les règles pour nous… En attendant, je suis un défenseur du partage de l’Art. La musique est pour tout le monde, tout le temps. » Voilà ce que l’on peut lire quand on se balade sur We are the radio/You are the DJs, le blog « participatif » du leader du Brian Jonestown Massacre où il partage autant sa musique que son regard décalé sur l’actualité. Car depuis plusieurs années, ce n’est plus un secret, Newcombe se positionne en infatigable prêcheur du psychédélisme gratis. Il poste sa musique en toute liberté sur Youtube, pour le plus grand bonheur de ses fans. Fait rare dans la sphère artistique, presque toute sa musique, y compris des b-sides et des démos, est écoutable gratuitement sur les différentes plates-formes multimédia qu’offre Internet. Même méthode donc pour son dernier né, le déjà très controversé Who Killed Sgt. Pepper ?, avec des chansons publiées au fur et à mesure de l’enregistrement.
Posons les bases. Anton Newcombe n’est plus le même homme qu’à l’époque de Dig! –documentaire qu’il considère comme scénarisé et donc, ne reflétant pas du tout la vérité autour de l’histoire du groupe– et c’est tant mieux. Alors certes, il reste dans les esprits cette espèce de génie pop torturé, ce musicien et songwriter unique, ce cool junkie en marge de l’industrie musicale et cet (ex) alcolo désagréable crachant volontiers sur des journalistes venus l’interviewer… Mais c’est en esprit sain (n’allons pas jusqu’à dire apaisé) qu’il mène aujourd’hui sa vie en Europe. La quarantaine passée, les tempes grisonnantes, et le foie au repos (il a arrêté l’alcool depuis la tournée US 2009), l’homme se moque toujours éperdument de ce que peuvent penser les gens (du moins c’est ce qu’il dit). S’il a toujours une solide base de fans, une partie des aficionados ne semblent pas ou plus apprécier la nouvelle vision musicale du Dr. Fjordson, comme il se fait appeler. Alors forcement, sur les forums, ça pleurniche avec nostalgie sur « le son d’avant » ou « l’ambiance Stones ». Ces gens là, il les gratifie au mieux d’un « who cares ? » et au pire d’un traditionnel « fuck you ». Et il a bien raison. Exit donc le rock psyché traditionnel du BJM et place aux délires créatifs sans frontières d’un artiste qui préfère évoluer que rester, pendant toute une carrière, à pondre la même chose à chaque album.
Who Killed Sgt. Pepper ? révèle un artiste au sens noble du terme. Tuer ce bon vieux Sgt. Pepper, façon à la fois narcissique et humoristique d’opérer une nouvelle révolution musicale. Une révolution des consciences : dynamiter un courant de pensée mondial erroné, entré dans les esprits grâce aux médias, et qui sacre arbitrairement le Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles au rang de « meilleur album de tous les temps ». Voilà une idée qu’il ne digère pas. « Je l’ai tué, et si c’était à refaire je le ferais encore. Il était vieux et il est mort d’un millier d’entailles, chacune plus profonde que la précédente », nous précise l’intéressé. Et il était temps de le tuer ! Dernièrement, la réédition du catalogue des Fab Four s’est vendue à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde… La machine à fric Beatles serait-elle invincible ? Selon Newcombe, elle inonde en tout cas le cerveau des humains, faisant injustement oublier les trésors cachés que la musique peut offrir. « Cette mythologie autour de la machine Beatles, c’est des conneries, c’est suffoquant. J’aimerais que le monde soit un peu plus objectif. Prenons un exemple. Anup Jalota a fait 115 albums de bhajan et de ghazal. Chacun d’entre eux s’est plus vendu que ceux des Beatles. Mais est-ce que quelqu’un le connaît ? ».
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