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Anton Newcombe a tué les Beatles

« On fait des choses que l’argent ne peut acheter. » Voilà comment Newcombe définit son art. Un art libre. Le son du BJM évolue, comme à chaque album. Moins de « chansons » à proprement parler. Les voix sont plus souvent reléguées au second plan et les guitares claires ont presque totalement disparu. Who Killed Sgt. Pepper ? mélange les genres musicaux. Trance lounge sur fond de sonorités orientales (Tempo 116.7), morceaux instrumentaux épiques (The One), envolées shoegaze magnifiques (Our Time), certaines chantées en islandais (Tunger Hnifur). Désormais, l’art du Dr. Fjordson n’est à la portée que de celui qui veut bien faire l’effort de le comprendre. Cependant, Newcombe n’a pas tant changé que ça, il écrit toujours des chansons d’amour, même s’il admet aussi explorer d’autres territoires. Mais encore faut-il les traduire. Derrière « Detka ! Detka ! Detka ! », et ses airs de farce folklorique chantée en russe, se cache une love song comme il sait les écrire. Traduction des paroles : « Nous ne sommes que tous les deux dans cet univers/La planète a besoin de nous/Le soleil brille très fort et nous n’avons pas froid/Mais très chaud/De Kosamui jusqu’à Berlin, nous irons en voiture/Nous détruirons toutes les capitales et volerons comme des oiseaux/Et je t’aimerai seulement après ma mort ».

Sur cet album, Anton Newcombe en électron libre se permet tout. Il est peut être l’un des derniers artistes à encore avoir une véritable vision créatrice tout à fait personnelle. Aujourd’hui, on pourrait comparer sa démarche artistique à une forme d’art contemporain sur certains morceaux. Il pompe du Joy Division avec brio : la rythmique de « She’s Lost Control » et le « we were strangers » de « I Remember Nothing » mis à la sauce BJM et on obtient un trip drone machinal (This Is The One Thing We Did Not Want To Have Happen) « Je pompais Interpol… », explique pour sa part Newcombe. Autre réussite avec « Let’s Go Fucking Mental ! », ou comment, avec un peu d’imagination, d’ecstasy et de speed (il n’y a pas de fumée sans feu…), transformer un chant hooligan du Football Club de Leeds –dont l’usage principal est de motiver une horde de débiles alcoolisés à cogner du supporteur adverse–pour en faire un hymne à la révolte. Une chanson qui trouve une résonnance parfaite quand elle est accompagnée de la vidéo postée sur Youtube, où l’on voit des images de la violente répression de manifestations pacifiques, en marge de la conférence de « Floppenhague », par les forces de l’ordre en décembre dernier.

Newcombe remet le couvert avec le morceau qui clôt le disque : « Felt Tipped Pictures Of UFOs ». Le titre d’inspiration Spiritualized est composé de deux parties. Dans la première, on entend John Lennon (encore les Beatles…) lors de la célèbre conférence de presse de 1966 où ce dernier se justifie d’avoir dit que les Beatles étaient plus populaires que Jesus. Et dans la deuxième, Newcombe & Co. qui taillent un costard au défunt Lennon, soulignant, à juste titre, la contradiction qu’il y a à chanter un monde sans possessions quand on possède justement un bel appart’ à New-York et une Royce Rolls qu’on a fait venir par bateau d’Angleterre… « Avant de composer la musique, j’avais dans l’idée d’avoir un morceau dans lequel je crache mon venin sur les Beatles et sur les conneries que je sais sur eux. Et puis, je voulais que la musique soit comme l’heure de la petite pilule dans Vol Au Dessus d’Un Nid de Coucou », précisait-il sur son blog.

Les Brian Jonestown Massacre tuent le Sgt. Pepper, renversent le trône des Beatles, mais prennent-ils pour autant leur place ? Pas vraiment, et selon lui, ce n’est pas le but. « J’en ai rien à foutre d’être reconnu au même titre que les Strokes par exemple. Cependant, je pense que ma musique ou une partie de ma musique a autant de valeur que la leur. » Soyons honnêtes, il y a fort à parier que Newcombe laissera un héritage musical aussi fourni que celui des Beatles. Une légende underground autant vénérée qu’un Syd Barrett ou un Sonic Boom. Et maintenant que l’album est terminé, on attend deux choses. D’abord, la tournée, avec Matt Holywood, sosie non-officiel de Sean Lennon et deuxième force créatrice du BJM, de retour dans le groupe pour de bon : « Je prévois de le faire venir en Europe avec moi, et de créer des trucs formidables avec lui… rendre les gens heureux… » Et enfin, on attend surtout l’album dont il parle depuis plusieurs mois, entèrement en français. On entend déjà les dents des sceptiques grincer et le rire du Dr. Fjordson faisant écho au loin, content et fier d’avoir énervé ou déçu au moins quelques personnes. On ne se refait pas.

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