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“Exile On Main Street“ culte justifié ?

rolling-stones_exile-grn_fEn plein contexte de crise économique des pays européens et de guerre des gangs de trafiquants de drogue en Jamaïque comme à la Courneuve (sans parler des Apéros Facebook interdits, et du retour de Johnny), voici que la presse unanime salue la réédition d’un album culte des Rolling Stones célébrant la toxicomanie très excessive et l’exil fiscal comme un style de vie au summum du cool. Bizarre cette époque…

Pour une fois, les Stones font de la réédition d’un de leurs vieux disques un événement. Pourquoi “Exile“ ? Tout simplement parce que c’est le seul de leurs disques les plus mythiques dont ils possèdent aujourd’hui les droits. Bien sûr qu’on adore toujours autant ce disque malsain, ultra attachant mais tout sauf parfait. Regrettons juste que Universal ne propose qu’une version du disque avec les dix bonus assez dispensables au prix standard, et une édition avec le DVD et les disques vinyls pour 120 Euros.

THE ROLLING STONES : “PLUNDERED MY SOUL“ (1972-2010)

Passons vite sur la réédition (on nous a évidemment envoyé la version budget, faut pas rêver). Le son est bon mais la remasterisation ne gagne pas notablement en qualité par rapport à la réédition Virgin des années 90. Question artwork, on peut regretter un côté un peu cheap compensé par l’ajout des photos bien connues mais superbes de Dominique Tarlé. Comme  bien souvent, le disque de bonus et outtakes est une vaste blague. Déjà, les amateurs de bootlegs (dans la famille Stones, ils sont nombreux), ne risquent pas d’avoir le sommeil troublé, et le titre bonus “Plundered My Soul“ sonne tellement refait en 2010 pour les voix que ça en est très gênant. Franchement, la voix d’outre tombe de John Lennon sur “Free As A Bird“, c’était presque de meilleur goût que papy Jagger enregistrant ça entre deux matchs de cricket regardés depuis une loge privée. Pour être honnête, il y a un moment historique phénoménal sur ce disque de bonus : la version de “Soul Survivor“ chantée par Keith Richards. La voix fragile et carrément à l’ouest du guitariste au sommet de sa “junkitude“ bringuebale sur l’instrumental bien connu où plus tard Jagger ne singera que trop savamment sa performance dans sa course désespérée à faire sonner ce disque plus pro. Passées ces questions, il reste les interrogations historiques fondamentales à se poser : “Exile“ est-il le meilleur album des Stones, un des sommets du rock de l’époque ou un génial disque bizarre ?

GENIAL DISQUE BIZARRE

Tout se discute et se dispute, mais il est certain que les Stones de  1972 sont déjà les personnages de cirque bien loin des réalités qu’ils sont toujours aujourd’hui en plus vieux et plus riches. De la même manière que les Beatles finalement, les Stones dangereux, proposant une lecture urgente du monde, sont morts avec  les années 60. En même temps, il n’avaient pas le choix. Après la mort de  Brian Jones et la catastrophe du festival d’Altamont, le groupe entame une course effrénée pour sauver une partie de son capital financier qui motive son activité  en concert comme en studio. Le seul problème est que dès Sticky Fingers, tout un pan du charme des Stones a disparu : le commentaire social, la parodie de la langue des branchés ou de la haute société britannique. Désormais le mot d’ordre est à peu de choses près : « On recentre le propos sur le cul et la drogue (sujets de préoccupation permanent du quotidien des auteurs) et le cœur de cible, c’est le public américain. Malgré cet appauvrissement de la recherche musicale, Sticky Fingers a bénéficié d’un groupe moins  uni qu’auparavant mais jouant très bien ensemble et mené par Jagger. La différence avec “Exile“ c’est qu’il est l’album de Keith RichardsJagger ne s’impose jamais vraiment, juste pour sauver les meubles d’un enregistrement chaotique.

THE ROLLING STONES : “VENTILATOR BLUES » (1972)

Tout a été  dit sur l’ambiance des séances de Nellcôte et la cour de parasites junkies qui hantait la résidence française de Keith Richards. Ce qu’il est surtout important de rappeler pour comprendre le disque comme le rappelle Bill Wyman dans son livre “Rolling with The Stones“, c’est que la résidence de Nellcôte a avant tout été choisie pour s’assurer de la présence permanente de Keith Richards en studio ! Le groupe se moquait alors (dans les deux sens du terme) de l’absence d’un Jagger obsédé par le train de vie de jetsetter et bien encouragé dans cet état d’esprit par sa nouvelle femme Bianca. Du coup, le chanteur se trouve la plupart du temps à Paris quand le groupe enregistre sur la Côte. Ce qu’il en résulte est un disque de rock vaporeux, instinctif, parfois bâclé mais en permanence sauvé par le panache fantastique de Keith Richards. “Exile“ est un coffre au trésor de chansons inutiles et non tubesques mais au charme fou comme “Casino Boogie“, “Torn And Frayed“, “Turn On The Run“ ou “Ventilator Blues“. Mick Jagger ne semble jamais totalement cautionner l’entreprise (il exprime d’ailleurs toujours depuis un certain mépris pour le culte réservé à ce disque), et c’est cela qui donne à sa participation une authenticité bienvenue comparée à la posture parodique qu’il n’a que trop souvent adoptée par la suite. Si un seul morceau est le dépositaire de l’âme de “Exile“ c’est sans doute Loving Cup, une des dernières chansons enregistrée par les Stones qu’on sent réellement venue du cœur.

THE ROLLING STONES : “LOVING CUP » (1972)

Après la sortie du disque, il ne restait plus aux Stones qu’à devenir des attractions prétextes à des tournées lucratives et aux premières pages de la presse à scandales. Quand on regarde la panorama du rock de l’époque : Ziggy Stardust de Bowie, Transformer de Lou Reed, l ‘âge d’Or de la soul de la blaxploitation, ou même le zénith de Led Zeppelin, on se dit  que les Stones ont déjà une place de reliques dans le tableau. Il n’ont certainement pas cessé d’être bons à ce moment-là, mais ils avaient cessé d’être curieux préférant se replier sur eux-même. Beaucoup de groupes depuis, quand ils n’ont pas splitté, ont suivi le même chemin. Aucun en revanche n’a quand même réussi à sortir malgré tout un disque aussi curieux et génial qu’Exile On Main Street.

The Rolling Stones : « Exile On Main Street“ (AZ-Universal)

3 Réponses to ““Exile On Main Street“ culte justifié ?”

  1. Marie dit :

    Bel article ! Et je suis d’accord avec la critique des inédits d’Exile. Sans doute aussi parce que ma période préférée des Stones n’est PAS le début des années 70 comme pour beaucoup de connaisseurs, mais les sixties… Ahhhhhh s’ils pouvaient nous dégoter des petits inédits de l’époque Between the Buttons, Aftermath, et même, allez, Flowers et Their Satanic Majesties…….. :D (y compris les voix parce que c’est ça qui me choque un peu)

  2. Benjamin Durand dit :

    Un souhait bien louable chère Marie mais peu en phase avec les exigences financières de ces messieurs. Les bandes de cette période sont en possession des héritiers de feu Allen Klein. Bah, sait-on jamais, on se consolera avec des outtake de « Undercover » ou 15 prises alternatives de « Back To Zero », c’est sympa aussi.

  3. Marie dit :

    Ah oui c’est vrai, j’ai tendance à oublier ces paramètres. Cela dit, on peut trouver d’assez bonne qualité les outtakes datant de 1967 en 4 CD (!) nommés Satanic Sessions Boxe 1 et 2-1967, regroupant des répétitions de morceaux bien connus et même quelques petites perles inédites à l’état instrumental. Beaucoup de versions, ce qui explique le nombre de CDs. Des conversations audibles entre les musiciens, avec même une petite dispute entre Keith et Brian qui n’arrive pas à jouer un truc correctement. Bon, c’est un document inestimable mais malheureusement pas des chansons finalisées. Mais quel plaisir de retrouver la ritournelle de She’s a Rainbow au piano avec quelques « fioritures » ou de découvrir la jolie mélodie de « Majesties honky tonk »…
    Sinon il y a d’autres outtakes de ces années-là, il faut fouiller le net ! ;)

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