Souscrire à la newsletter

MANCHESTER 2010 : ETAT DES LIEUX

Freebass : Peter Hook - Mani - Andy Rourke

En tant que correspondant pour VoxPop à Manchester à durée indéterminée, voici la première chronique de l’activité musicale d’une ville qui tel un vieux volcan, ne demande qu’à se réveiller.

Tout porte à croire qu’un sentiment de révolte (restons mesurés quand même) commence à s’exprimer ces jours-ci. Deux cibles principales semblent visées. La première, c’est le “lad-rock“. C’est comme ça qu’est appelé ici le style et l’attitude Oasis et qui colle à la peau à Manchester depuis les folles années de la Brit Pop. Tout porte à croire que depuis le split aux guitares fracassées du Rock en Seine 2009, l’inventaire de l’héritage Gallagher est réclamé par la nouvelle génération. Deuxième cible encore plus sensible peut être : les légendes de l’Haçienda. En début d’année, Peter Hook (bassiste de Joy Division et New Order) a ouvert le club Factory à 800 mètres de la défunte boîte de nuit-salle de concert ultime des années 80, l’Haçienda aujourd’hui transformée en immeubles de logements bobos au bord du canal. De façon assez hautaine Hook a légitimé son initiative par l’envie de réinsuffler un peu de légende à Manchester qui manquait de dynamisme ces temps-ci. La réponse de la jeune garde ne s’est pas faite attendre. Un des organisateurs des soirées les plus en vogue justifie le rapport de la relève avec Hook et son mythe Factory réchauffé dans le NME de cette semaine : « Peter Hook est allé trop loin. Du coup toute la nouvelle scène de Manchester boycotte la Factory ».

POINT AVEC DAVE HASLAM
Nous avons rencontré dans le quartier nord de Manchester Dave Haslam. Journaliste depuis les années 80, ancien manager et surtout DJ occasionnel à l’Haçienda, il continue de suivre activement les évolutions de la musique mancunienne. Pour lui, Manchester est à un tournant entre la digestion de son héritage glorieux et son envie de tourner la page : « Ça ne change pas des années 80 (rires). Les Smiths et les Stone Roses étaient ouvertement dans une attitude de défiance envers la “mafia“ Factory Records. Je me sens mal à l’aise dans ce contexte. Je fais partie de la vieille garde de l’Haçienda et en même temps tout ce mythe me tape sur les nerfs. C’est sûr que je préfère aller voir les nouveaux groupes comme Everything Everything plutôt que de me farcir le même DJ set que Peter Hook donne partout dans le monde depuis 10 ans. La Factory m’a contacté assez vite pour faire un DJ set. J’ai refusé pour ne plus être aussi catalogué dans ce passé. Comme ils ont insisté, j’ai imposé mes conditions : pas de guest DJ avec moi, je veux la plus petite salle et avoir ma guest list. Je les connais bien depuis l’époque de l’Haçienda, la politique maison c’est d’en filer le moins possible. Ils ont fini par accepter alors je fais ça de temps en temps avec mes soirées étudiants dans le club le plus fou de Manchester : le 5th Avenue. Non pas qu’il s’y passe des choses incroyables mais c’est là où l’esprit de la jeunesse actuelle est le plus palpable, c’est là qu’elle s’éclate le plus. ».

Everything everything

THE FALL
Le week end dernier avait lieu un festival de la grosse banlieue de Manchester, Salford dans la salle mythique du Ritz. Des groupes locaux se succédaient préparant le terrain pour une performance de The Fall. Cette triste kermesse dans un cadre pourtant superbe restera de sinistre mémoire. Succession industrielle de groupes très moyens voir caricaturaux devant une grande salle à moitié vide jusqu’à ce que The Fall n’arrive. Là les dévots pas de première jeunesse s’amassent pour voir le cérémonial habituel de Mark E. Smith : beuglements, jappements dans tous les micros de la scène sur un accompagnement répétitif de musiciens consentants à voir leur chanteur triturer leurs amplis. Le spectacle est drôle mais pas passionnant très longtemps. The Fall serait bien à classer dans l’attraction touristique et la madeleine de Proust pour vieux mancuniens losers.

Quant aux autres vieux, on ne résiste pas à l’envie de vous conter l’altercation mythique entre les deux bassistes Mancuniens légendaires : Mani et Peter Hook qui a décidément les oreilles qui chauffent. Visiblement éméché, le bassiste des Stone Roses et de Primal Scream s’est transformé en twitter fou en attaquant Hook avec qui il sort un disque sous le nom Freebass ce lundi : « On passe notre temps à se foutre de sa gueule. Ce branleur se démène pour nous refourguer toujours la même merde depuis trente ans. » On ne résiste pas à la citation la plus cruelle et méchante mais d’un esprit très… Manchester : « Il y a trois choses clairement visibles depuis l’espace : la Grande Muraille de Chine, le portefeuille de Peter Hook rempli grâce au sang de Ian Curtis et la salle des trophées désespérément vide de Manchester City ». Hook a cherché à calmer le jeu dans un esprit d’apaisement pour découvrir le lendemain un communiqué penaud de Mani demandant des excuses à celui qu’il appelle toujours son “ami“.

Ceci pour décrire l’ambiance toujours passionnée et pittoresque de Manchester, la ville où les “Bigmouths strike over and over again“. Il ne reste plus qu’à présenter ces nouveaux groupes et mesurer la promesse qu’il semblent incarner. Premier à attirer notre curiosité : Everything Everything.

Benjamin Durand

Une Réponse to “MANCHESTER 2010 : ETAT DES LIEUX”

  1. Salomé dit :

    Andy Rourke sur la photo?? Vous êtes sûrs?

Laissez une Réponse