L’étiquette pop te convient elle ?
Complètement. Je la revendique même. C’est assez confortable, car les seules contraintes sont d’avoir des couplets et des refrains, le tout en moins de quatre minutes. C’est assez libre finalement. Après tu peux faire tout et n’importe quoi. Dans la pop il y a à la fois Katy Perry, les Beach Boys et Gainsbourg. C’est un prisme tellement large que finalement ça veut tout et rien dire. Le point commun, je pense, c’est ce refrain énervant qui te reste dans la tête. Mais ça ne suffit pas à faire un bon morceau. Souviens toi de ce titre de Las Ketchup. C’était insupportable. Ce morceau m’avait rendu fou.
Le terme rock a plus un effet de chapelle. Tu « dois » utiliser telle guitare et tel synthé. C’est d’ailleurs quelque chose que je déteste. Le terme pop est peut être galvaudé ceci dit. C’est une vieille appellation. Il y a dans la pop un côté consommable tout de même. Jetable.
Tu te souviens de ton premier contact avec cette musique ?
J’avais à peu près huit ans. Ma soeur était dans la chambre à côté de la mienne, et écoutait Prince, Kate Bush… C’était les années 80. Et moi la vie d’une fille de 18 ans me faisait rêver: elle sortait en soirée, elle faisait un peu ce qu’elle voulait. Et il y avait cette musique, qu’elle passait tard le soir. L’album « Hounds Of Love » de Kate Bush, « Bad » de Michael Jackson, je connaissais par coeur, car je les écoutais tous les jours. Il y avait ce mur qui séparait nos chambres, et à travers cette cloison, je m’étais fait une idée du son de l’époque. Un son très étouffé, avec beaucoup de réverb, très dark. Quand j’écoute ces disques maintenant, il faudrait presque que je mette des coussins sur les enceintes pour retrouver le son que j’entendais à l’époque. Bref… Ma soeur a quitté la maison, et moi j’ai récupéré ses disques. Il y avait The Cure, Prefab Sprout…
Une chose qui tend à disparaître aujourd’hui: la pochette comme oeuvre d’art.
Je suis presque plus attaché aux pochettes de vinyles qu’au vinyle lui même. Les vieux albums de Nick Cave, ce qui me faisait rêver, c’était d’imaginer la vie du mec. On n’avait pas internet. Et je m’imaginais sa vie, j’aimais ce mystère. J’épluchais les livrets intérieurs. Cette ignorance faisait naître des fantasmes qui manquent aujourd’hui dans la musique.
Au delà de la musique, avais tu conscience de qui étaient ces personnes et du culte qui les entourait ?
Oui, pour Michael Jackson. J’avais un poster de lui, et il y avait bien sûr ses clips qui passaient à la télévision. Et je me souviens de la pochette de « Bad », que je trouvais incroyable. Il avait l’air un peu méchant avec son perfecto. Pour les autres, seule la musique m’intéressait. Je me souviens aussi des premiers albums de Police, même si je ne les réécoute pas. Les Cure ont aussi beaucoup compté, mais pareil, je ne réécoute pas leurs disques, je trouve ça très triste. J’ai parfois l’impression que Robert Smith me parle.
Un peu comme cette scène dans High Fidelity, où Rob Gordon s’adresse directement à Bruce Springsteen, et que de dernier lui donne des conseils. Certains artistes semblent s’adresser directement à toi.
Avec la littérature aussi. Parfois tu lis un livre, puis tu le reposes en te demandant comment quelqu’un que tu ne connais pas peut aussi bien parler de ce que tu ressens. Mais peut être qu’il ne s’agit que de choses affreusement banales. Et dans la pop, ce qui me parle n’est pas forcément le mieux écrit. Tu te souviens quand tu faisais des cassettes aux filles que tu draguais ? Je me souviens des cassettes que j’ai pu faire, et de certaines que des filles m’ont faites. Certaines sont des chefs d’oeuvre, vraiment. Un titre comme « The Ship Song » de Nick Cave était un jour sur l’une d’entre elles, et je pense que ce titre me suivra toute ma vie. Alors que si je l’entendais aujourd’hui, je n’y prêterais pas spécialement attention.
La pop t’a-t-elle aidé à être cool au lycée ?
C’est sûr que si tu passes tout ton temps à écouter des morceaux pop qui ne parlent que de coeurs brisées et d’histoires d’amour qui finissent mal (ce dont parlent la plupart des morceaux pop), tu ne vas pas passer pour un mec particulièrement cool. Mais c’est très lié à l’adolescence. Et regarde Belle And Sebastian, ils écrivent toujours ce genre de chansons. Moi au lycée j’écoutais les Guns’n'Roses, donc je n’avais pas de problème de popularité. Celui qui m’a poussé vers la guitare, c’est Slash. Je voulais avoir les cheveux bouclées et boire du Jack Daniel’s. Un truc me fascinait: il arrivait à fumer en faisant de longs solos compliqués avec ses cheveux bouclées sur les yeux. C’était un challenge pour moi.
Elliott Smith. On pense beaucoup à lui en écoutant ton album.
Tout ceux qui écoutaient Elliott Smith au lycée étaient chiants, je n’ai donc jamais pris la peine d’écouter. Et c’est nul. Peut être qu’aujourd’hui je suis prêt.
La musique a-t-elle accompagnée une période de rébellion ?
Je n’ai jamais été vraiment rebelle. Mes parents sont super cool. J’ai bien sûr écrit plein de mauvais morceaux, des chansons d’amour horribles, et eu des opinions politiques très tranchées. Mais je ne me suis jamais rebellé contre ma famille. Et cet état d’esprit m’emmerdait d’ailleurs, au lycée les délégués voulaient faire grève pour un oui ou pour un non.
Qui aujourd’hui renouvelle la pop selon toi ?
MGMT, avec leur deuxième album. C’est ce que j’ai entendu de mieux depuis très longtemps. Il y a tout de même dans la pop une notion de bonne volonté. Et là les mecs, au lieu de se contenter de mettre deux ou trois mélodies, en ont mis 17. Un morceau comme « Siberian Breaks », c’est tout simplement magnifique. Et même « Flash Delirium ». Il y a 3000 idées à la minute. Pour moi ce disque a été une claque énorme. Vraiment. Je pense que c’est un disque important. Ce qu’ils ont fait est un signe de liberté absolue, et je suis ravi de voir qu’à notre époque on peut encore faire ça. C’est vraiment couillu. Et en même temps c’est très travaillé. Et quand j’entends ce disque, je trouve l’époque super, et je suis fier de faire de la musique en 2010.
Le morceau pop ultime ?
« Penny Lane ». Oui, on en revient toujours aux Beatles. Je situe la naissance de la pop à la sortie de « Revolver ». Les mecs ont été les premiers à faire ce qu’ils ont fait. Mais ils ont aussi été les meilleurs. Aujourd’hui, le mélange des genres est admis. Mais à l’époque, personne n’osait. Ils ont explosé les remparts qui existaient entre la pop et le classique par exemple. Un morceau comme « A Day In The Life ». Qui a fait mieux depuis ?
PacoVolume en concert le 29 septembre à la Maroquinerie
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Nico Prat
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Quelqu’un déboîte les chiottes ou je m’en charge?