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CAPTAIN BEEFHEART DISPARAIT…


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Son blaze claquait, et plutôt deux fois qu’une : voilà ce qu’on se dit quand on pense à Captain Beefheart. L’homme, qui a signé dans les années 70′s quelques monuments du rock barge, vient de disparaître. C’est con à dire, mais pour une fois, on pleure vraiment.

Il aurait eu 70 ans le 15 janvier prochain. Mais ce vendredi 17 décembre, des scléroses multiples auront finalement eu la peau du Captain Coeur-de-boeuf, alias Don Van Vliet, né Don Glen Vliet à Glendale, Californie. Avec son Magic Band, il aura signé entre les années 60 et la fin des seventies, quelques albums phares, qui jouissaient d’un véritable culte, mais qui restaient pourtant relativement méconnus ou dans l’ombre des autres grands musiciens de sa génération. Et pourtant, Trout Mask Replica (1969) ou Safe as Milk (1967) sont de vrais lingots d’or massif de la musique chelou, le genre de monolithes mystérieux qui débarquent sans crier gare, dont on ne sait pas comment ils ont atterri sous notre pif, et qui changent la face de la musique définitivement. Tout le monde, de Bowie à Zappa et aux Who en passant par les Kinks, les Stones, Robert Wyatt, Tom Waits ou plus récemment dEUS, Sunn 0))), Cornelius, Tortoise et !!!, absolument tout le monde vénérait Captain Beefheart. Il avait ce talent bizarre, rare, qui consiste à rendre évidente et immédiate la musique la moins facile. A quoi le devait-il ? Simple talent musical, ou charisme hors du commun, personnalité magnétique, univers sonore et visuel décalé tout en étant en phase avec l’époque ? On attend les biographes qui lèveront un coin du voile.

Certes, il avait cette voix particulière et virtuose (quatre octaves et demi), impressionnante. Sans jamais être arty, ses textes délirants portaient une musique aux rythmes savants qui charriait avec elle relents de blues, fragments de rockabilly, goût marqué pour les percées atonales ou free, déflagrations électriques inattendues, folie furieuse en roue libre. Son influence se retrouve aujourd’hui aussi bien dans le dance punk que dans le post rock, et la plupart de ceux qui l’ont écouté avouent Captain Beefheart comme une influence décisive… même si personne n’a jamais eu l’idée de le copier. C’est que l’homme ne fournissait pas de recettes, plutôt une attitude : mobilité et audace permanente du geste artistique, volonté de ne jamais rester au même endroit, goût pour la provoc et la remise en question.

Du début à la fin, Don Glen Vliet aura eu un destin atypique. A quatre ans, ses dessins tapent dans l’oeil du sculpteur portugais Augustinio Rodriguez. L’artiste est formel : on tient là un prodige. Il ne faudra qu’une dizaine d’années pour que les choses se vérifient sur le plan musical : très vite, Don acquiert une maîtrise instrumentale remarquable (au saxophone dans un premier temps), qui ne tourne jamais à la branlette démonstrative. Adolescent, il se lie d’amitié avec Zappa, et les deux hommes auront une influence décisive l’un sur l’autre. Au moment où Zappa fonde les Mothers of Invention, Beefheart réunit le premier line-up du Magic Band : Alex St. Clair et Doug Moon à la guitare, Jerry Handley à la basse et Paul Blakely à la batterie. Il a 23 ans. L’ascension n’est pas fulgurante : Beefheart et ses potes ne seront jamais taillés pour les stades. Mais il trace sa route avec droiture et une intelligence artistique qui ne fait pas de compromis. L’enregistrement de Safe as Milk connaît quelques difficultés : trop exubérant, trop négatif, il déplaît aux executives du label A&M. Puis Zappa fonde Straight Records, promet à Beefheart le contrôle artistique total. Beefheart réunit un second line-up du Magic Band : Antennae Jimmy Semens et Zoot Horn Rollo à la guitare, John « Drumbo » French à la batterie, Rockette Morton à la basse et Victor Fleming sous le pseudonyme The Mascara Snake à la clarinette basse. Un groupe hors norme, vraiment doué et inventif, brillant, qui accouche de Trout Mask Replica en 1969.

La suite de sa carrière sera plus chaotique, oscillant entre un son qui se voudrait un tout petit peu moins hérissé et mal aimable, et des reprises de volonté nerveuses où se bande le muscle de la non compromission, avec des line-up du Magic Band remaniés. Puis, en 1982, Beefheart abandonne le rock’nroll, fait moins d’apparitions en public, ne donne quasi plus de concerts, se retire au désert pour vivre dans une caravane et se consacrer à sa peinture. Avec un certain succès d’ailleurs, si on en juge au prix de vente de certaines toiles. C’est dans les années 90 qu’il commence à souffrir de scléroses multiples, qui sont aussi à l’origine d’un retrait total de la sphère publique. C’est donc avec une stupéfaction totale qu’on apprend aujourd’hui son décès. Aucun doute là-dessus : le monde du rock perd une de ses figures les plus originales et inventives. Fèch’ la mort comme disent les jeunes. On se console en pensant à la nuée rugissante des fidèles et à tout ceux qui viendront en grossir les rangs quand ils découvriront les galettes bizarroïdes enregistrées par Don.

Mathias Kusnierz

2 Réponses to “CAPTAIN BEEFHEART DISPARAIT…”

  1. Christophe dit :

    De loin, ce que j’ai lu de plus intéressant sur cette triste disparition.

  2. Chichi dit :

    Super article.
    Par contre, les pubs intégrées dans la colonne de droite tournent en boucle et empêchent de mater les vidéos tranquillement… Crispant.

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