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TAQWACORE : DE LA FICTION AUX POGOS

Oscillant entre religion et provocation, le mouvement des « Taqwacores » a vu le jour sous la plume de l’auteur américain Michael Knight au début des années 2000. Cet ouvrage trouve une résonance auprès de jeunes pris en étau entre deux cultures. Des États-Unis au Pakistan, une scène de punks musulman jaillit.

Texte : Bérénice Le Mestre – Photo : Michael Knight, « père fondateur » du mouvement (Institut des Cultures de l’Islam)

Paris, samedi 17 septembre, Institut des Cultures de l’Islam. La pluie battante a bousculé la projection du film « The Birth of islam punk » qui devait avoir lieu en extérieur. Alors en toute hâte et de manière improvisée, l’équipe de l’Institut des Cultures de l’Islam dissémine des chaises, appose des tapis d’inspiration orientale et petits cousins au sol. Plusieurs centaines de parisiens se sont déplacés pour assister à cette guérilla punk sur grand écran. Aux premières notes, silence absolu dans la salle. C’est parti pour près d’1h30 d’immersion, des Etats-Unis au Pakistan, chez les punks musulmans.

The Kominas, groupe chef de file

Une petite cave à bas plafond, des corps endiablés psalmodiant des hymnes avec ferveur. Face à ces quatre musiciens, de jeunes musulmans cigarette à la bouche, des filles voilées dodelinant de la tête. Cette fièvre féroce et électrique qui bouscule les stéréotypes a un nom : Taqwacore. Pour saisir au plus près les aspirations du mouvement le réalisateur Omar Majeed a décidé de suivre, caméra au poing, les pérégrinations du groupe The Kominas en tournée. Sans imaginer, bien sûr, que son documentaire dépasserait vite le cadre un peu étriqué du film rock. Sorti en 2009, « The Birth of islam punk » a vogué de festival en festival. A chaque fois la critique salue le long-métrage. Encore mieux, le crédit, presque inexistant hors des milieux autorisés, dont jouit The Kominas va augmenter. Le moment le plus marquant est sans conteste l’arrivée de ces musiciens rebelles à la convention nationale d’ISNA (société islamique d’Amérique du Nord). Ce grand rassemblement offre un tour de chant ouvert à tous. Provocateurs, la bande accompagnée de la chanteuse lesbienne du groupe canadien Secret Trial Five investissent la scène. L’audience s’embrase. Un tourbillon avant expulsion par le personnel de la sécurité. Le motif est simple, le chant d’une femme est proscrit dans leur lecture conservatrice du Coran. Bousculer, provoquer pour faire sauter des carcans imposés, voilà la volonté des Kominas.

 

A chacun son islam

Au vrai, c’est sans doute à Michael Knight que l’on doit la naissance du mouvement Taqwacore. « Un J.D Salinger moderne » dit d’ailleurs sa consœur Anissa Bouziane, présente lors de notre entretien, pour présenter l’auteur. En 2002, ce fils d’une famille protestante irlandaise illuminée (Ndr: son père qu’il n’a revu qu’à son adolescence le considère comme fils de Satan) converti à l’Islam depuis ses 16 ans, publie le recueil « Taqwacores ». Il le rédige, à 25 ans, un moment charnière de sa vie. Il n’est pas épanoui à cause de l’étroitesse de sa conception rigoriste de l’islam et finit par comprendre qu’une autre voie est possible. Vivre l’islam à sa manière. Ce qui deviendra l’objet du roman. Dans la fiction, un jeune musulman assujetti aux préceptes du Coran débarque dans une maison peuplée de punks musulman, à Buffalo. Eux, ils sont libres. Une confrontation de deux univers qui modifie la vision du héros.

« Ils se battent contre le racisme et la stigmatisation »

Malgré son positionnement résolument underground (premier pressage par une maison d’édition do it yourself) le livre devient, petit à petit, culte pour une partie de la jeunesse de confession musulmane et attirée par le punk.  D’abord, des Américains déroutés et pris en étau entre deux cultures, l’orient vs l’occident. Le marasme du choc des civilisations post 11 septembre. « Je suis heureux que l’ouvrage ait créé un espace de liberté d’expression. Bien sûr, il y avait des jeunes actifs punks avant, mais le livre leur a donné un nom. Les jeunes taqwacores se définissent comme musulmans. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont tous croyants. C’est plutôt que l’islam fait partie de leur culture et de leur identité. Ils se battent contre le racisme et la stigmatisation dont ils sont victimes aux États-Unis ». Physiquement, Michael Knight, lui, n’a rien d’un théoricien punk déjanté à la Malcolm McLaren. Il a plutôt la panoplie de l’intellectuel à la cool : cheveux presque rasés, lunettes de vue rectangulaire noire, veste de costume, posture droite et large sourire. On l’imagine sans mal dans un rôle de catalyseur d’énergie. « Je pense qu’il y a eu du sensationnalisme de la part des médias car cette idée de jeunes punks leur plaisait et ont accepté cette communauté parce que selon eux ces musulmans sont occidentalisés et sont donc devenus des hérétiques. Ils ont une idée préconçue de ce que doit être un jeune musulman et cela renforce les différences entre orient et occident. Par exemple dans le livre, les personnages fument du haschich. Cela peut être compris comme une tradition soufie. Sauf que pour eux, c’est l’influence occidentale sur leur mode de vie. »

 


Le mouvement encore confidentiel, reste, en volume, difficile à appréhender. Une véritable diaspora de taqwacores fleurie un peu partout dans le monde, du Canada à l’Indonésie, en passant par l’Inde et le Pakistan. Le courant continue de susciter la curiosité et après le documentaire d’Omar Majeed, une adaptation du roman, au titre éponyme a été présenté au festival Sundance en 2010.


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