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PLAYLIST DE NEO-REBELLES DU MONDE MUSULMAN

Acteurs de la contre-culture, ces groupes de rock, métal ou d’électro innovent et détonnent dans leur paysage musical de leur pays d’origine. Sans oublier les bienfaits des révolutions arabes qui ont permis à un certain nombre de formations « illégales » de se montrer au grand jour, après des années d’enfermement dans la sphère underground. Voici une discographie succincte d’activistes qui font bouger les choses dans le monde musulman.

Texte: Bérénice Le Mestre

Égypte

A l’origine, en 2005, « Massive Scar Era » est un groupe égyptien composé uniquement de filles. Leur nom signifie « ère de cicatrice massive », mais en parcellisant le mot apparait « mascara », allusion plus flagrante à leur féminité. Depuis Youssef Altay à la batterie et le bassiste Perry Moataz ont rejoint le combo formé de Sherine Amr et de Nancy Mounir. Du métal politisé sous la dictature d’Hosni Moubarak, dénonçant les violences du monde actuel, les guerres ou le statut des femmes, forcément cela heurte. Leur musique a des sonorités arabisantes grâce appui d’un violon rendant le tout plus mélodique, mais n’est pas sans rappeler les Américains d’Evanescence. Le groupe, s’autoproduit, vient de sortir un second EP « Precautionary Measures ». Il s’était d’ailleurs bien classé dans les charts égyptiens, ReverbNation, spécialiste de ce genre musical.

Liban

La figure la plus emblématique de la scène alternative beyrouthine est sans doute Dj Jade (Jade Souaid). Il est d’abord passé par le rock, avec son groupe Blend (pionniers dans le genre et ayant signé chez EMI), avant d’en venir à l’électro. Actif depuis le milieu des années 2000, il est le premier à avoir introduit de l’électro minimale et de la techno à ses sets. Aucun club n’étant propice et pointu pour ce type de musique, il prend le parti d’ouvrir lui-même le sien en 2005 : le Basement. Le contournement des circuits habituel est un peu le leitmotiv de cet artiste impliqué et novateur. Témoin des bombardements israélien depuis de 2006 puis des conflits communautaires, il critique l’ensemble de la classe politique. Ce mois-ci, Dj Jade vient de sortir son neuvième mix  « Poolness ».

Libye

Benghazi, fief des rebelles d’où est partie la révolution libyenne est aussi la patrie d’un groupe de rock contestataire. Sous l’ère Kadhafi, Hussein Kablan, Marwan Gargoum, Yehia El Maghrabi et Ahmed Al Jahmi devaient se terrer dans les soubassements d’une pharmacie pour répéter. Coupures de courant pendant les concerts, obligation de chanter en arabe et impossibilité d’enregistrer dans un studio sans l’autorisation du régime, voilà le genre de répressions qu’ont subit Guys Underground depuis leur formation en 2008. « We win or we die », un hymne pour la révolution a été composé par l’un de leur proche, tué par balle quelques jours après. Une chanson qui tombe un peu dans le pathos mélancolique il faut avouer.

Tunisie

Originaire de Tunis, « Ursula Minor » fait figure d’ovni avec une musique plongeant dans un délire expérimental empreint de psychédélisme, d’envolées électriques et de distorsions. Un délire débridé jusqu’à la convulsion. Le spectre de Pink Floyd ou plus proche de nous des Américains de Mars Volta flottent au dessus d’eux. Affilié au courant dada lab’s, un collectif d’artistique et musical alternatif, le groupe se considère comme faisant de la musique dadaïste. En 2007, la bande a été filmée par une équipe de journalistes allemands.

La même année, le combo, mené par Omar Aloulou à la basse et Sami Aloulou au chant (tous deux issus de l’ex formation Stavka) sort sa première démo autoproduite « Andalib Sukut ». Pour l’anecdote, le groupe s’appelait à l’origine « Ursa Minor ». Plusieurs groupes portant le même nom, ils décidèrent de le modifier pour inclure un clin d’œil à la James Bond girl, Ursula Andress.

The Ursula Minor – Silentium Post Clamores Boeuf… par omarchien

Les médias ont beaucoup parlé du séditieux rappeur tunisien El General. Pour avoir ouvertement critiqué le régime et la corruption du système Ben Ali, notamment dans son titre Raïs Lebled, il est arrêté et retenu pendant trois jours par la police, en janvier dernier. A 22 ans, Hamada Ben Amor (son vrai nom), fait donc figure de courageux rebelle. Toutefois, on est bien forcé d’admettre, que ce nouvel emblème du hip-hop n’est pas exactement un prodige. Musicalement, El General reste un aspirant rappeur, physiquement, il semble antipathique avec un soupçon de goguenardise. Si la chute du dictateur aura donné un coup de projecteur au hip-hop dans le pays, espérons que d’autres jeunes plus talentueux soient mis en avant.

Maroc

Presque dix ans que la formation casablancaise existe. Haoussa, un groupe d’inspiration issawie, une confrérie soufie de musiciens mystiques, se définit comme les précurseurs du punk-rock marocain. D’avant-garde par leur posture et maniement urbain de la langue, les cinq membres (Khalid Moukdar, Nadir Hajji, Mohamed Ali Aït Tahiri, Azeddine Rifaa et Zakaria Rafi) gardent aussi une forme de tradition via notamment les trémolos dans la voix. Un mélange hybride entre deux influences. Ils ont enregistré un 13 titres à Paris dont deux sont en écoute sur leur site : « L’wada3, et L’ ftikhabate ». Indignés par leurs dirigeants, ils y évoquent une société oscillant entre folie et chaos : « L’Etat ne fait que bâcler/ A la police de museler/ Et le ministre d’amasser/ Au Parlement, les élus se sont couchés ». Sur scène, le chanteur Khalid Moukdar, affublé d’une perruque rouge, adopte un  look coloré et opposé de l’imagerie punk classique.

Algérie

Après quelques dissensions au sein de leur première formation (tournée vers la musique classique et traditionnelle kabyle) Koceila, Massi, Brahiml, rejoint par Nasser à la guitare, décident de reprendre la route ensemble mais cette fois vers d’autres contrées. Celle du rock. Sauf que les compositions de Good Noise n’ont rien de renversant, s’apparentant plutôt à du rock FM.  Mais en Algérie, ils commencent à jouir d’une certaine popularité, surtout après  avoir écrit le générique de Djemaï Family, série diffusée pendant le ramadan.

USA/ Pakistan

Omar Waqar, américano-pakistanais, officie sous le nom de « Sarmust » (qui pourrait être traduit de la langue ourdou par «  mystique ». Lorsqu’il prend place sur scène aux côtés d’autres membres du courant Taqwacore, l’émanation punk fait son apparition. Mais en écoutant ses compositions acoustiques, la rage s’étiole. Place à un métissage de sonorités d’Asie du Sud, mais ce pourfendeur de la contre-culture, expérimente vers le post-hardcore ou la dance.

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