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SO ME :  » Je peux être influencé par le boulanger qui peint lui-même son enseigne »

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Pour le # 10 de VoxPop « En Images » nous nous sommes intéressés au cas de Justice dont le logo est une croix, image très simple et pourtant universelle. A cette occasion nous avons rencontré SO ME le très prolifique directeur artistique du label EdBanger, le label de Justice, pour qu’il nous parle de la genèse de ce symbole et qu’il revienne sur son parcours.

Quel est ton parcours, comment es tu arrivé chez EdBanger ?

J’étais étudiant dans une école de graphisme quand j’ai rencontré Pedro Winter à une fête. J’avais fait un premier boulot où  je m’étais occupé de la couverture d ‘un livre, il l’avait vu et ça lui avait plu. Le surlendemain il m’a proposé de travailler ensemble, il avait besoin d’une illustration pour son site web de l’époque . Ensuite quand il a monté Edbanger il m’a proposé de travailler pour lui, j’ai illustré une première pochette de disque puis une seconde puis je suis devenu directeur artistique.

Quel est le mot d’ordre pour l’image du label ?

Il n’en y a pas vraiment . On va dire que c’est un label qui est condamné par son DA à n’avoir qu’un seul style. J’essaie de diversifier tout ça mais il n’y a pas de mot d’ordre si ce n’est peut être s’amuser, trouver des idées originales pour chaque pochette. Le fil rouge est peut être le dessin.

Que veux-tu faire passer par les images ?

Je veux proposer des images que j’espère de qualité, mais tout ça est discutable car c’est subjectif, certains diront peut être que c’est de mauvais goût Je n’essaie pas de faire passer quelque message que ce soit, j’essaie de trouver le penchant visuel de la musique de chaque artiste.

Et le mauvais goût , c’est quoi selon toi ?

C’est abstrait, parfois je n’hésite pas à lorgner vers des choses qui ne sont pas jugées comme unanimement belles, des dessins mal faits par exemple. C’est plus de la naïveté que du mauvais goût.

Quelles sont tes influences ?

C’est surtout des vieux trucs, les graphistes des années 60-70. Je suis aussi influencé par ce qu’on voit dans la rue, le boulanger qui peint son enseigne tout seul par exemple, ça sera moins bien fait qu’un professionnel mais ça ne sera pas moins beau, je préfère un mec qui fait quelque chose de maladroit mais qui a plus de relief.

J’aime la spontanéité, comme les dessins d’enfants. Beaucoup de gens aujourd’hui ne savent pas utiliser leurs outils, c’est pour ça que j’aime le graphisme des années 60-70 car avant les ordinateurs il y avait un vrai savoir faire, je ne suis ni réactionnaire ni rétro, mais c’est un fait.

Je reviens donc vers les dessins d’enfants car le premier geste est forcément mieux que celui qui est appris et mal maitrisé.

Ton travail est d’illustrer les pochettes des artistes , est-ce un travail de collaboration ou bien fais -tu tout , tout seul ?

C’est différent avec chaque artiste. Certains artistes n’ont pas d’idées précises et me laissent la liberté de choix, par exemple je viens de recevoir le nouveau disque de Feadz, il sait exactement ce qu’il veut , comment il veut communiquer sur ses tracks, comment il veut les appeler etc… Mais en revanche il me dit « vois ce que ça t’inspire » donc voilà, là je pars de zéro avec la musique pour inspiration, ce qui est une méthode que j’aime bien.

Après il y a des artistes qui ont des idées précises dès le départ.

Est-ce que Justice ,qui est un duo de graphistes à la base, a une idée précise de ce qu’ils veulent ?

Justice est le meilleur exemple de collaboration totale de A à Z puisque ,oui effectivement, ils étaient graphistes. On a un peu le même parcours le graphisme et la musique en parallèle. Quand je travaille avec eux il m’arrive de leur proposer des choses qu’ils valident sans souci et parfois ça leur arrive d’avoir des idées très précises et ils m’utilisent pour « driver » leur idée.

Ce sont les mecs les plus avertis sur l’image avec lesquels je travaille, ils savent très bien ce qu’ils veulent , et comme ce qu’ils veulent est intéressant et que je partage leur point de vue c’est marrant.

L’idée de la croix pour logo c’est toi ou c’est eux ?

C’est moi qui ai fait le logo en croix, on voulait que le logo soit emblématique, on trouvait ça cool de faire un truc « rock ».

Comment le choix de la croix est-il arrivé ?

Il n’y a pas d’idée follement marketing d’en faire un logo à ce point la , c’est venu avec le temps, la croix c’est un symbole rock dont l’usage a pu être provoquant il y a 20 ou 30 ans comme George Michael le faisait. Maintenant c’est passé dans le langage commun du rock et du coup c’était juste la réutilisation d’un code , on s’est aperçus qu’il est devenu vacant donc on se l’est réapproprié mais sans le revendiquer. Quand on a fait le lancement du maxi Waters of Nazareth , on a mis la croix sur la pochette, on a fait une soirée de lancement à Paris à la Boule Noire , on a pris une croix en néon et c’était la seule lumière dans la soirée ça donnait une ambiance apocalyptique ! C’est l’une des meilleures soirées qu’on a fait. Quand il a s’agit de faire des live il a paru logique de garder la croix car c’était devenu un emblème.

Ils voulaient absolument avoir une imagerie rock ?

Ils ne voulaient pas vraiment avoir une imagerie rock, de manière générale le visuel des groupes de techno ,de dance ou d’electro est assez moche, c’est tout pareil !

La plupart des live sont moches ,à part Daft Punk bien sûr, mais combien de Daft Punk pour des nerds derrière leur ordis ? Si tu regardes autour de toi et dans le passé , les choses intéressantes se faisaient du côté du rock et de la pop et pourquoi pas ne pas essayer d’adapter ces codes là à de la musique électro ? Ce sont des codes facilement réinterprétables . Xavier et Gaspard n’avaient pas non plus envie de tout miser sur leur charisme personnel, ils ont préféré se glisser derrière une imagerie.

Tu as coréalisé avec Romain Gavras leur DVD « Across the Universe » qui les suit sur leur tournée Américaine , comment s’est passé le tournage ?

Il y avait la logistique qui était importante , on a pris des visas pour passer tous les Etats, on a chacun pris une caméra et on a tourné non stop pendant trois semaines. On a rapporté un gros paquet d’images, quand on est rentré on les a trié et on a raconté une histoire avec.

C’était quoi votre influence, « Spinal Tap » ? Il y a beaucoup de péripéties sur ce DVD ?

Spinal Tap c’est une grosse farce et puis c’est une fiction , nous c’est un documentaire mais c’était une bonne influence au niveau du rythme et des rebondissements. Mais en fait c’est pas glamour la vie sur la route, au final le résultat du DVD est assez rock mais quand tu ne passes que 8 heures dans une ville t’as pas le temps de faire quoi que ce soit, t’as juste le temps de manger un mauvais burger et de remonter dans ton bus, t’as même pas le temps d’aller dans un hôtel avec des filles magnifiques. C’est pas vraiment glamour mais au final c’est assez cliché de tout ce qu’on a pu imaginer d’une tournée. C’est peut être pour ça que ça ressemble à Spinal Tap au final car Spinal Tap se moque des clichés du rock et nous on les a vécus !

Peux –tu me parler de Cool Cats le nouveau blog lancé par EdBanger ?

On a toujours fait des T Shirts pour les tournées notamment et moi j’ai toujours fait des T shirts pour d’autres marques et on s’est aperçus qu’il y avait un amalgame entre tout ça. Les gens ne comprenaient pas pourquoi tels T Shirts n’étaient dispos qu’au Japon, et à la suite de ça les gens faisaient des faux T Shirts des artistes EdBanger qu’ils vendaient une fortune sur Ebay . On s’est donc retrouvés face à une apparente demande à laquelle il a fallu répondre, parce que Edbanger est un label et pas une marque et  que nous ne faisons des T Shirts que pour la promo. Des gens voulaient se les procurer donc on a voulu réunir ça sous une forme propre avec nos noms propres et pour éviter les copies. Donc en fait Cool Cats c’est la partie merchandising de Edbanger qui est un label , rappelons le !

Sarah Dahan

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