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IL A ARNAQUÉ BEATLES ET STONES, ALLEN KLEIN EST MORT

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Le grand méchant Allen Klein n’est plus depuis hier. C’est l’occasion de revenir sur l’antiquité du business du disque et sur l’action d’un homme qui s’est révélée capitale pour le destin des deux géants du rock anglais.

Les Rolling Stones, Les Beatles, Sam Cooke, Phil Spector, tous ont vu leurs business géré par Allen Klein disparu le 5 juillet. Personnage sulfureux, s’il est évident qu’il demeure un authentique “méchant“, il restera le premier “business manager“ de l’histoire. Il est le premier pur comptable à se lancer dans le business de la musique avec une stratégie de profit cynique à souhait. C’est sur Sam Cooke qu’il se forge son expérience. Le génial chanteur venait de créer son propre label, Klein va mener une négociation sans précédent à ce moment là avec l’industrie du disque : il impose les conditions de l’artiste à la maison de disque. Cooke meurt quelques mois après cette signature, mais Klein ne fait que commencer à agir.

SAM COOKE : « AIN’T THAT GOOD NEWS » (1963)



Andrew Loog Oldham, co-manager des Rolling Stones entend vite parler de lui et s’il sait très bien vendre les Rolling Stones au public, Oldham est incapable de faire face aux dirigeants de la maison de disque DECCA. Quand les Stones enchaînent deux tubes très vendus : “The Last Time“ et “(I Can’t Get No) Satisfaction“, il sent qu’une pression peut être exercée sur les aristocrates de la grande maison de disques britannique pour améliorer le pourcentage du groupe sur les ventes et le sien aussi. Il contacte Klein bien content de voir une opportunité pareille s’offrir à lui. Il demande la présence au cours du deal des cinq membres du groupe avec leurs lunettes noires pour créer un certain climat de terreur pour ses interlocuteurs. Allen Klein est décrit comme grossier et sans gène au cours de ses deals. Il parvient à ses fins et obtient pour les Rolling Stones en 1965 le contrat alors le plus avantageux pour des musiciens pop.

THE ROLLING STONES : « THE LAST TIME » (1965)

Le problème pour les Stones est que Klein obtient d’Oldham un contrôle démesuré sur les affaires du groupe afin que ce dernier puisse se consacrer à la production et à la création du premier label indépendant, Immediate. Klein monte un système financier qui lui permet de rapatrier tous les bénéfices du groupe, en dehors des royalties d’auteurs compositeurs, sur ses comptes avant de les redistribuer aux musiciens. Jusqu’à la fin des années 60, les Stones seront fréquemment en manque d’argent puisque ne percevant pas exactement les sommes qui leurs revenaient de droit. Dans leur dos, Klein va racheter les éditions de toutes leurs chansons originales et la propriété de leurs enregistrements. Pour l’administration de tout cela, il crée la société ABCKO. Dans un premier temps ravi d’avoir un business manager qui bouscule l’Establishment britannique, Jagger conseille aux Beatles de s’attacher les services de Klein

Les Beatles n’avaient plus de manager depuis la mort de Brian Epstein en août 1967. Ils avaient crée leur société révolutionnaire Apple qui commençait fin 1968 à montrer d’inquiétants signes de déficit. C’est John Lennon qui pousse pour faire appel à Klein. Celui-ci le convainc de son aptitude à facilement remettre Apple à flots. Ringo Starr et George Harrison se rallient à Lennon mais pas Paul McCartney qui vient de conduire le groupe dans l’impasse du projet “Get Back“. Klein est pourtant nommé manager des Beatles à 3 voix contre une. McCartney se désinvestit dès lors de toutes les activités extra musicales du groupe. Klein vire tous les potes des Beatles embauchés par Apple et renégocie avantageusement le deal du groupe avec EMI. Les Beatles voient par contre leur société d’édition vendue à ATV sans avoir voix au chapitre. là-dessus, Klein est également pris de court. La géniale parodie de l’histoire des Beatles, The Ruttles donne au regretté John Belushi le rôle de Ron Decline, clône pour de rire d’Allen Klein. On est en 1977 et George Harrison est co-producteur du programme :

EXTRAIT DE « THE RUTTLES : ALL YOU NEED IS CASH »

Après « Abbey Road », Paul McCartney est convaincu de la fin du groupe et réalise que Klein va chercher à s’accapparer, comme pour les Stones, la propriété et l’administration de l’héritage Beatles. C’est pourquoi il porte plainte devant les tribunaux le 31 décembre 1970 contre les trois autres Beatles et Apple afin de demander la dissolution de l’entité juridique Beatles. Entre temps, c’est Klein qui a suggéré à John Lennon de confier les bandes du projet “Get Back“ à Phil Spector (un autre de ses clients) pour aboutir à l’album « Let It Be ». Klein a par ailleurs sorti l’indispensable coffret rétrospective des productions Phil Spector : « Back To Mono ».

Les Stones eux se sont débarrassés de Allen Klein en ne renégociant pas leur contrat avec DECCA. Pris par sa gestion des Beatles, Klein, laisse les Stones tranquilles. Il s’est aussi garanti au passage la propriété des enregistrements et des éditions de tout le catalogue du groupe qui couvre la période 1963 – 1970. Sa société en est toujours propriétaire à ce jour. C’est à son initiative que sont sortis des disques comme « Hot Rocks » ou « Metamorphosis » ou plus récemment les (magnifiques) rééditions du catalogue en SACD. C’est par exemple grâce à son accord que Britney Spears a pu reprendre “(I Can’t Get No) Satisfaction“ en 2002. C’est enfin Klein qui a bataillé judiciairement pour que la totalité des bénéfices générés par “Bittersweet Symphony“ de The Verve (basée sur un sample de “The Last Time“ pour orchestre) soit reversée aux éditions des Stones depuis sa sortie en 1997.

Dès le début des années 70, les trois Beatles managés par Klein ont peu à peu pris leurs distances. Il a notoirement détourné les profits caritatifs du concert organisé par George Harrison pour le Bangladesh en 1971. John Lennon a écrit la chanson amère “Steel And Glass“ en 1974 sur son rejet de Klein. Au final, l’homme d’affaire n’a rien pu conserver du patrimoine des Beatles. On peut affirmer que l’action en justice de McCartney l’a certainement sauvé de l’emprise de Klein. Seule exception : les éditions à 80 % contenues dans le catalogue ATV racheté par feu Michael Jackson en 1985.

Klein était donc un vrai méchant mais aussi le premier vrai business man de l’industrie musicale. Aujourd’hui ses entoureloupes font école auprès des musiciens pour ce préserver de ce type de personnage peu scrupuleux. Il demeure qu’il a plutôt bien géré les catalogues musicaux dont il avait l’usufruit. Par rapport aux Rolling Stones notamment, on constate qu’à ce jour, les rééditions supervisées par ses services pour les années 60 sont d’une qualité supérieure à celles sorties par le groupe lui – même pour les années 70 ou 80. Laissons le dernier mot à John Lennon en guise d’Oraison funèbre

JOHN LENNON : « STEEL AND GLASS » (1974)

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