Après avoir fait une croix sur son argent, sa CB et ses papiers, il ne reste plus qu’à essayer de se consoler. On essaye de noyer notre misère dans les concerts. La musique adoucit les moeurs, non ? Le choix n°1 n’est peut-être pas des plus heureux, vu les circonstances. Juliette Gréco c’est beau mais c’est triste. Les nerfs retombés, on avoue que l’on s’est un peu assoupi mais les paroles de Gainsbourg, Brel, Ferré… résonnent dans notre tête, histoire de nous foutre un cafard d’enfer. Mais, parfois, la tristesse est plus belle que le bonheur… Et, il faut bien dire que l’on a assisté là à un moment de grâce. « La » Gréco, 82 ans (!), est magistrale. Dans sa grande robe noire, elle redonne ses lettres de noblesses au rôle d’interprète. A chaque chanson, elle annonce la couleur : « La Chanson de Prévert, Gainsbourg »… Les musiques jouées par un duo piano / accordéon sont de Gérard Jouannest, le pianniste. C’est rétro mais ça reprend du Olivia Ruiz et du Abd Al Malik. Avec Juliette, pas de choc des générations ! Le public est transporté et a bien conscience de sa chance. La performance est grande. Tout le monde le sait.

Juliette Gréco @ Francofolies, Montréal © Audrey Cerdan
C’est dans un état un peu second que l’on gagne le Métropolis, sans un mot. Une gloire locale s’y produit : Pierre Lapointe. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le grand Bobby mais, rien à voir. Lapointe est un nom courant, ici. Déception, donc, face à ce grand dadet et à sa coupe de cheveux bien structurée. Mauvais choix de chemise, trop longue et froissée. Le bonhomme est maniéré à souhait, sa posture préférée : jambe écartées, un peu pliées, les fesses en arrière et vas-y que je gueule… On croirait un ancien élève de la Star Academy. Mais il a le public et des musiciens de choix derrière lui. Un bon chanteur de varièt’ qui doit squatter les ondes FM à donf quoi…

Pierre Lapointe @ Francofolies, Montréal © Audrey Cerdan
On s’en va dans notre after préféré, le Shag pour le set de K20, programmateur des Francofolies de la Rochelle. Au menu : chanson française. Du Poinçonneur des lilas de Gainsbourg à Para One, Yuksek et Daft Punk, on arrive largement à se déhancher sur nos productions tricolores. On y croisera Albin de la Simone qui s’il en fait des tonnes sur le coup, nous ravira le lendemain dans la salle de l’Astral transformée en guinguette. Attablé, on écoute avec plaisir ses chansons rigolottes et bien troussées sur des airs jazzy. Il a trouvé un truc qui l’éloigne de Mathieu Boogaerts (leurs voix sont très similaires) : le 5e membre de son groupe est une marionnette.

Albin de la Simone @ Francofolies, Montréal © Audrey Cerdan
La pause cigarette avec notre ami Laurent Saulnier, programmateur de ces Francofolies motréalaises et du Festival de jazz, sonne le début d’une soirée de perdition. « Vous n’êtes jamais allés au Midway ? Faut que je vous y emmène… Vous partez quand ? » Notre téméraire photographe, Audrey Cerdan, suggère « Allons-y ! ». Et c’est parti pour la tournée des lieux trash de Montréal.
Juste à côté du Club Soda, il y a une minuscule porte devant laquelle un clochard ivre est étalé de tout son long, la bouteille de whisky à la main et la trainée de liquide sur le trottoir. « Désolé, c’est là qu’il faut entrer » s’excuse Laurent Saulnier. Le pas de la porte à peine franchi, on évite de justesse le jet de vomi qu’une asiatique bien ronde manque de nous cracher à la figure. L’intérieur du rade est à l’image de son extérieur : viande soûle à à tous les étages. L’endroit porte bien son nom, il nous sert de halte sur la route de la dépravation. « Vous n’êtes jamais allés au Cléopâtre non plus ? » On vide les chopes en 2 – 2…« Allons-y ! »
Juste en face se dresse l’enseigne lumineuse de la reine d’Egypte. Il y a plus de monde devant que dans tout le Midway. Ne croyez pas que l’on est allés visiter des piramides et prier Osiris, le Cléopâtre est une boîte de strip tease. Assis à notre table sous les néons, on regarde la scène centrale encadrée de 4 barres à lap dance. Pour 10 dollars canadiens la chanson, les filles se succèdent sur la scène, trémoussant en string qui finit très vite à terre. Certaines font vraiment preuve d’inventivité à la barre, elle mériteraient bien plus que 10 dollars ! Une médaille de gymnastique, peut-être…
A la sortie, on tombe sur Jean-Marc, phénomène de foire qui alpague Laurent : « je vous ai déjà vu à la télé, vous ! » Sur ce il nous sort à chacun son numéro : « fixez-moi dans les yeux… Alors ? Oui, j’ai des yeux de chats… 1 personne sur 6 millions a ce regard-là ! » Laurent Saulnier, lui, voit des coeurs dans ses yeux, c’est beau.
Il fallait vraiment venir à Montréal pour visiter Pigalle ! Voilà notre perte de la journée oubliée… Aller, on finit sur une chanson de circonstance, entendue au Shag ce soir-là.