C’est Marie Gallic, Nico Prat et Benjamin Durand qui rendent compte de la première journée du festival la Route du Rock version 2009 !
Sniff, sniff, VoxPop est orphélin des Horrors ce vendredi. C’est pas grave ! Le cœur gonflé par la putasserie mélodique du best of des fans français de Michael Jackson, nous pénétrons dans le monde merveilleux des porteurs de t-shirts Sonic Youth qui toisent ceux portant un t-shirt des Smiths. Verdict :
Magnetic Friends
Nico Prat : Dommage pour eux, nous prenons d’abord nos marques et naviguons entre l’espace presse et le bar VIP. Tout juste parviendrons-nous à entendre un titre noisy à la Joy Division saupoudré de claviers à la Doors. C’est assez désagréable, mais peut-être pas représentatif de l’ensemble.
Marie Gallic : Pas vu.
Benjamin Durand : Dommage, où étais-je ? Ah oui, en train d’acheter mes jetons pour le bar !
Crystal Stilts
Marie Gallic : Même impression : les instruments supra cheap que le groupe utilise sur scène, faute de moyens, peinent à rendre les subtilités de l’album. Le psychédélisme garage se transforme en B.O. de vente de garage tout court. Dommage. L’interview (bientôt retranscrite sur ce même site) donnée par le chanteur dont la voix passe assez mal live sera plus intéressante même si l’entretien lui fait rater My Bloody Valentine…
Benjamin Durand : A la conférence de presse fort sympathique de Deerhunter
Deerhunter
DEERHUNTER : « NOTHING EVER HAPPENED TO ME »
Nico Prat : Le concert déçoit quelque peu. Le son, pour commencer, ne rend pas hommage aux titres du magnifique dernier album du groupe. Les nombreuses nuances présentes sur le disque se trouvent ici aspirées dans une bouillie indescriptible, dont rien de très bon ne ressort. Pas détestable, et même par moments assez jouissif (« Cover Me »), mais finalement assez anodin.Retour au bar, le temps de croiser tout ce que Paris compte de journalistes, de managers et de patrons de clubs.
Marie Gallic : Voilà 8 mois, voire plus que l’on attend ce concert. On souhaite rappeler à notre cher lecteur que Microcastle / Weird Era Cont. est tout de même notre album 2008. Au premier abord nous voilà un peu déconcerté face à la nonchalance du groupe. Mais dès les premières notes de Cryptograms balancées, on se retrouve dans notre élément. Et il est fort intéressant de voir les morceaux mi-expérimentaux mi-pop de Deerhunter joués de façon ultra brute, à la guitare. Bradford Cox, qui nous a fait hurler de rire en conf’ de presse, tricote grave à la guitare et ne se dépare pas de ses lunettes noires, comme il ne regarde pas le public. Manque d’attitude, diront certains, nous, on adore. On est venu écouter de la musique, oui ou non ? Pas un moment sans bruit, saint larsen et sainte reverb ! Sauf, peut-être en plein milieu de set quand Bradford entonne une balade qui semble faire chier tout le monde (sauf nous)… T’as raison, mec, les autres, on les emmerde !
Benjamin Durand : Après la charmante conférence de presse où Bradford parlant longuement de sa vie passée à faire de la musique dans sa chambre, on avait quelques craintes sur la prestation live. C’est confirmé. Le talent s’exprime mais sans souci narratif et avec un son épouvantable. on finit vite par vouloir retourner dans notre chambre à nous pour réécouter le disque. En attendant, c’est au bar qu’on retourne.
Tortoise
Nico Prat : L’ambiance est chaleureuse, et c’est presque à contre-cœur que l’on va voir Tortoise. Au passage, si quelqu’un a l’explication à l’existence de ce groupe, merci. Tortoise, soit cinq vieux moches pratiquant un free jazz bruitiste aussi inutile que crispant et qui se plaisent à n’avoir aucun morceau. Techniquement, c’est sûr, ils sont très bons. Le prof de guitare de mon petit cousin aussi d’ailleurs.
Marie Gallic : On boycotte le concert de Tortoise pour cause de « peut-être interview avec Bradford Cox au bar pro ». Après quelques négoces de haute volée, on nous confirme l’entretien mais à l’espace presse. En fait, il s’y rend pour un entretien pour la Férarock. A la question « est-ce que le nom Deerhunter a quelque-chose à voir avec le film de Michael Cimino du même nom ? Bradford répond : « non, je n’aime pas ce nom donc ça n’a rien à voir avec rien ». Pas la peine de lui poser la question. Il finit l’interview sur ce qu’il sait dire en français : « Fous-moi la paix ! » Ça a le mérite d’être clair… On nous le cède pour 10 minutes mais « l’atroce lumière » de l’espace presse ne lui convient pas. Direction les loges puisqu’il veut faire ça dans sa « room ». Au passage, il embarque deux jeunes groupies qui, soit disant, bossent pour un webzine… Et, là, il est encore plus difficile de franchir le mur bodybuildé de la sécu qui a pour ordre de ne laisser personne sans sésame bleu franchir la porte de paille conduisant aux loges. Malgré les supplications de Bradford clamant que l’on était ses « invités », il faudra l’intervention d’une autorité supérieure pour nous faire pénétrer dans la bâtisse de pierre abritant les loges qui, excepté le tapis et les rideaux rouges, ressemble comme deux gouttes d’eau à un espace bureautique avec sa succession de box. Bradford invite presse papier, photographes, TV et… webzine douteux dans sa loge pour 15 minutes top chrono. On arrivera donc à vivre 7 min 30 dans une bulle avec le chanteur de Deerhunter (entretien bientôt ici même). Alors, non, on n’a pas vu Tortoise…
Benjamin Durand : Début de concert fascinant avec les batteries qui travaillent. Le son est parfait et permet d’apprécier les développements mélodiques sciemment négociés. Les instrumentaux partent dans tous les sens et on évite toujours le faux pas de la branlette de virtuoses. Problème : on finit quand même par bailler au bout d’une demie heure.
My Bloody Valentine
MY BLOODY VALENTINE : « SOON »
Nico Prat : Juste le temps de rire de l’immonde couverture du dernier Rock & Folk (les Arctic Monkeys photoshopés de la façon la plus dégueulasse qui soit), et les stars incontestables de la soirée (ils sont seuls suite à l’annulation de The Horrors) arrivent sur scène, avec quelques minutes de retard. My Bloody Valentine, ou comment faire un maximum de bruit en un minimum de temps et d’espace. Voir Kevin Shields en live, c’est un rêve qui se réalise pour beaucoup de monde ce soir. Sous le choc, le public applaudit timidement entre les titres, et attend surtout la prochaine saillie sonore. Pas sexy ou bavard pour un sou, les Irlandais ne déçoivent pas, et « Loveless », album culte par excellence, est ici interprété avec ce qu’il faut de larsens et d’accords gras. Quelques personnes bien placées dans la fosse ont sans doute eu la chance d’entendre Kevin Shields chanter. Pas nous, mais rien n’aurait pu gâcher la messe de ce soir, et surtout pas des considérations techniques.
Marie Gallic : Nous étions encore en interview. Avec le chanteur de Crystal Stilts, soûl, cette fois. Nous sommes encore désolés de lui avoir fait rater ce concert pour l’histoire (en fait, c’est plutôt une des nanas du fameux webzine douteux qui l’aura monopolisé après nous). Quant à nous, ayant déjà vécu cette expérience décoiffante, on s’est dit que le son était bien plus supportable depuis le point presse, même si l’on ne voyait rien.
Benjamin Durand : On va la faire courte. Rien à voir avec le best of scolairement resservi des Pixies, My Bloody Valentine sert son célèbre mur de son. Ce n’est pas un concert mais une expérience. Désagréable mais fondamentale si on s’y adonne. On peine à reconnaître « Only Shallow » merci à M. le batteur (phénoménal). « Soon » arrive comme une récompense ou une punition expiatoire. « You Made Me Realize » génère 10 minute de reproduction d’explosion nucléaire ou de réacteur d’avion au décollage. Un concert où l’on croit voir la mort, une musique qui cherche la vérité, c’est douloureux, mais précieux.
Fin de la soirée
A Place To Bury Strangers, sans surprise, sonne très fade après cela. Efficace, un peu toujours la même chose mais bonne cohésion d’ensemble. Pas désagréable du tout, en somme.
Snowman, remplaçant au pied levé de The Horrors, s’en est peut-être mieux sorti. On n’en sait rien, nous passions au même moment un alcootest à la sortie du festival, avant de reprendre la route vers la Maison Voxpop, à quelques kilomètres du Fort Saint Père.
La moitié des forces de l’équipe étant épuisées, c’est à regret que l’on quitte le Fort St Père au son de Snowman. Sortes de Liars aussi nets que Sigur Ros et aussi, accessoirement, sans doute le seul groupe de la soirée qui joue à un volume sonore normal. On va se débrouiller pour récupérer un CD et vous saouler pendant des mois avec ce groupe qui sonne comme la révélation de la soirée.
Les « deux jeunes groupies » avaient elles aussi une bonne raison d’être là, soitinterview de Deerhunter pour un site internet bien réel, à défaut de « webzine douteux » – notre présence était, il me semble, aussi légitime que la vôtre.
Ahhhh, quelque chose de sympathique se dessine là.
Ce soir-là mon teeshirt Sonic Youth de groupie a eu bien du mal à me protéger du pétardage sonique ambiant. Mais ça y est, j’ai désormais compris que le bruit était ma vocation artistique, ma raison d’avoir des oreilles.
Et après coup, je me marre devant l’incompréhension vécue par à peu près tous les pigistes bobos (de Paris) présents face à MBV ce soir-là (chronicart rue 89…). Mais je les comprend. Tortoise est de la musique posée, audible et démonstrative; facile d’accès finalement. My Bloody Valentine fait davantage appel aux sens, les 120 décibels ne servant qu’à les exacerber, en décomposant nos cellules pour mieux nous mélanger à cette symphonie sourde de riffs vrillés. C’est radical, c’est beau. Et je pense franchement que ce devait être une véritable torture pour tous ceux qui ne comprenaient pas, pour tous ces gens qui connaissaient pas les chansons et qui ne pouvaient retenir du set qu’un gribouillis hi-fi saturé.
C’est con pour eux, mais bon, il leur reste Bill Callahan pour affirmer leur mélancolie pré-calvitique.
Histoire d’en remettre une couche sur les « deux jeunes groupies qui, soit disant, bossent pour un webzine » ; étant l’une de ces deux personnes, je confirme que les webzines (car, oui, il y en avait deux différents) sont non seulement bien réels, et effectivement aussi légitimes qu’un mag comme Voxpop pour décrocher une interview de Deerhunter, mais que lesdits webzines peuvent d’autant plus prétendre à cette légitimité lorsque l’on voit le peu de style dans l’écriture de vos journalistes – sur cette review de la Route du Rock en l’occurrence.
En ce qui concerne mon interview de Bradford Cox, je vous enverrai le lien lorsqu’elle sera publiée, c’est tout à fait approprié et « légitime »…
(Et je pense que vous avez compris que lire le qualificatif de groupie m’a plus qu’énervée.)