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Wavves vous dit que les kids ne sont pas alright, et c’est très bien comme ça

Sur cette photo celui qui a les entrailles les plus pourries n'est pas celui qu'on croit

Sur cette photo celui qui a les entrailles les plus pourries n'est pas celui qu'on croit

Sur l’excitant deuxième album punk, lo-fi, noisy de ce groupe de San Diego mené par le défonceman de service Nathan Williams, on entend toute la confusion d’un cerveau adolescent. Et des déchirures de pop songs aussi. Mais est-ce si important ?

wavves-2 Année 1995.  Le cinéaste et photographe Larry Clark explique l’adolescence assisté de son  scénariste de 19 ans Harmony Korine. Mieux, il la renifle. Dans les culottes des filles encore  vierges. Dans les shorts des garçons. Sous le duvet de moustache. Sous les aisselles. Partout où  vous n’allez jamais parce que votre morale personnelle vous a appris à faire semblant de ne rien  voir.

Le film « Kids » représente beaucoup plus qu’une prétendue génération flinguée d’avance. Il sonne  comme un disque. Le rythme du rap East Coast, les odeurs de sexe pourri mais marrant d’un  vieux Beck. Il dit aussi, comme Kurt Cobain dans une des meilleures chansons de « In  Utero »: « J’ai essayé très fort d’avoir un père, mais à la place on m’a refilé un papa… » (« Serve  The Servants »).

Il saisi donc le truc qui désordonne joliment tout un âge. Plein de grâce et de pourriture, évidemment, l’âge. Skater, s’apprendre mutuellement à rouler des blunts d’herbe pure, se foutre des peignées, mépriser ses parents qui sont devenus mous, gros, impotents, baiser comme des lapins et sans protection de préférence. Après tout, c’est l’âge où l’on a tous les droits: et parmi ceux-ci celui de dévier autant de fois qu’on veut sans trop de risques de se prendre le mur de la réalité dans la tronche.

« KIDS » de Larry Clark (1995)

Parlons de nos chers gosses, O.K., mais sans filtre, sans tentative d’héroïsation à la mords-moi le noeud, sans ce discours moralisateur, ni cette condescendance à l’envers. Il y a plus de vie, de violence et de beauté entre 12 et 19 ans (disons) qu’après. Il y a plus de vie, de violence, de beauté et de crasse également dans le disque de Wavves que dans tout ce que la production rock du moment tente de nous refiler à grand renfort de promo dans des magazines décatis. Cela en fait-il l’album de l’année, de la rentrée, du mois ? À priori, non. On ne va pas vous faire passer un festin chez Leader Price pour une entrée à l’atelier des chefs de Ducasse.

Wavves est bien plus intéressant que cela. Qui fait encore attention au truc des « 10 albums de l’année » ? Wavves écrit en direct un manuel de l’ennui teenage à destination d’une génération de paumés, entre 13 et 85 ans. Ce dégueulis de rock foutrement psychotique dit des trucs simples, punk, directs, déprimés: « Got no car, got no money. I got nothin’, nothin’, nothin’, not at all… » (« No Hope Kids »). « Skin like dirt, Christian Death shirt (…) I’m so bored, life is a chore » (« La peau comme de la crasse, un t-shirt d’un groupe gothique (…) Je m’ennuie tellement, la vie est une corvée » (« So Bored »). Les autres excellentes chansons de Wavves font état d’obsessions assez normales allant de la beuh, au skateboard en passant par les gothiques californiens. Bueno, bueno, bueno…

C’est là où vous avez tout intérêt à vous exclamer: « Oh, mon dieu, mais ce truc est aussi nihiliste que les Sex Pistols et Nirvana réunis ! » Et c’est là que nous pouvons remettre les choses en perspective: Wavves ne mange pas de ce pain verdâtre. Au contraire des anciens punk anglais, on n’est pas là pour faire le guignol. Loin de la dépression cérébrale des grungy de Seattle, ce n’est pas l’individu qui fait tache ici, mais la vie qui court autour de lui qui n’a pas le moindre sex appeal. Fuck the world, fuck the people, fuck life… Fuck me… Une doctrine qui paraîtra sans doute puérile, mais qui fait quand même du bien en pleine vague Obamesque. Ne croyez pas que « Oui vous le pouvez », il se pourrait bien que les choses soient déjà niquées d’avance.

WAVVES « No hope kids »

Wavves fait du blues même s’il ignore sans doute toute la mystique de ce style. Ni porche, ni champs de coton, ni canette de bière à la main. Rien d’autre qu’une grâce cradingue et l’aide d’un vieux logiciel Garage Band pour seules boussoles. Et le pire c’est que plein de médias branchés comme Pitchfork ou Vice adorent ce truc à la ramasse.

Wavves c’est Nathan Williams. Un gamin de San Diego. 22 ans. Hygiène douteuse à la Amy Winehouse. Tronche de sale petit branleur white trash aux doigts gluants de s’être – compulsivement – tripoté la nouille. Sur scène Nathan Williams s’accompagne du batteur Ryan Ulsh qui, selon le leader de Wavves: « a été rencontré un soir de lose dans un bar gay de San Diego ! »

wavves-3

Les parents de Nathan sont tous les deux musiciens. Pendant leur jeunesse ils ont en effet officié au sein du groupe pop Summer Wind. Interrogé à leur sujet, Nathan lâche seulement: « Ouais, ils me supportent ! Ils sont cool avec moi… »

Quand il n’écrit pas des chansons entre 1 minute 30 et 3 minutes, Williams tient à jour un blog intitulé Ghostramp, presque entièrement dédié à sa passion pour le rap West Coast et les vieilleries G-Funk. C’est sur ce blog au premier degré qu’on peut parfois lire des illuminations comme « Ce Billy Corgan (Ndr: des Smashing Pumpkins) quel blaireau ! »

Avec une dégaine de gamin skater dopé à la kétamine, le leader de Wavves nous fait penser à Skip James, Leadbelly, Kurt Cobain, Beck période « Mellow Gold ». Il incarne, en cette rentrée, cette sensation qui vient de loin dans l’histoire pourrie des Etats-Unis. Surtout depuis son haut fait d’armes. Mai dernier, à l’affiche du festival espagnol de Primavera. Autour de 3 heures du matin, en plein concert, une bagarre se déclenche. Les deux Wavves se balancent rageusement de la bière et des godasses à la gueule. Le batteur déguerpit. Nathan Williams beugle: « Reviens ici, motherfucker, on n’en a pas encore fini… » Huées du public, puis, dans la foulée, retour du batteur en furie. Cette fois-ci, il balance même son matériel sur le chanteur. Apparition du service de sécurité. Mise à sac du matériel. Chaos de bouteilles qui volent. Coupure de courant.

Quelques heures après ce grand n’importenawak rock’n'roll, Nathan Williams s’excuse: « Je n’étais pas moi-même ce soir. Ce n’était pas une bonne idée d’avoir mélangé Xanax, alcool, ecstasy et vallium avant de jouer ! »

Nathan Williams peut bien se qualifier de « Gamin sans espoir » ou de « Démon de la beuh ». Collé au trottoir comme un glaviot. D’ailleurs qui est Nathan Williams, hormis un sacré bon songwriter de la trempe des Lou Barlow, Stephen Pastel, Mark E. Smith ou Jay Reatard ? Peut-être le mec que l’on attendait confusément. Peut-être le seul Américain capable de redonner un vrai shoot de poésie à la power pop.

Quand vous demandez une interview à l’attaché de presse de sa maison de disques française, on vous envoie délicatement sur les roses. On vous fait comprendre que dialoguer avec le gars Williams c’est comme si vous demandiez à partager, pourquoi pas, un Macchiato dans un Starbucks de base avec Oussama Ben Laden. Il plante tout. Il n’a aucune tenue. La réponse du garçon de Cooperative Music à nos envies d’interview: « … toutes les tentatives de phoner que j’ai voulu organiser se sont révélées infructueuses. Le garçon ne répond pas et on est en droit de se demander si notre collaboration va continuer… » La réponse de VoxPop à l’un des albums teenage de l’année 2009: « Tu nous donnes envie d’avoir de nouveau 15 ans, de refaire des conneries, de draguer des minettes à tatouages, de fumer de l’herbe. Notre collaboration via iTunes interposé va donc continuer ! »

WAVVES « So bored » (Version acoustique filmée pour « They Shoot Music »)

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