RICHARD HAWLEY – « FOR YOUR LOVER GIVE SOME TIME » (2009)
« J’ai eu besoin de m’isoler de la nuisance des écrans pour ce disque. Pas de télévision, pas d’internet. Au bout de quelques semaines, je me suis senti mieux » Interview à VoxPop, septembre 2009.
Pesons nos mots et respirons un grand coup car voici un disque dénué d’artifices ou de velléités de parts de marché, qui n’a pour autre ambition que de parler à l’âme et au cœur de l’auditeur. « Truelove’s Gutter » est l’œuvre d’un Richard Hawley en état de grâce. La voix est très en avant. Intense, d’un éclat superbe. Un micro vintage années 40 de fabrication allemande serait l’explication technique du pouvoir que cette voix va exercer sur vous dès la touche « Play » enclenchée.
Les chansons ici sont contemplatives de plusieurs points de vue. Celui des relations hommes-femmes bien sûr (Open Up Your Door) mais aussi le reflet du miroir, dans un style d’auto-analyse tantôt amère tantôt amusée. C’est bien sûr dans ces espaces troubles et impudiques que Hawley touche le plus (Ashes On Fire, For Your Lover Give Some Time). La musique est riche mélodiquement, subtilement orchestrée mais sans artifices. Le guitariste ne se met pas en avant, plus que jamais, les chansons sont les vedettes. Néanmoins, la très longue mais sublime Remorse Code se développe sur une des parties de guitare les plus passionnantes couchée sur bandes ces dernières années.
Ce disque devient obsessionnel et génère de nombreuses écoutes pour son confort comme pour les questions importantes qu’il amène à se poser sur l’importance de la musique aujourd’hui. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de disques aussi dignes, purs, et justes ? Pourquoi le public plébiscite-t-il dans la musique la performance (dans le sens stupidement sportif du terme), le chiffre, les clichés cyniquement formatés pour la radio et les stades par Muse, U2 ou Madonna ? Là, se trouve le vrai choc de cet album. Richard Hawley est l’une des dernières personnes suffisamment libres dans ce milieu pour poursuivre une quête d’idéal musical sur le format de la chanson sans avoir de formule à renouveler, de légende à cultiver, de record quelconque à battre. Cet album est à la fois humble et monumental, il est possible que vous n’ayez pas eu de telles expériences d’écoute à cœur ouvert depuis longtemps. Ce serait dommage de passer à côté d’une expérience pareille.
Richard Hawley – « Truelove’s Gutter » (Mute – Virgin)