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Gorky’s Zygotic Mynci : « Introducing » (1996)

La classe galloise © D.R.

La classe galloise © D.R.

Qu’est-ce qu’un « disque loser » ? Tentative d’explication avec ce premier volet, consacré aux Gallois de Gorky’s Zygotic Mynci et à leur bien étrange « Introducing », sorte de récapitulatif contrarié des premières années du groupe à l’intention des inattentifs (lire : tout le monde).

gorky's zygotic mynci introducing

On a tous des disques comme ça chez soi. Des disques qu’on a payé 4 euros en occase chez Gibert sans vraiment savoir pourquoi, à part que ça ne coûtait vraiment pas cher. La pochette est généralement hideuse, le son misérable, et l’album en question n’est pas ce qu’on peut appeler une »référence » du groupe en question (qui n’est, quant à lui, pas non plus ce qu’on peut appeler un groupe « majeur »). Cet album, vous l’avez écouté une, deux peut-être trois fois, et vous l’avez consciencieusement remisé sur votre étagère. Non pas qu’il soit mauvais, il est même plutôt pas mal du tout, mais que voulez-vous, c’est marqué sur son front : ce disque est un « disque loser ». Un disque qui vous attendrit plus qu’il ne vous passionne, qui vous donne à entendre davantage « ce qui aurait pu être », que « ce qui est ». Bref, c’est un disque dont tout le monde se cogne éperdument.
Et puis un beau jour, à la faveur d’un dépoussiérage saisonnier ou d’une quelconque anecdote, vous retombez dessus, vous le réécoutez et vous y trouvez même un certain plaisir. Vous en découvrez des vertus jusqu’ici insoupçonnées, vous le faites monter en grade. Pendant deux, trois jours, le disque en question frôle même le haut de la pile sur votre bureau. Et puis paf, plus rien. Le disque retourne sur son étagère ; c’est un disque loser.

« Introducing » de Gorky’s Zygotic Mynci n’est même pas un vrai album, c’est vous dire le degré de loserie à la base de cette chronique. C’est un compilation regroupant les meilleurs morceaux des deuxième et troisième albums du groupe (« Tatay » et « Bwyd Time ») et d’un obscur EP (« Llanfwrog »). Oui car comme vous le savez probablement, Gorky’s Zygotic Mynci est un groupe gallois ; gallois comme les Super Furry Animals, Manic Street Preachers, Catatonia ou Stereophonics, des groupes qui, succès commercial ou pas, fouettent sérieusement le second couteau, le déficit de crédibilité, le mauvais timing, en un mot la bonne lose. Et comme ils sont gallois, Gorky’s Zygotic Mynci raffole de ces petites friandises orthographiques que sont  « ffordd »,  « gilydd » ou encore « wrth », qui émaillent joyeusement la plupart de leurs titres, chantés pour moitié dans cette drôle de langue natale qui se rapproche bizarrement de l’hébreu (ces « r » presque râclés). Ce parti pris linguistique et patriotique apporte d’entrée de jeu une saveur singulière aux chansons de Euros Childs et ses amis, comme un léger pas de côté qui les entraînerait doucement mais sûrement hors des rails.

Les chansons de Gorky’s Zygotic Mynci sont clairement l’oeuvre de bons élèves, érudits et polis avec leurs parents. La pochette (dont on ne se remet toujours pas, soit dit en passant) indique explicitement l’héritage psyché-60′s et la touche absurde anglo-anglaise de la petite entreprise : sur « Introducing », on entendra distinctement des réminiscences de Syd Barrett (la mélodie trois petits chats-chapeau de paille de « Merched Yn Neud Gwallt Eu Gilydd »), des échos de l’école de Canterbury (l’un des morceaux s’intitule « Kevin Ayers »…) et de Soft Machine en particulier (dont ils reprennent « Why Are We Sleeping ? »), de même qu’on croira apercevoir certains gimmicks visuels ou sonores des premiers Monty Python (dans les illustrations du livret ou le grotesque volontaire de « The Game Of Eyes »). Si l’Amérique est parfois évoquée, c’est celle de Love et de Burt Bacharach, celle des déhanchements latins, celle d’un chatoiement solaire et racé, davantage que celle, généralement recherchée, des grands espaces et compagnie.

Globalement plus inspiré (tout comme The Coral dernière période) dans les chansons aux structures « traditionnelles » et plutôt calmes (« If Fingers Were Xylophones », « Methus Aros Tan Haf », où brillent leur belle maîtrise harmonique) plus que dans les délires d’ados petits joueurs, pas assez assumés pour être vraiment convaincants (« The Game Of Eyes », « Why Are We Sleeping ? » qui, pour le coup, fatigue assez vite), Gorky’s Zygotic Mynci constituait en 96 un bel espoir pour la pop britannique, une alternative maline et rurale à une britpop ultra-urbaine et déjà très satisfaite d’elle-même. Un essai prometteur jamais vraiment transformé en succès commercial ( puisqu’on ne peut pas dire que « Barafundle » (1997), « Spanish Dance Troupe » (1999) ou « How I Long To Feel That Summer In My Heart » (2001) aient été des cartons planétaires…). En 1999, la moitié du groupe se barre. Gorky continuera bon an mal an jusqu’en 2006, année où ils splitteront officiellement dans l’indifférence la plus sereinement générale. Comme des cousins germains et campagnards des Boo Radleys. Avec un même crédo : la lose, toujours la lose.

6 Réponses to “Gorky’s Zygotic Mynci : « Introducing » (1996)”

  1. Laurent Blot dit :

    Attends, ce disque je l’ai acheté au Carrefour de L’Isle-Adam dans le 9-5 en 97 quoi, si c’est pas une preuve de réussite !

  2. the osmonds dit :

    Maxime, you rock !
    Et Barafundle, disque qui faisait dire à Jason Pierce de Spiritualized queEuros Childs était aussi balèze que Brian Wilson. Merci encore de rétablir certaines vérités historiques M. Chamoux. Prochaine étape, la réhabilitation de Denim ?

  3. the osmonds dit :

    Oups. Mon enthousiasme béta s’est arrêté au titre de la chronique. Je viens de lire l’article. Merde. Moi qui croyais qu’il était ici question de combattre un certain révisionnisme musical dicté par le bon goût. Je suis donc un loser condamné à aimer les disques de losers faits par des losers. Tant pis pour moi. Je m’en vais de ce pas revoir La Vie Aquatique en écoutant Fatherhood de Babybird.

  4. Maxime Chamoux dit :

    Ca m’embête de vous dire ça, vraiment, mais j’ai bien peur que vous n’ayez pas bien lu ce qui est écrit.

  5. the osmonds dit :

    Oui, peut-être.
    A moins que ce ne soit pas aussi clair que vous le pensez…
    Who knows ?

  6. the osmonds dit :

    Au passage, l’album de Cate Le Bon sur le label de Gruff Rhys des SFA est très beau.
    http://www.roughtrade.com/site/shop_detail.lasso?search_type=sku&sku=317252
    A bon entendeur…

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