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Julian Casablancas et Romain Turzi : les Chevaliers du Zodiaque

Romain Turzi & Julian Casablancas - Photos : D.R.

Romain Turzi & Julian Casablancas - Photos : D.R.

Des deux côtés de l’Atlantique, on n’attend pas la canonisation pour réécrire les Tables de la Loi. La preuve en Deux Commandements : Julian Casablancas et Turzi, le vin et l’hostie.

Quel est le point commun entre Julian Casablancas et Turzi ? Sur le papier, tout les oppose. Dans le coin gauche, un trentenaire (déjà !) échappé des Strokes, éminence nobiliaire de la pop mondiale et aristocrate new-yorkais sans particule – c’est superflu. Dans le coin droit, une escouade tricolore stratosphérique, menée par un exégète électronique qui plane dans les hautes cimes de continents perdus. Le pot de fer contre le pot de terre. Le lustre des penthouses de l’Upper East Side face à la moiteur des catacombes parisiennes. Et pourtant, le hasard du calendrier les rapproche, les oppose, occasionnant une chronique que voici, tout en sérendipité. Parfois, ça veut seulement dire « tiré par les cheveux », mais comme dans la presse musicale, on ne croit ni à la chance ni à la bonne foi, on ne s’embarrassera pas du fardeau de l’humilité. Pour parler vrai, c’est un trait de caractère qui sied très mal à nos deux wannabe-poids-lourds. Qui s’en plaindra ?

Interview – Julian Casablancas

Avec « Phrazes For The Young », Casablancas affirme ses ambitions et il les crie par-dessus les cinq boroughs d’une Grosse Pomme dont on avait oublié qu’elle pouvait nous refourguer autre chose que de la compote sans saveur. En attendant le prochain effort des Strokes, « Thin Lizzy aux confluents de A-ha », la gravure de mode entame une vaste entreprise de réhabilitation mainstream, un disque à tiroirs ultra-accessible. Certains y entendront ce qu’aurait pu composer Albator s’il avait écrit les hymnes à grandes décharges de Cosmodragoon, d’autres y verront la queue de comète du « Trans » incompris de Neil Young. Il y a du vrai partout dans ces enchevêtrements de pistes sonores, sur chaque morceau, qui sont autant de niveaux de lecture, et c’est suffisamment rare pour le souligner. Quand il confronte les anglaises baroques d’Henry Purcell aux saillies club de New Order (comme c’est le cas sur «11th Dimension » ou « River of Brake Lights »), Casablancas vise avec précision. En terme d’impact pur, la secousse tellurique est à peu près aussi puissante que celle produite par le « Discovery » de Daft Punk. Déjà, il est certain que c’est un album que vous pourriez prêter à votre sœur cadette – avec laquelle vous n’avez strictement aucune affinité musicale. Comme beaucoup de jeunes de son âge, peut-être aime-t-elle la facilité des compilations.

Julian Casablancas – River of Brake Lights

Bien sûr, ce premier album solo (on aurait presque tendance à l’oublier) ne manque pas d’anicroches. Heureusement, il y a un cœur sous le métal froid. Sa deuxième moitié est décevante, l’addition d’idées débouche parfois sur des sommes inexactes, mais soyons (mal)honnêtes. Après Albert Hammond Jr., après Little Joy et les autres errements sympathiques de Strokes en vadrouille, Casablancas délaisse la ganja, les odeurs de patchouli et les comptines pépères. Ouf. Un seul risque le guette : dans sa grande conquête, la politique de la terre brûlée pourrait bien consumer de l’intérieur le groupe par qui le rock a orchestré son grand retour. Dans le langage astronomique, celui de « Phrazes », on appelle ça une révolution copernicienne.

Turzi – Beijing (live)

Turzi boxe dans une catégorie inférieure, mais déjà sous patronyme. Parce que c’est d’abord Romain Turzi, même s’il n’a pas encore de page Wikipedia. Ils sont cinq mais portent le nom d’un seul et, surtout, ces gens-là ont vraisemblablement un plan. On n’appelle pas son premier album « A » et le deuxième, « B », sans être d’un rigorisme qui confine à la destinée. La destinée, justement, Romain Turzi veut l’écrire, la griffonner nerveusement, mais pas dans les marges ténues d’une Histoire orale. Romain Turzi aime avec une grande sincérité Jean-Michel Jarre, il voudrait jouer au sommet de la pyramide de Gizeh, sa chevelure messianique nimbée de sons et lumières et la face rougie par les effets pyrotechniques. La grandiloquence au service du dessein. Alors, en attendant les tournées épiques, il co-signe, sous le pavillon du groupe, des projections mentales qui nous entraînent aux quatre coins du monde : Bombay, Beijing, Buenos Aires, Bethlehem. Il invite Bobby Gillespie, la voix du Cri Primal, un autre historien appliqué et souvent inspiré. Il convie Brigitte Fontaine, présence hypnotique sans âge. Il bâtit son œuvre, trace ses cartes, écrit ses codes. Dès lors, faut-il évaluer « B » pour ce qu’il est – une déclaration d’amour au psychédélisme français – ou ce qu’il représente – un chapitre ? L’alphabet est long, mais Turzi connaît ses gammes. Chez les disciples de Catherine Ribeiro et Lard Free, le commun des mortels ne peut pas rentrer. L’air y est plus vicié que l’Oxygène de Jarre. Et le défi n’en est que plus magistral. B, tu dis ? Amen.

Turzi – Afghanistan (clip)

3 Réponses to “Julian Casablancas et Romain Turzi : les Chevaliers du Zodiaque”

  1. copernyc dit :

    très bien mais la grosse pomme n’envoyant que de la compote sans saveur, je ne comprends pas trop. brooklyn reste un centre, ça fait un bail et ça ne se dément pas tout de même.

  2. ShiteForBrain dit :

    France : 1
    USA : 0

  3. Antiturkey dit :

    LAMENTABLE !!! Je découvre avec un certain dépit l’évolution médiocre des turzis… c’est vrai que nous avons été abreuvé des turzi sur paris depuis 2005 puisqu’a regarder sur leur site, il ne joue qu’a paris, paris, paris, paris, paris paris, encore paris… cette espece d’épiphénomen qui ne traverse pas la frontiere du périphérique est sur sa fin…le précedent disque n’était pas bon mais là, c’est carrment pourrave ! quand cinq versaillais se revent en black sabath, ca donne.. beijing ! bravo et en route pour les poubelles du rock français.

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