Parmi ces chansons, il y a bien entendu « France Culture » – sur laquelle on ne reviendra pas. Il y a également l’incroyable « Reproductions » qui imagine Phoenix refaisant la BO d’un film de Claude Sautet – une perle groovy et romantique, où AFD réussit l’exploit de provoquer des frissons en chantant « métaphores alambiquées ». On se souviendra très longtemps également de « Mémé 68″ et sa réminiscence « Pépé 44″, qui donneraient presque l’impression de s’excuser de leur génie en servant ce calembour discutable dans l’intitulé. La chose est assez étrange à écrire, j’avoue, mais c’est un fait : « Mémé 68″ est un chef-d’oeuvre absolu. Une mélodie baroque inoubliable, qui interroge l’Histoire (de France) à travers le prisme des histoires (de famille).
« Dis pépé, souviens-toi/ Dis, pépé, l’Occupation c’était quoi/ T’y étais pas, mais moi non plus/ Tu t’occupais comment ? »
L’album s’achève en resserrant encore davantage le spectre sur « Si on se dit pas tout » – splendide douceur à mi-chemin entre le Burt Bacharach de « Raindrops Keep Fallin’ On My Head » et « A Nos Amours ! » de Pialat – qui résonne comme le double miniature et tendre de « France Culture », l’état de lieux sociologique amer du début laissant place au pardon filial final.
« Ce que je sais, c’est qu’il y a des choses à faire en chanson française », confiait récemment Fleurent-Didier chez Gonzai. Et comment. On peut trouver bien des choses à redire sur cet album. On peut le trouver grotesque, on peut y voir le comble de la prétention. Mais on ne peut plus dire que nous ne savons pas ce qu’est la chanson française ; quelque chose semble avoir bougé. Quelque chose comme la possibilité de grandir avec « La Reproduction ».
« La Reproduction » (Sony/Columbia)
Risotto aux courgettes… vraiment ?
Quel article… magnifique.. allez, n’ayons pas peur des mots… J’ai parlé d’AFD à droite à gauche depuis quelques mois, et depuis que j’ai son album, je suis un peu perplexe… Votre texte va peut-être m’aider à enfin y voir clair dans cet album dont effectivement, je ne retiens avec regret que la musique… musique et composition qui n’ont pas réellement évolué depuis « portrait du jeune homme en artiste », le précédent disque… qui date de 5 ans…
Bon, dire aussi quand même que je regrette que Jean-Louis Murat n’ait pas plus parlé que ça à votre génération (si l’on veut considérer comme vous qu’elles sont mesurables en décennie à peine… mais soit)… mais le nier serait se voiler la face.
En tout cas, je recommanderai sur mon blog votre article… (tiens, c’est une revue…je connaissais pas!)
ne pas oublier que dans les années 90 il y eu aussi Louise Attaque, Mano Solo, Françoize Breut, Little Rabbit…
Le titre « France Culture » est une perle, et surtout tellement différent de ce qu’on entend à longueur de radio
A+++
@fransouwap : Oui, c’est bien là que le bât blesse … il y a eu Louise Attaque dans les années 90 !! Et aujourd’hui, 80% des groupes français sonnent comme cela, avec des banjo, des mandolines, du musette, ces plans de batterie quasi-insupportables. Ce n’est pas de la pop, mais le cirque Pinder !
Tout cela pour dire que je suis 100% d’accord avec Maxime sur les années 90. Beaucoup d’artistes apparus durant cette période, comme Dominique A ou Silvain Vanot ont été « sacrifiés », n’arrivant jamais à faire leur trou auprès du grand public entre les Goldman & Co qui continuaient à vendre des caisses de disque et les horribles de la Nouvelle Chanson Française, plus si nouvelle, des Delerm et autres Benabar. Et puis, il y avait aussi le rock alternatif, représenté par Noir Dés, Mano Solo et plus tard des trucs comme Diabologum ou Experience, cette idée que si on n’a pas de discours social ou politique, on n’est pas digne de chanter en français, de quoi sérieusement freiner nos prétensions à écrire en français. Et là, je trouve la référence à Jarvis Cocker parfaitement à propos, car en ce qui me concerne, c’est vraiment lui qui m’a décomplexé. On pouvait donc écrire des textes à la fois personnels et avec une portée sociale, sans négliger la musique qui va avec.
Bref, tout cela pour dire que même si je trouve pas le texte d’AFD aussi bouleversant que ce que tout le monde dit – car je trouve quand même qu’il y a quelque chose de l’ordre du Khâgneux qui veut plaire à son prof, je comprends parfaitement pourquoi ce genre de chanson est salutaire et je tenterai certainement d’en écouter plus. Mais je me demande quand même si je ne préfère pas Mustang .. eux n’ont pas été complexés par les années 90 !
Bel article. Je suis un peu surpris que Mendelson ne soit pas cité.
@Bambi : On se fait une moussaka?