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Iggy & The Stooges : Raw Power sur Bourges

Iggy & The Stooges à Bourges en 2010 © Hervé Ali pour le Printemps de Bourges

Iggy & The Stooges à Bourges en 2010 © Hervé Ali pour le Printemps de Bourges

En formule “Raw Power“ Iggy et ses vieux compères ont su séduire. Une réussite moins éclatante qu’avec Ron Asheton mais avec de grands moment. Le Phoenix de Bourges a chaviré…

Trajet cahotique pour rallier la capitale berrichonne, sets poussifs d’Archive et Emilie Simon en guise de mise en bouche, cette première prestation française des Stooges réunis avec James Williamson se méritait. Dans les instants d’attentes du début du set, on savoure l’excitation et la tension qui se dégagent du public berruyer. On a envie de ramener la plupart des 8000 spectateurs à la raison : « Cet homme a 63 ans et vient vous parler avec la plus profonde crudité de la frustration adolescente. Certes il a tous les galons de la légende du rock, mais le discours risque le ridicule, tout de même ». Voici posé la problématique des nouveaux Stooges sans doute plus exposés à l’échec en version Williamson qu’ils le furent ces dernières années en version Ron Asheton.

On le sait, Ron Asheton refusait de toucher aux chansons deRaw Power et pour de bonnes raisons. Au prix d’une relégation à la basse, le guitariste fondateur des Stooges avait été rappelé au dernier moment pour l’enregistrement de ces chansons écrites à quatre mains par Iggy et James Williamson. Seuls des titres de “The Stooges“, “Fun House“, “The Weirdness“ et quelques autres bricoles anecdotiques étaient joués entre 2003 et 2008. Ce n’est que dans les derniers concerts de l’aîné des Asheton que “Search & Destroy“ fut rajoutée, après, on imagine, une forte insistance d’Iggy Pop. Au-delà des égos de musiciens, ces choix sont d’importance pour la crédibilité musicale des prestations des sexagénaires reformés. Le corpus de “The Stooges“ et “Fun House“ semble plus simple à assumer, porté par sa structure musicale répétitive et nourrie par les vertiges du free jazz. Appréciées à deux reprises par l’auteur de ces lignes, ces performances des Stooges avec Ron Asheton étaient plus que satisfaisantes, atteignant des sommets sur le phénoménal enchaînement “1970“-“Fun House“.

Le cas de “Raw Power“ est plus problématique car il s’agit d’une musique de têtes brûlées. Des chansons plus ouvertement rock’n’roll cramées par un nihilisme aussi radical que jouissif. C’est le disque idéal des Stooges de 1973, un groupe de losers incompris (sauf par Bowie et le punk new yorkais en gestation, pour schématiser) et très dangereusement camé. Voir ces chansons revenir incarnées par un Iggy heureux et bronzé au soleil de Miami et un James Williamson ayant réussi dans l’électronique en Silicone Valley nous donne des doutes sur la fraîcheur du cœur chargé de napalm promis dans “Search & Destroy“. L’impression première sur ce concert est celle d’une intensité musicale beaucoup moins bien contrôlée par le groupe qu’avec Ron Asheton. Pourtant, à la faveur d’un enchaînement de titres judicieux, la fin du set est flamboyante avec en vedette un Iggy Pop transfiguré par le simple bonheur d’être là, aussi intense que sa démence des années 70 à exorciser ses pulsions les plus violentes en se roulant dans des éclats de verre.

IGGY & THE STOOGES : RAW POWER (Rio 2009)

Depuis le public, difficile de feindre une joie immense à l’entame brute du concert par la chanson “Raw Power“. Le rendu est peut être un poil mollasson mais l’écriture est tellement puissante et parfaite que la chanson se suffit à elle-même. Le groupe est encore en phase de chauffe et cela se poursuit par une décevante version de “Search & Destroy“ et une brouillonne “Kill City“. On se dit que ce qui est vrai pour les vieux Stones est vrai pour les vieux Stooges: ils sont plus à l’aise sur les morceaux lents que sur les morceaux rapides. “Gimme Danger“, sensiblement réarrangée est agréable mais sans plus. Quand les Stooges, après la traditionnelle invasion scénique du public, se lancent dans “1970“ puis “Fun House“, l’absence de Ron Asheton se fait cruellement sentir.

Il suffit d’un morceau fondamental et méconnu pour faire basculer le concert : Beyond The Law. Paru sur l’album d’Iggy et Williamson enregistré en 1974 “Kill City“, c’est une ode à la course désespérée et à la paranoïa urbaine d’un marginal attachant. Un exercice de style “rolling stonien“ jubilatoire qui renaît sous nos yeux ébahis. Steve McKay se met à souffler plus fort dans le sax, Iggy gestualise de plus en plus près du déroulement de la musique. A partir de là, la fin du concert est décrétée impitoyable.

IGGY POP & JAMES WILLIAMSON : BEYOND THE LAW (1974-77)

C’est le moment choisi pour décocher l’enchaînement le plus jubilatoire du set : “I Need Somebody“ et “Penetration“. Deux morceaux de groove lancinant définitivement enlevés par un Iggy Pop magistral. Les premiers rangs du Phoenix sont médusés par l’engagement physique et vocal de la bête. Scott Asheton mérite à ce moment son hommage pour son travail du tempo, marécageux à souhait. Tout ça pour écrire que c’est pour ces moments, qu’on n’espère qu’à moitié, qu’on va encore voir Iggy & The Stooges aujourd’hui. Adresse à tous les éventuels candidats : ils le font encore ! Et on peu même se permettre en final de reprendre en choeur « I Wanna Be Your Dog“ comme s’il s’agissait du“Petit Bonhomme en Mousse“. A cet instant, on pense à des mecs comme Danny Fields, qui ont supporté les Stooges des années malgré le mépris et l’indifférence.

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