
Quasi © D.R
Quasi, pour ceux qui ne le savent pas, fut le backing band d’Elliott Smith. Sam Coomes était aux côtés du défunt songwriter dès Heatmiser, premier groupe bruitiste de celui qui allait devenir quelques temps plus tard l’un des plus illustres martyres du rock indé. Janet Weiss (à gauche sur la photo) partage son temps entre Quasi donc, et les Jicks de Stephen Malkmus. Elle officia également au sein des cultes Sleater Kinney. La bassiste Joanna Bolme, arrivée en 2007, travailla sur l’album posthume de Smith, et est à l’état civil Madame Gary « The Cribs » Jarman. Voilà, le portrait est dressé. Maintenant parlons musique avec Sam, en commençant par le dernier né du groupe, « American Gong »:
Sam Coomes: « On a terminé l’album, et il avait besoin d’un titre. On avait quelques idées, mais aucune ne collait. Puis « American Gong » est arrivé, et c’était accrocheur, on l’a donc gardé. Pour moi ça évoque la fin de l’impérialisme américain, même si cet album n’a rien à voir avec le sujet. Et ça me permet parfois d’aborder le sujet dans les interviews ».
« Il n’y a pas de recettes dans la musique, rien n’est mathématique. Le groupe et ma façon de composer par exemple ont beaucoup changé au fil des années. Sur ce disque, j’ai essayé de n’apporter les morceaux qu’à moitié finis, pour que chacun y apporte sa touche. Dorénavant je lâche un peu de leste. Avant je faisais tout. Je pense que c’est de la sagesse d’une certaine façon. Plus jeune je ne réalisais pas à quel point il était ridicule de vouloir tout contrôler. Aujourd’hui si. Je suis plus mature. Et cela rend les choses plus intéressantes. L’idée même d’avoir un groupe est de partager des idées. Sinon autant jouer en solo. J’ai déjà fait un disque solo, et quelques concerts. Mais j’ai détesté. Il n’y avait aucun fun. Je jouais avec des machines, qui parfois sont plus fiables que les humains, mais peuvent tout aussi bien planter. Et quand les machines plantent, c’est fini mon pote, tu peux rentrer chez toi ».
Sam Coomes: « Je n’ai pas peur des gens, je n’ai pas peur de me mettre en avant et de jouer des nouvelles chansons. Avec ce disque par exemple, on avait déjà joué tous les morceaux en live, et on avait donc une idée de comment ils seraient perçus. Monter sur scène devrait être fun, pas effrayant. J’apprécie ce processus, c’est créatif. Pour cet album, il y a clairement un lien entre le fait de jouer les titres en tournée, de les travailler comme ça, de les voir évoluer comme ça, et de les enregistrer par la suite. Ils se sont construit sur scène. Beaucoup de groupes sont bons en concert et mauvais sur disque. On est donc entré en studio, on a monté nos amplis à fond, et voilà. On voulait que cela sonne comme un groupe jouant live. Au départ nous voulions travailler avec Dave Fridmann (ancien bassiste de Mercury Rev et producteur de Mogwai, Sparklehorse, Weezer…), mais il n’a pas pu être présent sur tout le disque, seulement en partie. On savait que l’on voulait un disque qui sonne. Même si nous n’avions pas d’argent (rires). Et Dave est un homme généreux, qui t’autorise à le payer deux ans, voir trois ans plus tard. Une chose rare dans le business ».
« J’écris très bien dans ma baignoire. C’est un endroit isolé, relaxant, ou personne ne viendra te déranger. Mes meilleurs morceaux viennent de ma baignoire. Il m’arrive aussi de partir faire un tour en vélo et de revenir avec des morceaux en tête. Tu peux penser que c’est simple, mais parfois, c’est plus douloureux. Par exemple cela faisait quelques jours que j’avais des phrases dans ma tête, sans savoir comment les utiliser. Et je devenais fou, vraiment. Puis, il y a quelques jours, dans le van, pendant une longue route, nous avons tous pris des champignons hallucinogènes. Et en deux secondes, les mots et la mélodie se sont mis en place. Pas sûr que cela ait vraiment durer deux secondes, tu perds la notion du temps en prenant ces trucs là (rires). Mais le fait est que dans ce cas là, les drogues ont servi. Tu vois, ce n’est en aucun cas une science exacte. Il y a des thèmes qui reviennent dans mes paroles, mais ce n’est pas intentionnel. J’ai utilisé le mot « pisser » trois fois sur ce disque, sans m’en rendre compte avant de le réécouter bien plus tard. C’est bizarre, ces choses arrivent, ce n’est pas conscient. Je ne sais pas d’où ça vient. C’est intuitif ».
Sam Coomes: J’aime parler aux gens. En Europe le niveau des questions est plus élevé. Aux États-Unis, on me pose encore des questions du genre « comment le groupe s’est-il formé ? ». Je ne pige pas. Souvent les personnes qui t’interviewent aux États-Unis sont des étudiants qui font ça à mi-temps. Je suis plus tolérant avec ça aujourd’hui, mais avant ça m’énervait vraiment. Et en même temps, si le mec ne sait pas à quel groupe il parle, je peux m’inventer une autre vie. C’est plutôt drôle. Mais récemment, les interviews se sont faites moins nombreuses. Une baisse de popularité sans doute ».
« Il y a quelques années, j’ai fait une sorte de bilan de ma vie, et je me suis rendu compte que tous mes rêves de gamins avaient été réalisés. Ce fut une expérience pour le moins bizarre. Voyager, faire des albums et des concerts… Je ne m’en étais pas rendu compte avant car la réalité était bien différente de mes rêves de gosses. . Mais ce n’est pas la fin, il me reste beaucoup de choses à explorer ».