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Rock tranchant au Bataclan

ghinzu

Définition de Ghinzu : frisson qui parcourt le corps, lorsque la lame du couteau effleure la peau.

Depuis quelques temps, une date au Bataclan est souvent le dernier espoir de voir un groupe dans une salle de taille raisonnable, avant que le tourbillon du succès ne l’emporte vers un stade ou une arène. Autant dire qu’il fallait courir vite pour espérer y voir Ghinzu le 3 avril dernier, ou patienter jusqu’à l’ouverture de la billetterie d’un Zénith de Paris prévu en octobre prochain.

C’est donc devant une salle comble que The Black Box Revelation est prié d’ouvrir les hostilités. Les bruxellois,  qui doivent à eux deux être moins âgés que leurs vinyles préférés, réutilisent les vieux pots du rock garage dans un combo batterie /guitare plein de sueur. On ne perçoit pas vraiment d’originalité dans les paroles et le son, mais le duo dégage une belle énergie sur scène. Dommage qu’elle passe mal l’épreuve de la fixation sur CD.

Pour habiller le show de Ghinzu, des lampes Led (retenez ce nom, il parait que c’est le futur de l’éclairage de concerts) font le tour de la scène et créent un effet futuriste de circonstance. Le nouvel album des Belges, Mirror, Mirror nous laisse entrevoir toute la noirceur de notre XXIème siècle : en fait de bonheur, le titre prometteur Joy, Success, Happiness (dont le titre belge est Je t’attendrai) nous offre en fait un joli cynisme.

La première décharge électrique de la soirée s’appelle Cold Love, premier single du dernier opus. On ne saurait trouver meilleur titre pour cette déferlante de chaleur synthétique, une humanité électronique dont cinq représentants occupent la scène ce soir. Leur leader John Stargasm (quel nom évocateur), en costar et lunettes noires, nous régale d’un détachement dandy et de déhanchements groovy. Il pourrait s’en tenir à la pose sexy, mais il entretient le côté sombre et tendu des morceaux, qui conduisent heureusement moins à une introspection glauque qu’à une furieuse envie de headbanger. Derrière quelques notes de piano introductives se cachent  des guitares hystériques, dont on perd parfois le fil à force de superpositions et d’un volume sonore élevé.

Certains titres se révèlent particulièrement puissants sur scène : The Dream Maker,  psalmodie aux chœurs hallucinés, l’hypertendu This War Is Silent, ou Cockpit Inferno et sa voix vocodée qui plonge dans les abysses et y reste. Certains groupes ont le chic pour faire de leurs singles les plus réussis, un beau « flop » sur scène. Heureusement, Ghinzu n’est pas de ceux là : 1500 « Do you read me ? » remplissent le Bataclan à l’unisson en attendant avec délectation la vague de guitares.

Le meilleur morceau du set en termes d’énergie sera The Dragster Wave : les notes de piano délicates s’y transforment en une déclamation rageuse qui ne ferait pas rougir Eminem : « And we sweat, and it’s sweet, And we breath like machines, And we play, and we pray ’til we find hidden sins ».
Dans un registre plus posé, Take It Easy nous ramène en 2001 : un chant flegmatique à la limite de la rupture,  une basse qui arrive en renfort , et Ghinzu signe son propre Is This It.

« Qu’est ce que la belgitude ? » interrogeait une conférence d’Alex Mélis en décembre dernier aux Transmusicales de Rennes. La conclusion de la rencontre : un grand melting pot d’influences, une dose d’humour, une belle capacité à mixer le tout pour en extraire des titres très efficaces. Et Ghinzu de rajouter : « l’attitude, coco ».

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