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CROCODILES – SLEEP FOREVER

CHRONIQUE PARUE DANS VOXPOP #18 (JANVIER-FÉVRIER 2011)

« Juste nous deux et notre boîte à rythme, sur la route. » La définition est un peu fugace mais voilà, en quelques mots donc, comment se définissent Charles Rowell et Brandon Welchez, le duo de San Diego nommé Crocodiles. Avant cela, tout deux furent membres du groupe noise punk au nom anarcho-comique, A Plot To Blow Up The Eiffel Tower, en référence à Greil Marcus et Guy Debord. Aujourd’hui, la fin de vingtaine bien entamée, chemise à carreaux de rigueur, perfecto, excroissance capillaire gominée inspirée de Parker Lewis… A première vue, ces deux ressemblent à n’importe quels hipsters californiens. En apparence en tout cas. Car on pourrait croire à l’écoute de leur second album qu’ils seraient une sorte de stéréotype de gothiques qui trainent sur les plages de la péninsule de Coronado. Ça sent clairement la mort et le sable chaud. Etrange mélange, certes.
Pour schématiser, la musique, c’est le sable chaud. Celle des sixties, The Monks, The Velvet Underground pour le côté noisy, mais aussi les eighties, Jesus And Mary Chain, Ride et Spacement 3. « Tout est construit autour des guitares. » C’est le moins que l’on puisse dire… On entend pratiquement que ça. Les magnifiques textures shoegaze couvrent pratiquement la boite à rythme. Les textes, par contre, tournent autour de la mort et de la douleur. Mais de là les considérer comme gothiques, on en est loin : « On a écrit les textes pendant une période où la mort nous a touché tous les deux. Mais on ne s’est pas rendu compte à quel point les paroles en étaient baignées. En tout cas jusqu’à ce que Spin Magazine ne dise de nous qu’on était des obsédés de la mort… Un comble quand on sait qu’on est plutôt des amoureux de la vie. On a plutôt l’impression que quand dans un bar je lui verse du wiskey dans la gorge, qu’on s’amuse et qu’on se fait arrêter, on vit notre vie à fond. » Ecriture intimiste, temporaire pour ainsi dire. La mort n’est pas leur créneau, la douleur non plus, mais ils décrivent ces sentiments à la perfection, usant de personnifications à gogo. L’exemple le plus probant : les paroles de Stoned to Death, dont le sens de l’accroche se rapproche sérieusement de l’écriture glauque et poétique de Bobby Hecsher des Warlocks : « the whole world is an ocean, laughing while you drown » ou encore « somewhere in the garden of your heads grows flowers brittle, brown and dead. »
L’opposition entre la musique, qui oscille entre dream pop et shoegaze entrainant, et les paroles, rend le tout abordable, écoutable dirons nous. Car le mélange des deux n’est pas évident. Personne n’aura aussi bien chanté vouloir mourir seul sur une pop aussi gracieuse (Mirrors). Et cette réussite, on la doit certainement la touche de James Ford (Arctic Monkeys, Florence And The Machine) à la production. « Il est devenu le 3ème membre du groupe. On n’avait jamais laissé quelqu’un participer au processus de création avant lui. Et il a réussi à traduire et créer tout ce qu’on avait en tête. » Du bon boulot. Huit extraordinaires pop songs qui laissent présager autre chose qu’un avenir funèbre. Et s’ils laissent tomber le côté sordide comme prévu, peut-être deviendront-ils de simples garçons de la plage.

Adrien Toffolet

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