“Pour moi, ce disque n’est pas du tout bordélique. Je le trouve même plutôt ordonné. Mais chacun y trouve ce qu’il veut bien chercher. C’est toujours The Go! Team. Mais c’est vrai que pour celui-ci, tu peux te poser dans ton canapé et l’écouter d’une traite. Avant, c’était plus dur. Tu avais souvent besoin de te lever de ton fauteuil”. Ainsi s’exprime Ian Parton au sujet du dernier né de la formation dont il est bien plus que le guitariste: l’instigateur. De là à penser la meute s’est calmé, il n’y a qu’un pas, que l’on serait ravi de franchir si Ninja, chanteuse, danseuse, furie, ne nous faisait pas cette confidence, quand on lui demande ce qu’elle mettrait dans une boîte que l’on déterrerait dans vingt ans, pour définir The Go ! Team: “Une boîte ? On peut voir le groupe comme une gigantesque toile plutôt. Tu pars d’une idée, au centre, qui est le noyau dur, et beaucoup de choses viennent s’y coller. Par exemple, tout le monde me parle de James Brown ou de Marvin Gaye. Mais j’ai grandi en regardant des comédies musicales, en écoutant Doris Day et Frank Sinatra. Ian, lui, est fan de Fugazi. Pas sûr que ça s’entende dans ce disque”. On confirme. Malgré tout, difficile de ne pas constater que le groupe a sévérement nuancé son propos au moment de rentrer en studio. Toujours aussi écléctique, lorgnant du côté de… partout, “Rolling Blackouts” n’en reste pas moins au final un disque de pop jetable. Bien produit, certes. Mais par conséquence dépouillé de l’essence même du groupe. Soit la saleté sous les spotlights. Le vomi couleur fluo. Passé à la machine, le groupe en sort partiellement délavé. Pas moins vivant (titre d’ouverture: “T.O.R.N.A.D.O”, le très lourd “Voice Yr Choice”), parfois mignon (l’envoûtant “Buy Nothing Day” sonne comme du Belle And Sebastian énervé, “Secretary Song” avec Satomi Matsuzaki de Deerhoof), le collectif peine à nous éviter quelques baillements. Rien de franchement mauvais malgré tout. Et cela ne nous empêchera pas d’aller les voir sur scène. Là où tout prend sens. Ou pas. Ninja: “On bosse en permanence sur le live. On se pose toujours plein de questions pour savoir comment rendre nos concerts meilleurs, comment rendre les morceaux plus puissants. On n’y pense pas quand on est en studio, mais d’une certaine façon, c’est en permanence dans un coin de notre tête. Pour notre prochaine tournée, on aura sur scène une machine à écrire vintage. Je te jure que c’est vrai. Tu ne me crois pas ? Il y aura aussi une cloche de vache. On a beaucoup de matériel sur scène. Et on est nombreux. On peut donc faire ce que l’on veut. C’est plutôt agréable”. Jouissif même. Pour elle comme pour nous. Même si la fête n’en reste pas moins un tantinet gâchée par ce disque. Le champagne manque de bulles.
Nico Prat
CD The Go! Team « Rolling Blackouts » (Pias)