On dit souvent PJ Harvey secrète et mystérieuse. Elle a pourtant la bonté de faire profiter à ses fans de la récréation musicale que semblent constituer pour elle ses albums avec John Parish. On s’en est encore rendu compte hier au Bataclan. Polly Jean ne fait que chanter les paroles qu’elle a écrites sur la musique de son mentor du Dorset. Accompagné de solides mercenaires chevronnés comme Eric Drew Feldman, le duo enchaîne les compositions tordues et complètement originales tirées des excellents « Dance Hall At Louse Point » (1996) et « A Woman A Man Walked By » sorti il y a quelques semaines.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas ces disques disons que les chansons ont un potentiel tubesque assez proche du néant mais qu’elles dégagent une intensité émotionnelle impressionnante. Ça arrive souvent qu’en interview, des musiciens plus ou moins connus déclarent aimer telle ou telle chanson d’un autre artiste au point de regretter de ne pas l’avoir écrite. On imagine assez mal voir quelqu’un dire la même chose des chansons de PJ Harvey et John Parish. Non seulement elles n’ont ni queue ni tête, mais surtout, l’interprétation qu’en fait le duo leur donne tout leur sens.
C’est le premier titre du dernier album « Black Hearted Love » qui introduit le spectacle. Une sorte de mise en jambe, jouée un peu mollement, d’ailleurs. Depuis le public, on apprécie les musiciens disposés en ligne avec la batterie singulièrement rabattue côté Cour. PJ Harvey est entourée d’hommes, tous plus vieux qu’elle, qui portent le chapeau comme pour donner l’impression qu’ils sortent du tournage d’un western crépusculaire de Clint Eastwood.
Une ambiance très appréciable règne dans le Bataclan. Le public des premiers rangs est enthousiaste et très attentif. Les applaudissements sont très fournis. « Taut », repris par Harvey dans ses concerts solos électrise tout d’un coup la salle. « April » ou « The Soldier » sont chantées de manière bouleversante. À la fin du concert, les musiciens semblent ébahis de la ferveur qui leur est transmise. Etant habitué aux mines convenues des stars sur scène quand elles sont célébrées, on est particulièrement touché de la joie montrée par John Parish et PJ Harvey. À bientôt 40 ans, la chanteuse n’a pas fini d’être prometteuse. Elle a encore démontré son supplément d’exigence et d’authenticité alors que sa renommé est confortablement établie. Reste à savoir si l’avenir la verra poursuivre dans son exploration des régions les plus brutes de son expression musicale.