Le dernier Phoenix a toujours été mon disque de chevet. En 2001, « United » était la BO parfaite de bluettes adolescentes rêvées en Californie, de virées au drive-in à siroter du Dr Pepper, au road-trip capote baissée et volume à fond sur le Golden Gate Bridge. Comme le dit Sébastien Tellier : « La musique de Phoenix, c’est la musique des derniers jours de classe avant les vacances d’été avec son lot d’émotions précieuses qui créent, quand on les ranime, la sensation de « paradis perdus » ».
Les années ont passé, et Phoenix a traversé la maturité, les relations à distance, les disputes, a dû accepter quelques prix de consolation, et la crise par-dessus le marché. Le groupe s’est délesté des saxos et des claviers « french touch » pour arriver à un son plus sec et laisser parler les guitares sur « It’s Never Been Like That », troisième album sorti en 2006. Depuis, finalement assez rares en France sauf sur quelques festivals (le Printemps de Bourges, Rock en Seine), les quatre versaillais ne nous ont laissé qu’une compilation éditée par Kitsuné (« Kitsuné Tabloid by Phoenix ») pour assouvir notre soif de nouveauté et tenter de percer le mystère de leur alchimie. Absorbés qu’ils étaient à la composition d’un nouvel album, ils ont squatté le studio parisien de Philippe Zdar (moitié de Cassius) pendant un an.
Début 2009 : les quatre frenchies, pourtant pas prophètes en leur pays, reviennent sur le devant de la scène à l’occasion de la sortie d’un quatrième album studio. En lâchant sur Myspace un avant goût du premier album intitulé « 1901″, ils affolent des bloggeurs au clic fébrile et les apprentis remixeurs. Les uns s’empressent de relayer la bonne parole aux quatre coins du globe en diffusant le mp3, tandis que les autres (parmi lesquels The Teenagers, The Tremulance ou SayCet) revisitent le titre à la sauce ambiant, dance ou reggae.
Après tout ce buzz, « Wolfgang Amadeus Phoenix » était prêt à sortir. Un titre certes présomptueux mais qui, au vu de la pochette de l’album, reflète surtout une volonté de créer son propre « pop art ». A l’heure ou Jeff Koons introduit l’art contemporain à Versailles, pourquoi des popeux n’écriraient-ils pas une chanson sur la « Lisztomania » ?
Ce second single ne perd rien de son éclat au sein de l’album, car il représente une sorte de perfectionnisme dans le style Phoenix : une introduction et une conclusion élégantes, des couplets et un refrain accrocheurs, un pont où Thomas Mars se lâche, un swing évident. « Wolfgang Amadeus Phoenix » est à visiter en deux parties : l’enchainement des trois premiers titres, de « Lisztomania » au sensuel « Fences » (qui s’inscrit dans la lignée du « Definitive Breaks » sur « United » ) nous conduit en douceur vers un exercice de style synthétique à écouter à fond au casque. « Love Like A Sunset Pt.1″ donne la sensation d’un train de guitares électriques et acoustiques qui se met en marche, dans un minimalisme qui atteint son climax et son équilibre sur « Love Like A Sunset Pt.2″ et la conclusion de Thomas Mars. Amusés par les jeux de piste, peut-être les Phoenix nous avaient-ils déjà aiguillés sur ce morceau en sélectionnant « Love On A Real Train » de Tangerine Dream sur la compilation Kitsuné…
Puis, la peur d’être déçu par la suite des évènements pointe, avec l’impression d’en connaitre les mélodies et les astuces depuis l’album précédent : « Rome » et son « fall, fall, fall » a un goût de déjà vu. Et pourtant, la mélancolie nous gagne, Phoenix la fait durer sans vergogne, et nous emmène dans ces histoires qui nous touchent sans qu’on en connaisse les tenants et les aboutissants. L’album renferme encore quelques jolies pépites, comme ces gimmicks de guitare réhaussés d’une note de synthé (« Girlfriend »). Plus on approche de la fin et plus les titres s’étirent et s’éloignent de l’évidence et de l’immédiateté des débuts, formant une très longue outro qui demande plus de temps et d’écoute pour l’appréhender.
« Wolfgang Amadeus Phoenix », s’il n’offrira pas de grande surprise ou de changement de direction aux fans du groupe, les ravira par son esprit de synthèse. A l’image de la complémentarité des membres du groupe, le quatrième album aura eu besoin des trois précédents pour exister. Du Phoenix, mais en mieux.
Phoenix – « Wolfgang Amadeus Phoenix » ( V2)