Le public semble s’être majoritairement déplacé pour voir Placebo, ou du moins ce qu’il en reste. En effet, s’étant séparés de leur ancien batteur, seuls restent les deux membres à l’origine du groupe (Molko / Olsdal). C’est donc devant un Transbordeur au ¾ vide que les Londoniens de The Jim Jones Revue ouvrent le bal. Nombreux sont ceux qui sont restés accoudés au bar qui sert d’antichambre à la salle. Cela n’empêche pourtant pas le chanteur à l’allure d’un Johnny Cash dépoussiéré de donner tout ce qu’il a dans chacun des titres. Rien de révolutionnaire mais une indéniable sincérité qui se dégage de ce vieux blues rock crade à souhait. À croire que les membres de The Jim Jones Revue ne savent rien faire d’autre. Conscient du court timing qui lui est impartit le groupe enchaîne sans perdre de temps. Et, comme toute « bonne première partie qui se respecte » il souffre d’un son plus que médiocre. Malgré cela, les TJJR s’en sortent haut la main. Quant à nous, nous sommes content d’être resté professionnel même face à l’appel d’une bonne petite bière bien fraîche.
Pendant le rapide changement de plateau, la salle s’est bien remplie. Place aux Belges de Ghinzu et à leur rock aiguisé. D’entrée, la tension monte d’un cran. Étant plus nombreux, la chaleur aussi. John Stargasm, leader incontestable, fait partie de ceux qui quoi qu’ils fassent, le font avec classe. Un pas de danse, un geste en direction des roadies… bref, tout chez cet homme, et par extension chez le groupe qui l’accompagne, respire la sobriété et l’efficacité. La prestation de ce soir pourrait alors se résumer en quatre morceaux (même si le trop court set de quarante minutes est à retenir dans son intégralité). « Mirror mirror » : sulfureux. « Cold Love » : tendu. « The Dragster Wave » : sublime. « Do You Read Me » : groovy (toujours et encore). Le quintet s’en va comme il est venu : avec classe et laisse derrière lui un Transbordeur sonné. « C’était qui se groupe ? » demande une jeune femme en sueur, le sourire aux lèvres. Réponse : « Ghinzu, Mademoiselle ! » Sans commentaire… mais deuxième bonne surprise.
« Bitter End »
Dernier changement de plateau et une salle comble. Tout le monde est fin prêt pour accueillir la tête d’affiche de ce soir. Placebo, qui revient là où il a commencé à Lyon. L’entrée sur scène est très soignée. Le deux (Molko / Olsdal) débarquent dans un déluge sonore et visuel et c’est une extase communicative qui transcende l’assemblée. Les quatre autres musiciens sont présents mais aucun ne se détache vraiment du lot. Aucun, mis à part le nouveau batteur. Musicien de caractère, il se fait remarquer au fil du concert par sa frappe. Une frappe tout en puissance qui le classe dans la catégorie des cogneurs. Certains diront qu’il manque de finesse sur certains titres mais fait tellement bien son travail qu’il est excusable. Malheureusement, l’ensemble est froid. « Special K » entraîne bien un joyeux bordel dans les premiers rangs mais Placebo joue trop avec le registre du pathos. Et par conséquent, le binaire tristounet qui s’applique à la plupart des titres devient vite ennuyeux, voire pénible. Avec « Song To Say Goodbye » on se dit qu’on pourrait en rester là, à raison d’ailleurs, puisque même les trois titres offert en guise de rappel n’arrange rien. Fin de soirée amère.
On a pu lire sur les affiches promo : « La Musicale part en tournée ». Il ne nous reste plus qu’à attendre qu’elle revienne.