Avec leurs têtes d’intellos tempérés, les trois membres du groupe ont quand même l’énergie suffisante pour mettre un gros bordel dans les micro-clubs de la ville. Nolen, le chanteur, fout un peu les pétoches au public quand il s’agrippe aux filles, lèche les crânes, ou hurle à deux millimètres du visage.
« More » est leur troisième album, fidèle à leurs hésitations entre minimalisme et punk rock. Sur plusieurs titres les riffs mettent plus d’une minute à s’installer, bien en phase avec les mélodies hypnotiques et énervées servies par la basse de Bruce Willen. Enregistré cet hiver dans des conditions extrêmes, dans un immeuble abandonné et sans chauffage, l’album a une sonorité parfois approximative, seul bémol à l’affaire.
Comme sur les précédents albums, la plastique est très étudiée (deux des trois musiciens sont graphistes dans le civil). Le clip de « Vivre sans temps mort », réalisé par Cat Solen, est très beau. Double Dagger évite le cliché fluo kid un peu zinzin de leurs comparses baltimoriens, dont ils restent quand même les potes, sans pour autant rejouer la scène originelle lo-fi de beaucoup de groupes US. On navigue plutôt gracieusement entre politique de la ville, colère et prise de tête ironique sur le sens de l’existence et la possibilité du bonheur après trente ans.