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Esser ne réinventera pas la britpop

Esser mangerait-il son disque avec autant d'appétit ? We don't think so...

Esser mangerait-il son disque avec autant d'appétit ? We don't think so...

Le premier album de la relève britpop bizarrement coiffée, Esser, tient de l’allégorie ratée de l’évasion du plus noble de nos sens (l’ouïe, l’ouïe). Tiré par les cheveux ? Le portrait qui suit vous évitera peut-être de claquer quelques euros superflus pour un disque tout juste honnête. Ou pour sa performance à Rock En Seine samedi 29 août. A vous de voir.

Le mec débarque dans la salle d’interview, dans un hôtel très chic du seizième arrondissement de Paris. A côté des cadres sup’ genre « rien ne dépasse », Esser dénote. Il s’est bardé d’un look de sale adolescent, ascendant punk fin seventies ou dandy de caniveau, un accent cockney à lacérer au couteau et la coupe style pot de fleurs. Il parle très bas, regarde rarement son intervieweur dans les yeux. A sa décharge, il semble exténué. Deux tatouages, l’un sur le côté droit de la nuque, un pouce levé et « Good » écrit juste au-dessus. De l’autre côté, le second représente aussi une main, l’auriculaire levé et « Bad » inscrit en-dessous. Esser n’y voit « pas vraiment de signification profonde, même si j’aurais bien aimé. Mais j’aime bien cette idée du bien et du mal, et qu’une même personne possède les deux en elle ».

Il se jette d’emblée jette sur le bouquin qu’il trouve sur la table, une (très bonne) biographie de Lester Bangs qu’il semble ne pas connaître. Un musicien qui ne connaît pas Monsieur Bangs, c’est comme un imprimeur qui ignorerait l’existence de Gutenberg.

On commence à causer passé et souvenirs. Le gaillard a commencé en jouant des reprises de rock dans des camps de vacances, il était batteur. A ce moment précis, Esser baisse les yeux et adopte une moue honteuse : « je n’aimais pas ça, mais ça m’a permis de voyager dans toute l’Angleterre ». Ensuite, il a fini par s’évader de son Essex natale pour rallier Londres. Et c’est de là, des difficultés du provincial qui débarque à la capitale que vient Braveface.

« Quand j’ai écrit cet album, ma vie était différente et beaucoup de choses étaient en train de changer, ça parle beaucoup de moi en train de lutter, en train d’essayer de faire face à cette situation. J’étais au chômage et j’ai dû vendre toutes mes guitares, je n’avais plus d’argent et j’essayais de faire la musique. Une grosse partie des paroles vient de ça, je voulais faire quelque chose de ma vie et réussir dans la musique. Dans une chanson telle que Headlock, je pense que l’on perçoit ce sentiment d’enfermement ».

La pop, surtout aujourd’hui, est pourtant difficilement identifiable comme un refuge pour les dépressifs et les mélancoliques, deux des essences de la grande musique. « Beaucoup pensent que la musique pop est cheap, mais je pense qu’en fait c’est le genre de musique le plus compliqué à mettre en place. C’est plus simple de faire de la musique sans barrières. Dans la pop, il y a des règles à respecter. Ça doit être clair, ça doit être simple. Et dans ce sens c’est compliqué de ne pas perdre de substance. La musique pop doit aller avec son temps, c’est dur de faire une chanson universelle, à laquelle les gens peuvent se référer ».

La musique obéit-elle vraiment à des règles ? Doit-elle réellement aller avec son temps, suivre le cours de la mode et n’avoir pour unique but que de plaire ? Les plus grands albums de l’histoire n’étaient-ils pas ceux qui, justement, ont explosé les barrières et exploré des espaces cachés et énigmatiques, impénétrables auparavant ? On pense au premier Velvet, Slowly Peel and See, à Trout Mask Repilica de Captain Beefheart, ou encore à Thriller, pour se rapprocher de l’univers pop. Esser reste sur ce point très cohérent, finalement, que l’on apprécie l’album ou non. C’est l’éternel débat de la conception première de la musique qui revient ici sur la table. Art ou bruit ? Objet de distraction ou de culture ? Mode de vie ou mode tout court ? Ici, on a sans aucun doute affaire à un objet de distraction, de mode.

ESSER « Work it out »

Alors que l’entretien avance, il devient évident que l’esprit d’Esser, surtout en si peu de temps, demeurera impénétrable. A l’écoute de l’album, on n’aurait pu imaginer faire face à un tel mec. Une chanson, c’est une mélodie et des paroles, right ? L’une des contradictions majeures de son album se situe très précisément dans la relation entre les deux. Pour être clair, sur la plupart des morceaux, le sentiment général serait celui que vous éprouveriez si Eddie Murphy se collait en tête l’idée de jouer dans un remake sérieux du Silence des Agneaux ou du Parrain. Ambiguïté ? Gros raté ? « J’écris naturellement sur des choses un peu dark, et j’aime bien les rythmes dansants. Je n’ai jamais vraiment de mélodie en tête quand j’écris. Parfois c’est sur un sample, ou un beat, sur lequel je développe le reste ».

Quel lien peut-on ainsi établir entre sa musique et sa personne ? Quel est le message ? Cette fois-ci, Esser adopte la tactique du contre-pied : « il n’y a pas un truc en particulier, c’est juste par rapport à l’énergie, juste pour connecter les gens. Pour faire que les gens oublient tout pendant une demi-heure ».

ESSER « Headlock »

Et finalement, c’est peut-être là que le bas blesse. Woody Allen a très récemment et très justement statué, en interview, que les films les plus significatifs, bien souvent, ne sont pas ceux qui permettent à l’audience de « s’évader », mais ceux sur lequel une certaine partie du monde, du zeitgeist ou de l’Homme, plane et colle son empreinte quelques heures durant. Bref, ceux où l’on retrouve le monde tel quel et non ceux qui nous l’occultent. Et c’est tout aussi vrai en ce qui concerne la musique. Braveface, dans son cas précis, ne fera pas date. S’il est peut-être imaginable que cet album permette une quelconque forme d’évasion à son auditeur, quelles pistes lui ouvre-t-il ? Qu’y apprend-on ? Esser riposte en fulminant contre l’élitisme dans la musique. « Beaucoup de musiciens aujourd’hui sont très condescendants, ils font de la musique pour prouver leur intelligence. Et les gens achètent leurs disques, parce qu’ils pensent que ça les rend eux aussi intelligents ».

Ainsi, comment qualifier l’album d’Esser autrement que comme du « prêt-à-consommer », comme un produit musical qui entre parfaitement dans les carcans de la nouvelle mode de la musique. Une « playlist de l’instant », pas vomitive certes, mais insipide et sans réelle profondeur. Après tout, le disque est un business comme un autre, on ne peut lutter sur ce terrain-là. Mais côté évasion, exploration, grand trip, appelez-ça comme vous voudrez, entre les barrières de la pop dont parle Esser et du business, ça ne sera pas pour cette fois. Quoi de plus claustrophobique/cadenassé/reclus/consigné que la mode ?

CD « Braveface » (Transgressive/WEA)

rock_en_seine2009

8 Réponses to “Esser ne réinventera pas la britpop”

  1. Charles dit :

    Et bam…

  2. ce n est pas moi qui aura un suicide sur le dos

  3. Soyons honnête dit :

    Je ne connais pas Esser je m’en fou un peu, mais je réagis à une chose :

    Il est honnête en disant qu’il ne fait pas de la musique intelectuelle juste un truc pour distraire les gens.
    L’auteur de l’article ne l’est pas : Il crache sur ce principe de pure divertissement, et nous bassine encore avec l’importance d’une oeuvre qui fasse réfléchir et surtout le démon de la mode, affreux monstre agglutinant… Honnêtement, quoi de plus « à la mode » que CE discours ?

    Soyez honnête, avouez avoir bouger votre boule sur les tubes de l’été, et n’ayez crainte, les musiques médiocres disparaitrons aux oubliettes, seront remplacées par d’autre, et deviendrons des trucs vintage  » tu te souviens de cette chanson de katty perry, i kissed a girl ?  »  » haaa graave j’ai pécho sonia au bal des pompier dessus rholalala c’est vieux vazy met pour voir … » ca ne vous rappelle rien ?

    Amicalement

  4. DavidLeTwin dit :

    Eh ho toi là bas, ton discours me semble un peu grossier.

    Tout d’abord, le bien-aimé auteur de l’article n’écrit en aucun cas qu’Esser ne fait pas de la musique intellectuelle. Il montre qu’il fait de la soupe, de la musique creuse, qui ne se foule pas sous prétexte d’un faux manque d’ambition artistique.

    Il explique très clairement le fait que la différence entre une oeuvre majeure et mineure réside dans le fait qu’elle puisse se faire où non une fenêtre sur le monde, l’universel, ce qui déjà en soit, ne passe pas forcément par la case de l’intellect (mais plutôt par la sensibilité, sinon le mec aurait écrit un bouquin et pas fait une chanson, un film, etc.).

    Ensuite je trouve complètement cynique ta manière de mettre tous les gens dans le même panier, si tu veux t’épancher dans la fange de plus en plus épaisse du divertissement, libre à toi, sauf que certains d’entre nous cherchent autre chose.

    C’est cette recherche que cet article défend et c’est ce qui différencie toi et le bien aimé auteur.

  5. Douglas dit :

    Bienvenue dans une époque où tout ce qui renie en bloc le divertissement de masse devient suspect.

    Où quiconque n’admet pas être un beauf fini se voit parqué chez les intellos snobs, si loins du monde réel.

    Où tout est affreusement creux, sans substance, et où les clips sont des défilés Fred Perry, et la chanson, leurs fonds sonores.

  6. Anthony Mansuy dit :

    Mais il y a une véritable armada d’anarcho-intellectuels qui est venue défendre mon propos.

    Je n’aurais pas pu le faire mieux que vous mes amis.

  7. Cassandra dit :

    « Beaucoup de musiciens aujourd’hui sont très condescendants, ils font de la musique pour prouver leur intelligence. Et les gens achètent leurs disques, parce qu’ils pensent que ça les rend eux aussi intelligents »

    Défense classique. Assumer sa fonction de divertissement pur et simple, c’est peut-être honnête mais c’est surtout peu valorisant. Encore un p’tit gars qui a de l’avenir.

  8. 5Food dit :

    Je n’aime pas cet article qui commence très mal.

    « Esser ne réinventera pas la britpop. »

    Mais on ne lui à rien demandé au monsieur. Il fait juste ce qu’il aime et tente de nous divertir. Certes l’album n’est pas exceptionnel, il mérite d’être entendu pour au moins 4-5 morceaux.

    Il ne bénéficie pas d’une promotion à outrance, il a probablement jeté pas mal de fric dans la production de son album et il fait ce qui lui plait !

    Mon dieu combien en reste t il ?

    Entre les mini stars girl band ou boys d’ailleurs (Qu’ils sortent d’une émission de télé réalité ou non) qui n’écrivent pas leurs chansons, qu’on nous matraque 150x par jour à la radio et qui bénéficient d’un budget promo équivalent à ce qu’il faut pour nourrir l’Ethiopie et les soi disant stars accomplies de la variété qui n’ont plus rien inventé depuis des lustres. J’ai fait mon choix, aucun des deux !

    Ce bon vieux tube de début de carrière qui permet après de faire acheter n’importe quelle saloperie produite par le même artiste bénéficiant d’une crédibilité via son « hit » me répugne. Bien plus qu’un artiste avec un premier album « moyen-bon ».

    C’est un bon début ! Un bon premier album ! C’est un peu facile de dénigrer un nouveau « band » encré dans le divertissement ou des choses un peu légères.

    Non seulement ce n’est pas mal produit (J’entends par la enregistré) mais en plus il a quelques très bonnes idées. Il a une attitude carrément honnête, un style un peu différent, juste assez pour se démarquer du reste.

    Anthony Mansuy, une déclaration sur la qualité de l’album ? De son enregistrement ? Y a t’il des défauts ? as tu analysé ce que tu écoutais ou tu t’écoutais déjà penser sur cet album pendant qu’il te traversait les oreilles ? Je parie que ce mec ne sait meme pas ce que c’est qu’un Treshold.

    Si vous cherchiez de la soupe à la tomate, stoppez de cracher dans la soupe de potiron, ca ne la transformera pas. Dire que c’est mauvais parce que ca ne vous plait pas. C’est comme votre mère qui vous disait étant petit : Tu n’aimes pas les endives gamin ?! Ca ne veut pas dire que c’est mauvais !

    Bizarrement si j’avais lu l’article sans le nom de l’artiste, j’aurais pu le remplacer par tout un tas d’autre « artistes » … Lily Allen, Mika et j’en passe … Toute cette pop androgyne qui ne fait que reprendre tous les standards voix et accords, max 3 par chanson, avec des beuglement pure 60′s – 70′s – 80′s.

    Finalement pas bien plus loin que Esser après plusieurs albums mais eux, ne dérangent pas apparement.

    Fais nous un article sur Rod Stewart, qu’on rigole !

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