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Wheedle’s Groove : les convulsions post-mortem du funk et de la soul

Wheedle's Grrove -

Un peu à l’image Buena Vista Social Club à Cuba, le Wheedle’s Groove est un conglomérat de musiciens funk et soul de la scène de Seattle actifs dès le milieu des années 60. Avec Kearney Barton, leur premier album original, ils ressucitent le groove à l’ancienne.

Jouons ensemble à un jeu. Si je vous dis que Michael Jackson est mort, vous serez obligé de me croire. En ce qui concerne Lenny Kravitz et Bono, ils se maintiennent en vie et c’est déplorable. Et vous comme moi, nous le savons, n’est-ce pas ? Maintenant, haussons quelque peu le niveau. Rod Stewart (musicalement) ? PPDA (médiatiquement) ? François Bayrou (politiquement) ?

Et que dire du funk et de la soul ? Morts ou vivants ? On invoque bien souvent les mânes de Curtis Mayfield, Rufus Thomas, Sam Cooke, Isaac Hayes, James Brown et Otis Redding, mais ils sont bel et bien morts et enterrés. Et vous ne me ferez pas avaler que des ostrogoths comme Alicia Keys, Gnarls Barkley ou encore D’Angelo font de la bonne soul, et qu’ils leur arrivent ne serait-ce qu’au péroné. Sur ce point je suis prêt à me bigorner, que celui qui ose me contredire moissonne soigneusement ses arguments.

Aujourd’hui le funk, à part samplé dans les albums d’obscurs DJ français et perverti par la disco, c’est fini. Et que font les vieux ? Sly Stone apparait, de temps à autres, pour des interviews ou en tant que special guest aux concerts de George Clinton qui, pour sa part, est en tournée en ce moment même. Pour finir, je déconseille aux fans l’écoute du dernier Booker T. C’est vrai, qui accepterait que Kubrick revienne et se colle derrière la caméra pour réaliser la dix-septième suite piteuse de Scream ?

La soul et le funk sont languides, et ce depuis fort longtemps. Alors, je vous vois venir. « Pourquoi est-ce qu’il me bassine avec la mort du funk et de la soul ? Je suis au courant et je m’en tamponne sévère ! ». Fichtre, je vais couper court au suspens : j’ai entre les mains le disque le plus inattendu de l’année. Pas le meilleur, non. Le plus inattendu. Oui-da !, et je vais même me la jouer encore plus racoleur : le funk et le VRAI groove renaissent le temps d’un album ! Maintenant, les enfants, laissez-moi vous raconter une histoire.

En 2004, le label Light in the Attic (qui distribue aussi les Black Angels, et Gainsbourg aux Etats-Unis) décide de sortir une compilation baptisée « Wheedle’s Groove : Seattle’s Finest in Funk & Soul 1965-75 ». Ce disque réunit tout ce qui se faisait de mieux en funk et en soul dans la ville de Hendrix, Ray Charles, Nirvana et Quincy Jones. Malgré une totale absence de reconnaissance nationale du funk made in Seattle en pleine période hippie, Robertt Nesbitt, ancien disc-jockey de la station locale KYAC, raconte l’ambiance à l’époque : « il y avait au minimum une vingtaine de clubs de funk et de soul [à Seattle], et tous ces bouges étaient toujours pleins à craquer ». Les musiciens ont tous entre 60 et 70 berges aujourd’hui, aucun n’a sa page Wikipedia, mais tous ont été. Parallèlement à la sortie de l’album, on organisa un concert dans une petite salle, auquel assistèrent le guitariste Johnny Horn et les producteurs Mr. Supreme et Dynomite D (Beastie Boys, Modest Mouse, Kid Koala). Dès le lendemain, ils contactent le label dans l’idée de produire un album constitué de nouvelles chansons, toutes composées et interprétées par ces anciennes gloires locales. Le résultat, c’est Kearney Barton (en honneur au célèbre ingénieur du son qui a bossé sur le disque, mais aussi avec The Sonics, The Wailers et The Standells), finalement délivré cinq ans plus tard.

Et ce qu’on a là, c’est une grosse demi-heure de wah-wah, d’orgues Hammond, et de lignes-de-basse-qui-réveillent-tes-voisins, de négritude braillarde et de litanies. A vrai dire, ça faisait une paye que je gobais des mouches à chaque sortie d’un « album aux influences funk » et dès que je lisais un quelconque papier sur une « nouvelle sensation soul ». On n’espère plus rien des jeunes en ce qui concerne le groove, seuls les vieux font le boulot correctement. Ici, on navigue à fond les ballons en plein territoire Superfly, Ain’t that good news ou encore Stax Profiles. Alors certes, rien de bien neuf là-dedans, mais cet album met temporairement fin à trente ans de privation. Somme toute, le funk est à la musique ce que le gaullisme est à la politique moderne : on essaye de caser ça quelque part, comme un patrimoine embarrassant, on s’en revendique mais on n’a aucune chance de le maitriser. Mais surtout, ce sont les ancêtres qui en parlent le mieux.

CD « Kearney Barton » (Light in the Attic/PIAS) – Sortie le 8 septembre 2009

http://www.youtube.com/watch?v=zX950TlHsf8

6 Réponses to “Wheedle’s Groove : les convulsions post-mortem du funk et de la soul”

  1. En ce qui concerne Lenny Kravitz et Bono, ils se maintiennent en vie et c’est déplorable..

    Allez vous faire opérer de la honte au lieu d’écrire çà…..

  2. Yonna dit :

    Surement un disque innatendu, mais un article innatendu également! je ne comprends pas trop le début de l’article… le milieu aussi

    « En ce qui concerne Lenny Kravitz et Bono, ils se maintiennent en vie et c’est déplorable. Et vous comme moi, nous le savons, n’est-ce pas ? »
    Je ne le savais pas. Récemment vus en concert, ils étaient plus qu’en forme et le public aimait ça (cette année là, 2009).

    « Alicia Keys, Gnarls Barkley ou encore D’Angelo font de la bonne soul, et qu’ils leur arrivent ne serait-ce qu’au péroné »
    Ils s’inspirent de la soul des années 60 & 70et beaucoup de courant musicaux proviennent de la soul.

    La musique évolue. Arrêtons de comparer les générations entre elles.

    Bravo pour cet article de méchanceté gratuite envers tous les artistes cités et bravo pour assumer le fait d’etre racoleur. C’est en principe la technique des magazines people. Navrant

  3. L'auteur (AM) dit :

    Chère Yonna,

    Merci pour cette leçon de culture musicale. Il va sans dire qu’il a éclairé mes lanternes.

    Je n’émets aucun doute en ce qui concerne la santé physique et le bon fonctionnement métabolique de messieurs Kravitz et Bono. En ce qui concerne leur santé musicale, je suis autrement plus sceptique. Par ailleurs, je ne considère par le présent site internet (et le magazine papier dont il découle) comme un guide pour consommateurs, qui partirait du principe que quelques « grands noms » sont intouchables du simple fait qu’ils ont rempli le Stade de France (performance que Jean-Marie Bigard a aussi accompli, soit dit en passant). Également, il est guère étonnant qu’un public ayant déboursé en moyenne 100 euros pour aller voir U2 apprécie le show.

    En ce qui me concerne, Lenny Kravitz et U2 font des disques médiocres. Bien en deçà, en tout cas, des productions de centaines d’autres groupes qui se trouvent dans leur ombre. Je ne veux pas tomber dans ce jeu là. Si, de votre côté, vous préférez lire une énième interview de Bono ou de LK, ou gober une chronique laudative à propos de leur dernier étron, grand bien vous fasse. Je ne suis absolument pas d’accord avec ce mode de fonctionnement dans la presse, Internet offre une visibilité et une tribune inespérée à quelques disques et je saisis la balle au bond.

    Je préfère découvrir que couvrir.

    Musicalement,

    AM
    J’ai sciemment pris le parti d’écrire une chronique sur un bon disque, que j’ai eu la chance et le bonheur d’écouter. Un disque vers lequel le mélomane lambda ne se serait, j’imagine, pas immédiatement tourné et qui, je le sais, n’aura pas un tel écho chez nos confrères.

  4. Circus dit :

    J’espère que Lenny Kravitz continuera à enregistrer des disques aussi médiocres. Des albums aussi mauvais c’est que du bonheur pour mes oreilles.
    Vu le succès de sa dernière tournée, je n’ai pas l’impression d’être le seul à le penser.

    Quant à U2, ils n’ont plus rien à prouver j’ai l’impression. Certainement pas au journalistes qui ne prennent même pas le temps d’écouter leurs disques.

  5. Raoul dit :

    « Aujourd’hui le funk, à part samplé dans les albums d’obscurs DJ français et perverti par la disco, c’est fini. »

    Je suis obligé de vous dire que vous avez une méconnaissance totale de la scène funk actuelle. Dire cela reviens à nier les Sharon Jones, tout ce que fait le studio Daptone depuis 10 ans, Baby Charles et autres enfin bon si je vous laisse découvrir tout cela car il vous manque manifestement une partie de l’histoire de la musique.

  6. Badu dit :

    autant de contre-vérités avec autant d’aplomb dans un article, c’est rare merci !
    Si vous souhaitez la mort de certains artistes au moins essayez de ne pas passer pour un inculte suffisant …

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