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Dragonslayer nous ferait presque penser que William Blake est bien vivant

jag140posterWilliam Blake n’est pas mort. Et s’il était toujours bien six pieds sous terre, il a au moins dû rouvrir un oeil le jour de la naissance de Spencer Krug. Après s’être fait la main avec Wolf Parade notamment, et sorti trois albums avec Sunset Rubdown, voilà qu’il nous délivre Dragonslayer.

Autant le dire d’emblée, le présent album est un véritable bijou discographique. On a là affaire à de la poésie (au sens quasi-classique du terme) dense et empreinte d’imagerie et de symbolique. Complexes de prime abord, les textes révèlent une puissance et une profondeur grandiose une fois digérées. Paper Lace est une ode à l’exploration et à la découverte, comme remède contre la souffrance et le cloisonnement : « Oh, what’s in the world? What’s in the hearts of pretty girls? ».

Dans Black Swan (le cygne noir), Krug nourrit de la théorie du cygne noir (selon laquelle un événement improbable mais écrit par le destin doit chambouler une vie) l’histoire d’un (ou d’une ?) être humain qui attend de ses songes qu’ils influent sur sa réalité. Le narrateur, après deux avertissements (le mot « heart » est plusieurs fois prononcé « hurt »), lui tend ainsi un piège et envoie un fantôme dans les rêves du personnage. « I see you running down a washed out road. I see you running between the dream and the void » (« je te vois courir sur une route pâle, je te vois courir entre tes rêves et le néant »).

Laissant de côté les aspects engagé et religieux de l’œuvre de Blake, on retrouve néanmoins dans Dragonslayer son architecture poétique ancrée dans le pastoral, les éléments de la nature, l’enfance et le mystérieux. La répétition de « strophes » légèrement modifiées à différentes étapes des chansons est également une technique typique de l’œuvre de Blake. Aussi, les personnages de Dragonslayer ont cela en commun qu’ils ne sont pas maîtres de leur destin, et tous ont pourtant eu, à un moment précis, l’occasion d’y échapper. Et dans notre cas, il est tout bonnement impossible d’échapper à ce grand album.

CD « Dragonslayer»  (Jagjaguwar/Differ-ant)

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