Souscrire à la newsletter

UNE CAMPAGNE DE BENICASSIM 2009

ben1

Du 16 au 20 juillet se tenait le Festival International de Benicassim et sa programmation dantesque. Vox Pop y était. Récit de 4 jours de festivités musicales sous un soleil de plomb, les pieds dans l’eau et la tête dans les étoiles. Con muchas cervezas por favor.

Le festival de Benicassim doit à plus d’un titre faire rougir les organisateurs de festivals hexagonaux. Son cadre, planté entre montagnes escarpées et azur méditerranéen relègue loin derrière lui n’importe quelle région de notre bon vieux territoire. Son camping, situé à proximité de plantations viticoles et à quelques pas de la plage constitue un havre de paix verdoyant pour combattre les attaques solaires. De même ses festivaliers (appelés « Fibers ») dénotent joyeusement avec nos joueurs intempestifs de jumbe et autres proto-bidochons braillant des « apéros » par-dessus les toiles de tente. Composé de 70% de britanniques de 29% d’espagnols et de 0,3% de français, il est aussi le lieu où le gaulois se mêle à des langues enivrantes et constate avec ravissement la diversité esthétique du corps européen. Enfin, l’horaire espagnol des concerts (18 à 8h du matin) permet de profiter pleinement des activités balnéaires et de se purifier (c’est-à-dire dormir) avant les folies nocturnes.

Après un périple aventureux dans les Pyrénées et dans le dédale des échangeurs barcelonais, le festivalier goûte avant tout chaleur torride, coups de soleil, sel marin et réjouissances culinaires. Et cette mise en bouche de 3 jours lui fait rapidement prendre conscience qu’il se trouve bien en terre sainte.

Jeudi 16 Juillet :

Après qu’un accueillant “I Wanna be your Dog“ nous sourit à l’entrée du site, les cérémonies s’ouvrent par un concert des Bishops sur la scène principale. Manifestement (toujours) heureux d’être là, le trio power-pop déroule un set énergique et fringant. Les Londoniens réjouissent un public qui semble gentiment entraîné par leurs lignes sautillantes et leurs riffs déchirants. En confèrent mes pieds sur lesquels pleuvent déjà les jets de bière d’anglais bien entamés. Et même si la grandeur de la scène convient mal à ces jeunes gens (à quand un clavier ?), les Bishops tiennent la mesure et gagnent une ampleur sonique dont on a déjà constaté la dimension.

The Bishops, “Breakaway“ :

Découverte du site bétonné de Benicassim et parsemé de quelques espaces verts déjà bien réquisitionnés. Prise en considération des tarifs exponentiels de la bière (7.50 le soi-disant « litre » d’Heineken). Boycott de The View, nouvelle sensation outre-manche qui produit un sous Libertines à faire essentiellement se pâmer les midinettes.

Alors que l’on sort du site, un embouteillage monstre se forme à l’entrée. La tête d’affiche Oasis se murmure et va débarquer dans peu de temps sur la grande scène. Arrivé un peu en retard, les meilleures places sont prises d’assaut et le son étouffé oblige à un recul backfront. Alors que “Fuckin’ in The Bushes“ et “Rock’n’roll Star“ résonnent, la fièvre s’empare de la foule compacte réunie là pour l’événement. La visibilité étant moindre et l’arrogance mancunienne toute palpable, la débordante énergie des fibers les poussent à grimper dans un désordre total sur les miradors retenant les amplis. L’attraction se situe alors de ce côté où des anglais semble t-il éméchés se hissent en tongs à 15 mètres de hauteur pour bénéficier d’un agréable point de vue sur leurs idoles. Geste de folie pure que ne parviendront à contenir des organisateurs débordés et le service d’ordre, salués de bonne guerre par des fuck off plutôt amusants. Le son d’Oasis évoque quand à lui une bouillie rock’n’roll assez inaudible. Les carences vocales de Liam sur pas mal de titres sont quelque peu masquées par les chœurs d’une foule conquise d’avance. En ce qui concerne les hymnes, plantage général sur « Wonderwall », immense Morning Glory » et sublime incantation sur “Don’t Look Back in Anger“. Et quelle superbe impression de voir une marée humaine vibrer à l’unisson en reprenant ces titres supersoniques !

Oasis, “Morning glory“

Fin de soirée du côté du chapiteau appelé « Pista Pop » où l’on danse frénétiquement jusqu’à l’aube sur Smiths, Supergrass, Who mais aussi Plastic Bertrand, Etienne Daho

Oublié en route le set ronflant de Glasvegas pour éviter la déprime. Pas pris non plus celui des vétérans de Gang of Four. On y préfère ce qu’ils appelaient alors l’entertainment…

Vendredi 17 Juillet :

La journée s’annonce pleine de promesses puisque l’on va enfin voir celui qu’on appelle le Modfather, le génial Paul Weller. Avant, on patiente devant un groupe espagnol du nom de Cooper qui envoie, grâce à une rythmique solide et des riffs accrocheurs, un son boogie aux accents bien vintage. Le chanteur au look de Paul Weller espagnol fait ce qu’il peut pour séduire mais le chant ibérique mobilise peu le noyau de mods bien en place.

C’est alors que la terre s’affole, un vent commence à faire danser les toiles des bars et agiter les enceintes en front de scène. Une atmosphère étrange s’installe. Un incendie embrase une plaine située juste derrière les gradins. Le souffle fait tournoyer les flammes et une ambiance pour le moins apocalyptique pose son voile sur Benicassim.

Malgré un écran en moins et l’éveil de la tempête, Paul Weller débarque sur scène animé de sa fibre nerveuse et électrique. Accompagné d’un quatuor guitare/basse/batterie/claviers impeccable et brillant, l’ex leader des Jam n’est pas venu là pour faire de la figuration. Riffs secs, voix de soulman à faire tomber par terre, Weller démontre à qui veut bien l’entendre qu’il est le parrain, le diamant pur que la France n’a jamais vraiment reconnu. Fendant l’air par des moulinets nostalgiques, bravant les nuages de poussière qui soufflent à l’avant-scène, il semble faire sien le déchaînement des éléments pour mieux dispenser une énergie frondeuse et épileptique. Quelques titres de son dernier et rêveur “22 Dreams“ un hit de Style Council et un “Eton Rifles“ d’anthologie nous laissent sans voix et admiratifs. Malheureusement la reprise des Jam sera la dernière d’un set (30 minutes) qui était censé durer 3 fois plus longtemps. L’organisation demande alors au groupe et à un Weller défait de quitter la scène pour des raisons évidentes de sécurité.

Paul Weller, “Eton Rifles“ :

La tempête rafraîchit alors les rêveries mod et oblige finalement à rejoindre le camping pour consolider son précaire habitat de toile. Les ruines du camping et les envolées des tentes ne nous feront pas de sitôt oublier ce magique frisson rock’n’roll. Le site est dorénavant fermé. Exit tous les concerts que promettait l’affiche de la soirée. Pas de The Horrors, Kings of Leon, Magazine, Boys Noize

Enfin, prise de douces substances pour bien s’endormir, oublier les cris, les coupures de courant, les toiles qui se déchirent… Et pour prier que l’on ne s’envolera pas avec la tente de l’autre côté des Pyrénées.

Samedi 18 Juillet :

Réveil difficile, le visage du fiber est tiré par un masque de poussière sec comme de l’argile. Les voisins anglais arborent un tee-shirt « Fails International Benicassim » avec les noms barrés de Kings of Leon, Boys Noize, Foals, Lily Allen

La soirée de ce soir qui promettait de la dance et du fun s’annonce tout de suite moins alléchante. Il faudra alors se reposer sur les Television Personalities et à la rigueur Franz Ferdinand.

Relégués sur la troisième scène, Les Television Personalities et son leader esquinté Dan Treacy sont déjà en train de jouer leurs titres lâches et toujours sur la brèche. Et c’est bien sur Dan Treacy qui attire l’attention. Il est le seul membre originel de ce groupe révélé par John Peel et né avec le punk en 77. Les yeux rougis, légèrement beurré, Treacy fait montre d’un détachement ironique et preuve de cet humour so british qu’il tient à partager avec les quelques fans réunis pour l’occasion.

Sorte de Jonathan Richman anglais, le trop méconnu frontman « chante » à demi-mot et comme las avec cette voix pincée et faiblarde. Mais entre les nombreux apartés du chanteur, le groupe offre un set impressionnant de maîtrise chaotique et de facilité électrique. Comme s’ils pouvaient jouer les yeux fermés, Television personalities enchaînent les hits “45th Floor“, “Look Back in Anger“, “A Picture of Dorian Gray“ avec panache et brio. Le son évoque les Who pour le côté ballade déchirante et les Pink Floyd de Syd Barrett pour les fuites psyché et débordantes de larsen. La petite touche qu’on retiendra c’est l’arrogance narquoise avec laquelle Dan Treacy clamera un « I was a mod before you was » drôle et mélancolique à la fois.

Television Personalities, “A Picture Of Dorian Gray“

Un peu secoué par ce concert des plus étranges, le déplacement vers la grande scène pour voir les Franz Ferdinand se fait presque à reculons. Face à cette bande d’écossais et leurs tubes qu’on a classé un peu trop vite du côté de la new-wave, on secoue mollement la tête. Rien à dire de ceux-là tant ils occupent un terrain FM, un tantinet cynique et très fainéants. Derrière tous ces titres qui semblent s’enchaîner sans que l’on discerne une grande différence, on retient pas grand-chose si ce n’est un simulacre d’énergie plutôt fade et creux. Malgré de petits déhanchés pour communier avec la gente féminine, rien ne se passe vraiment à l’écoute de ce groupe chutant dans les profondeurs du ridicule. Le final emphatique sur une chanson piquée aux pires heures de la musique rock (progressif) met à nu une esthétique d’un gigantesque pétard mouillé.

Exit les DJ-set de 2 Many DJ’s et Peaches… Plongée dans la Pista Pop pour danser et se saouler jusqu’au lever de soleil…

Dimanche 19 Juillet :

Après une lutte acharnée contre le mal de tête du dimanche matin, l’entrée sur le site se fait au son du jeune Dent May et son imparable instrument, le ukulélé.

Gringalet au look propret, Dent May chante de magnifiques ballades pop lorgnant du côté des Beach Boys. Voix angélique et timbre pur, le jeune américain du Mississipi psalmodie ses rêveries excentriques (“Oh, Paris !“) et ses frustrations adolescentes (“College Town Boy“) comme s’il était le Wes Anderson de la pop. Vu en formation très réduite à la Flèche d’Or, Dent May se voit ici accompagné d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur jouant avec des maracas. Retrouvant la richesse musicale de son album easy-listening, Dent May et son groupe finit par s’envoler sur de sublimes harmonies vocales dignes des Zombies. Le concert prend finalement l’allure d’une bulle fantaisiste et d’un souffle enchanteur arrivé à point nommé pour entamer l’ultime soirée. Et le mélancolico-excentrique Dent May de dévoiler au final une énergie insoupçonnée.

Dent May and his magnificent ukulele, “Meet Me In The Garden“

Alors que claironnent à quelques mètres les trompettes de Calexico, on chaloupe joyeusement sur une belle reprise (“Alone Again Or“) de Love pour attraper les derniers morceaux du set. L’approche orchestrale et diffuse du son de Calexico semble ravir son petit monde. Chacun repartant avec un rayon de soleil dans l’esprit et sur les lèvres.

Suivent alors les martiens de TV on the Radio dont on a vraiment envie de voir en live les titres de leur très bon « Dear Science ». Bien en place, la formation TV on the Radio dévoile un professionnalisme et une assurance fort appréciables. Les morceaux comme “Red Dress“, “Dancing Choose“,“ Shout Me Out“ sont superbement soutenus par un saxophoniste métronomique et une basse ultra groovy. Les deux afro-leaders font dialoguer leurs voix soul et maniérées (on pense au Bowie aérien) et entremêlent les fameux a capella qui ont fait la marque du groupe. Les américains offrent finalement un set enlevé, modelé par le meilleur des influences rap-electro et puissamment libéré des carcans musicaux … Ainsi, TV on The Radio arrive à temps pour livrer la meilleure prestation du festival. Dans leur genre, ils fascinent tellement qu’ils en deviennent limite transcendants (mais 60 minutes chrono ne sont pas suffisantes…).

TV on the Radio, “Dancing Choose“

Puisqu’il faut faire des choix entre les concerts se jouant en même temps, on est invité à ne pas s’encrasser les oreilles devant The Killers et contraint de zapper White Lies et Friendly Fires. Alors que Psychedelic Furs décline une musique morne, soporifique et assez indigeste, l’appel du pied générationnel nous conduit devant la scène du nouveau Peter Doherty.

La réputation sulfureuse et l’état de décomposition avancée de Doherty étant ce qu’ils sont, on peut dire qu’on attendait l’ex-Libertine au tournant. En précisant aussi que notre dernière (et première) rencontre avec la star eut lieu sur une petite scène dans le parc de Saint Cloud pour l’un des concerts les plus minables que l’on ait pu voir.

Sous les acclamations, l’ex-Libertines, clope au bec, col relevé et chapeau noir, déboule à l’heure et se montre bien vivant. Accompagné par ses Babyshambles, il va dévoiler une prestation tonique et un set alternant ballades chevrotantes, hymnes libertins (“What became of the Likely Lads, What Katie Did“) et une courte mais fabuleuse reprise des Stone Roses (“I Wanna be Adored“). A noter qu’il n’a malheureusement joué aucune chanson de son album solo. On finit par être emballé par le nouveau Doherty qui perd peu de notes en route, semble heureux d’être là face à une foule d’Anglais qui lui rendent bien. Tout n’est pas parfait mais c’est aussi ça qu’on a aimé et qu’on recherche encore devant cette « english rose » un peu fanée mais (qui sait ?) en lente floraison.

Peter Doherty, “What Katie Did“

Finalement c’est le jour du Seigneur qui a pour une fois sauvé la musique et les multiples annulations de cette semaine enchanteresse. Et malgré les promesses d’une affiche qui s’est réduite comme peau de chagrin, Benicassim s’avère être le meilleur festival jamais vu auparavant. Son alliance farniente/swinging rock’n’roll constitue un lieu de villégiature idéal pour les amateurs de pop sceptiques quant à la programmation de nos festivals hexagonaux.

Fin de partie, retour aux obligations et hasta luego Benicasssim…

5 Réponses to “UNE CAMPAGNE DE BENICASSIM 2009”

  1. Kynerion dit :

    Je ne sais pas si ça n’est dû qu’à moi mais je n’ai pas les vidéos. :(

  2. Benjamin Durand dit :

    Là ça doit être bon. Ah Youtube quand tu nous tiens…

  3. seb dit :

    le problème c’est que benicassim c’etait mieux avant (si-si) quand c’était pas plein d’anglais bourrés, insupportables, mal élevés et sapés comme des merdes (je parle de ceux qui sont dans la foule). L’esprit n’y est plus du tout.

  4. Anthony Mansuy dit :

    Bah des anglais, en somme.

  5. Zed dit :

    Vrai. En France, on est tellement plus mieux, oui oui … (Dieu ce qu’il faut pas lire des fois…)

Laissez une Réponse