Rencontré dans les loges du Zénith de Paris quelques heures avant le concert, Dave Keuning, guitariste du groupe, aborda le sujet épineux de la limite à ne pas franchir entre un titre accrocheur et un morceau putassier. Fatigué et visiblement peu enclin à répondre à nos questions, le grand bouclé aux faux airs de Brian May se contentera d’un laconique « on essaye juste d’être nous mêmes ». Quelques minutes plus tard, il nous parlera de Las Vegas, où le quatuor s’est formé. Pas très difficile de relier ces deux éléments: comment, en venant de la ville où tout est plus grand, plus fou, et en tout point surréaliste, tendre vers le minimalisme et l’introspection et non vers le rock le plus exubérant ?
La musique des Killers, dans tout ce qu’elle a d’agaçant et de grandiloquent, n’en demeure pas moins d’une efficacité dont les ventes de disques (plus de 12 millions à ce jour) et de places de concerts (une tournée sold-out et une salle archi-blindée ce soir) attestent.
Et d’ailleurs, ça ressemble à quoi un fan des Killers ? Grosso modo à ceux de Muse. Même âge, même look. Avec en plus, une capacité aussi étonnante que désagréable pour la gente féminine à atteindre les notes les plus aiguës au moindre mouvement de hanche de Brandon Flowers, qui, impossible de le nier, ne manque pas de charisme.
Et le concert en lui-même ? Exactement ce que l’on peut attendre d’eux. Quoi de mieux pour commencer que « Human », et pour terminer que « When You Were Young » ? Avec entre les deux plus d’une heure trente de show à l’américaine, avec des tubes à la pelle (« Spaceman », Mr. Brightside », « Somebody Told Me », « Bones »…), nuages de fumée, paillettes, pluies d’étincelles, et même des palmiers sur scène. Les Killers n’ont peur de rien, même du mauvais goût le plus certain. Quant à savoir s’ils appartiennent à la race des humains ou à celle des danseurs, on pencherait plus pour la deuxième option. Mais difficile d’en être sûr: ils planent désormais vraiment trop haut.