Un premier coup d’oeil à la pochette de “Woke on a Whaleheart” en dit long sur la mutation en train de s’opérer. Attention, Callahan n’est pas non plus devenu Annie Cordy : on n’efface pas comme ça près de quinze années avec Smog occupées à l’édification d’une americana monolitique, austère et parfois même carrément flippante. Le cru 2007 est bien loin de cette claustrophobie: les fenêtres sont ici grandes ouvertes et laissent entrer l’air frais du petit matin autant que la douceur de miel d’une fin d’après-midi d’été. Entre folk délié et country élémentaire, “Woke on a Whaleheart” est un vrai disque “post-desserrage de mâchoires”, un disque ample, à ciel ouvert, qui prend le temps de le perdre. En ouverture, le somptueusement bucolique “From The Rivers To The Oceans”, décrit les tout premiers jours, heureux et gonflés d’espoir, d’une relation amoureuse. Les constructions en ronds d’eau extatiques de l’”Astral Weeks” de Van Morrison ne sont pas loin. En roue libre (dans le bon sens du terme), Bill Callahan fait cohabiter en toute légèreté des références aussi mastodontiques que, donc, Van Morrison, mais aussi Lou Reed (“Sycamore”, sensuelle et indolente), Johnny Cash (“The Wheel”, “A Man Needs A Woman Or A Man To Be A Man”, étonnant final aussi grave que jovial), ou encore Leonard Cohen et Lee Hazelwood (le temps de la leçon de songwriting “Honeymoon Child”). Delesté de toute inhibition, Bill Callahan livre même un morceau “disco”, “Diamond Dancer”, probablement à l’origine de moult cris d’effroi chez les smogiens intégristes. Mais qu’importe; cette prise de distances vis-à-vis de l’ombrageuse créature qu’il a autrefois créée ouvre le champ des possibles à son auteur, plus sauvage, instinctif et talentueux que jamais. Qu’on se le dise, la carrière de Bill Callahan ne fait que commencer. C’est beau un homme (presque) heureux.
Maxime Chamoux