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In Rainbows

« In Rainbows » semble avoir déporté dans sa géniale promotion la surprise qu’il n’a pas placé dans la musique. Car le plus étonnant avec ce disque est que, pour la première fois, Radiohead ne cherche pas à surprendre. Radiohead vient de produire le disque qui lui ressemble le plus, le disque où le plaisir de jouer ensemble est évident, où l’on ne court pas derrière un nième manifeste esthétique mais où l’on se contente d’explorer, à cinq, ce format si spécial de chansons que l’on a mis 10 ans à élaborer. Pour preuve ce « 15 Steps » qui ouvre l’album et qui, à première écoute du moins, ne surprendra personne. Il s’agit pourtant d’un morceau tout à fait génial, sorte de remix de l’Orchestre Baobab par Autechre, où, avec une infinie subtilité, la tension et la beauté ne cessent de progresser sans jamais s’imposer. Et le reste de l’album est de cet acabit : multipliant en surface les clins d’œil (à eux-mêmes, et à la décennie qui les a vu naître : « Philadelphia » de Bruce Springsteen sur l’intro de « All I Need », « Unfinished Sympathy » de Massive Attack sur le faramineux « Reckoner » – sans problème une de leurs meilleures chansons – ou encore… Texas sur la première phrase de « House of Cards », sorte de classique soul façon Tindersticks lesté par une production dub), affichant une familiarité et une monochromie apparente, les morceaux assument pleinement leur linéarité, leur refus de se couler dans un format « chanson » classique. En ce sens l’arc en ciel de ce disque n’est pas, comme dans « Hail to the Thief », à chercher dans la diversité de tons entre les chansons, mais bien plutôt à l’intérieur de chaque chanson même, dans cet art des nuances ici porté à son comble (ainsi sur « Videotape » on entend la magnifique mélodie principale, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le récent « Neon Bible » d’Arcade Fire, s’effacer petit à petit devant un travail aussi discret que somptueux sur la rythmique).

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