Remake « indie-afro-beat » du premier album de Black Flag par l’OVNI Dirty Projectors. Une fascinante réflexion sur l’action du temps.Commençons par le commencement. « Rise Above » est et n’est pas, à proprement parler, le nouvel album de Dirty Projectors. N’est pas, car il s’agit en vérité du remake mot pour mot de « Damaged », le premier album du groupe hardcore américain Black Flag, paru en 1981, et album de chevet de David Longstreth à l’adolescence. « Rise Above » ne saurait cependant être réduit au statut de « cover album » car, pour le réaliser, notre homme ne s’est basé que sur ses souvenirs de jeunesse, forcément erronés, sans jamais réécouter une seule fois l’œuvre originale. Le résultat, on peut s’en douter n’a plus rien à voir avec du Black Flag, ni même avec aucune forme de musique préexistante. Imaginez un Jeff Buckley épileptique en stage intensif d’afro-beat dans la cave d’Animal Collective, le tout accompagné par un trio de choristes devant autant à Kassav qu’aux Young Marble Giants, et vous serez encore loin du compte. Imaginez ce qu’aurait pu donner « Low » si, au lieu de se réfugier à Berlin, Bowie s’était enfui pour un safari en amoureux avec Mark Hollis au Kenya, et vous commencerez à chauffer. Dirty Projectors joue du grotesque, fait le monstre – cet album est aussi puérile que théoricien. Les franches réussites (le tribal « No More » et sa très étrange suite d’accords, le cyclothymique « Gimmie Gimmie Gimmie », l’émouvant « Police Story ») y côtoient indifféremment de cuisants échecs (« Room 13 », « Spray Paint ») – dus en partie au chant chichiteux de Longstreth.
Mais l’important, après tout, n’est pas là : Dirty Projectors n’a que faire de la « réussite » de son entreprise. Ce que cet album donne à voir – et qui émeut ici – c’est précisément l’échec effectif du souvenir face au pouvoir déformant du temps. Le personnage central de ce « Rise Above » ne saurait être son référent historique « Damaged », mais bien plutôt ces 26 années qui les séparent, et dont on perçoit, au gré des tensions rythmiques et autres torsions harmoniques, l’empreinte grimaçante.