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All Hour Cymbals

Porté par l’incroyable « 2080 », Yeasayer concocte un loukoum géant avec des bouts d’Animal Collective et de Genesis dedans. Succulent.Dans la charte du bon goût des adeptes d’Arab Strap et de Hood que nous étions, étaient édictées quelques lois a priori éternelles, dont celle-ci : « Le prog-rock, c’est de la merde. Les solos de guitares, c’est de la merde – sauf chez Neil Young ». Ah, que n’avons-nous humilié nos parents, ces ex-légumes affalés sur un space sofa en train de léviter sur « The Dark Side Of The Moon » … ! Que de sarcasmes adolescents ont pu suivre des phrases telles que : « Non, mais je t’assure, tout n’est pas à jeter chez Genesis ! »
Nous étions jeunes et cons, pour paraphraser ce bon vieux Saez.
Car nous autres indie boys and girls sommes des gens faibles et versatiles. Nous aimons le deuxième album de Midlake ? Nous voici en train de reconsidérer le cas de Fleetwood Mac et America. Nous aimons Dirty Projectors et Vampire Weekend ? Voici redécouvertes les vertus – autrefois très incertaines – de l’afro-beat et de Fela. Avec leurs harmonies vocales astralo-cramées, leurs synthés baveux et leur basse millésimée « RTL 1982 », les étranges brooklynites de Yeasayer oeuvrent quant à eux pour la réhabilitation des travaux de David Gilmour et Phil Collins. Le pire, c’est que ça marche.
Tout d’abord parce que Yeasayer joue sa musique sans le moindre cynisme ou second degré. Résultat : un son fascinant et ultra-personnel, à la lisière du Talking Heads de « Remain In Light », des Bee Gees et des Eagles. Ensuite parce que 2007 ayant été l’année d’Animal Collective, à travers « All Hour Cymbals » rejaillit l’importance de ce groupe (dans son appel à un certain rousseauisme musical) sur tout un pan de la pop contemporaine – et sur les mystérieux et tribaux« Sunrise » ou « Forgiveness » notamment. Enfin, parce qu’avec des tubes aux mélodies et structures aussi bluffantes que « 2080 », ou « No Need To Worry », Yeasayer peut mettre à l’amende tous les ricaneurs de la Terre : ces morceaux annoncent un lieu qui n’existe déjà plus, ils s’effacent à mesure qu’ils sont joués.

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