Willie Nelson est une légende vivante de la musique américaine. Mais plus important, il continue à faire des disques qui méritent d’être écouté.Willie Nelson a eu quelques idées farfelues ces derniers temps comme tourner un clip avec Jessica Simpson dans une course de tracteur-tondeuse ou – moins marrant – défendre la thèse du complot à propos de l’effondrement des Twin Towers. Bon, mettons ça sur le compte de sa consommation excessive de substances hallucinogènes… mais quand même, confier la production de son nouvel album à Kenny Chesney?! Notre indulgence a des limites… et nos préjugés la vie dure car « Moment Of Forever » est loin d’être le désastre qu’on aurait pu imaginé entre les mains de la superstar de la country bien grasse. Loin du son crade concocté par Ryan Adams sur « Songbird », le précédent album de Nelson, Chesney adopte une ligne claire et pas si lisse que ça, laissant toute la place nécessaire à la voix de Nelson. Comme d’habitude chez Nelson, la track-list est un subtil dosage entre reprises, originaux et relectures de son propre répertoire. Il s’attaque ainsi au « Gotta Serve Somebody » du Bob Dylan période chrétienne (« Slow Train Coming ») : les boucles de guitares bluesy et le renfort en cuivres ont beau y faire, le sermon a du mal à passer. Si bien qu’on préfère s’attarder sur la belle version du « Louisiana » de Randy Newman qui évoque inévitablement le fantôme de Katrina et doit beaucoup de sa réussite à l’harmonica de Michael Raphael ou sur la reprise d’un morceau peu connu de Kris Kristofferson (« A Moment Of Forever »). Nelson revisite son « You Don’t Think I’m Funny Anymore » (toujours aussi funny) mais de sa plume on retiendra surtout « Over You Again », sublime morceau d’ouverture tout en guitares planantes sur lequel Chesney semble s’être fortement inspiré du travail de Daniel Lanois (qui produisit le « Teatro » de Nelson en 1998). Mais surtout, « Moment Of Forever » est entre les lignes une sorte d’album concept sur la mort et l’âge traité avec toute la distance et la sagesse qu’on pouvait attendre d’un éternel cowboy hippie de 74 ans.