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13 Blues For Thirteen Moons

Le clan du Thee Mighty Hotel2Tango met enfin du verbe dans ses effusions sonores. Les temps changent.Les franc-tireur de Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la Band (TSMZ) crèveront un jour mais ne se rendront jamais, pas même à l’évidence que leur invisibilité publique aussi persistante que foncièrement injustifiée est inadmissible. Mais ne nous étendons par sur ce sujet scabreux.
L’important aujourd’hui, c’est cet album, dont on ne dévoilera rien de la première surprise qu’il recèle – vous écouterez. Non, plus que les effets, l’essentiel reste cette musique, la leur, celle qui empoigne et captive, main de velours dans un gant de fer en fusion, une étreinte qui ne se relâche à regret qu’à l’instant implacable où monte le dernier murmure. C’est donc à notre corps plus du tout défendant que nous voulions clamer haut et pire que fort les grâces de ce 5° opus : dense, verbale, plus noire et toujours aussi intense. Toujours aucune trace de tiédeur autour de ces 13 lunes qui gravitent entre bouillonnantes pulsions d’humeurs sombres scandées (le prophétique « 1,000,000 died to make This Sound »), et montées de cordes belliqueuses (« Black Waters Blowed/Engine Broke Blues »). La colère et sa rumeur grondent sereinement là-dedans, contenues mais plus trop longtemps. Oui, attention, la rupture guette, dirait-on, l’explosion et l’estocade finale sont aux aguets, prêtent à sévir, à s’assouvir, à frapper dans les contours les plus sensibles de nos âmes. Ainsi, lorsque le disque prend fin, il ne subsiste plus de doute : toutes choses concordantes, l’évidence se confirme, Efrim et sa bande ont produit là un nouvel objet sonore, parmi les plus intrusifs, habités et sincères que nous ayons eu la chance de découvrir ces derniers temps. Une musique puissante et pourtant si douce, irradiée de mots depuis trop longtemps tus. Le blues exemplaire en somme, d’une génération qui ne voudrait pas avoir à lâcher son dernier mot. Chargée de tristesse assurément, elle nous dit surtout à quel point elle n’acceptera plus jamais la peur : la notre comme la leur.

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