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Forfeit/Fortune

Retour d’Eric Bachmann et de son groupe pour un album qui devrait en dérouter plus d’un.De ses débuts en héraut du campus-rock américain avec Archers of Loaf à son travail de producteur, en passant par ses compositions de BO ou son album solo, Eric Bachmann a plus qu’à son tour fait montre d’un éclectisme rare. De toutes ses incarnations, Crooked Fingers est probablement la plus fidèle à son tempérament et son talent protéiforme.

Forfeit/Fortune est d’ailleurs l’album le plus schizophrène et composite de CF mais aussi soniquement le plus riche. Cuivres, cordes et synthétiseurs, Bachmann et ses co-producteurs Mark Nevers et Alex McManus ne se sont pas économisés pour ce qui est d’ajouter des couches. Pour commencer « What Never Comes » offre un jouissif téléscopage entre le E-Street Band et le Heroes de Bowie complété par les choeurs de Miranda Brown. « Phony Revolutions » prend l’allure d’un puzzle aléatoirement assemblé, Bachmann s’efforçant d’y imbriquer des pièces aussi différentes que du flamenco-rock, de la pop synthé et des pastilles de chanson chinoise. Le plus mystérieux, c’est que le résultat de cet improbable alliage est incroyablement catchy.

« Cannibals » est un morceau plus facilement lisible qui rappelle l’americana-pop de l’album précédent tandis que les nostalgiques de To The Races seront servis par la beauté sinistre de « Let’s Not Pretend (to Be New Men) » et la simplicité folk de « Run, Lieutenant, Run » – du moins s’il l’on omet la dernière minute en forme de roucoulade gypsy. L’obsession latino de Bachmann se traduit d’ailleurs par une touche hispanisante sur à peu près tous les morceaux; No Me Los Des est le plus explicite en la matière avec ses paroles en espagnol et son côté Calexico en cure d’excentricité.

Plus étrange encore, « Give And Be Taken » livre une sorte de r’n'b ténébreuse soutenue par les choeurs robotiques de Brown et le chant syncopé de Bachmann. Les sceptiques pourront toujours se rabattre sur le fantastique duo pop 80′s avec Neko Case qui clôt cet album joyeusement déconcertant.

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