Parmi les dommages collatéraux de la crise du disque (installée depuis maintenant dix ans, vous reprendrez bien un peu de cet excellent temesta), il y a celui là: le rock nous intéresse de moins en moins.
Il y a eu le super groupe pour Jack White et Alison Mosshart et ça ne servait à rien. Il y a eu les chants nazis sur scène en Allemagne pour cet âne de Peter Doherty et ça faisait de la peine. Il y a eu tout un tas de prétendues icônes du do it yourself qui ont préféré devenir les larbins cools des couturiers et des industries de la téléphonie mobile plutôt que d’essayer de chercher à embarquer une nouvelle génération. Démission généralisée. Victoire du centre sur les extrêmes. Il est donc grand temps de se creuser la tête et de réinventer, avec nos derniers neurones disponibles, un underground.
Puisque ce bilan sera- forcément- noyé dans la masse des retours sur la décennie musicale permettons nous de dire qu’en 2009, le retour du rock, tel que nous le connaissions, est bel et bien mort. Le retour du rock était une vague rafraîchissante. Attitude, discours du type « moi et mes trois potes contre le reste du monde », floppées de jolies filles aux concerts. En 2001 – 2002- 2003 c’était The Strokes, The Libertines ou, encore, les éternellement géniaux (et oubliés) The Coral.
Aujourd’hui le gimmick tourne dans le vide. Il ne veut plus rien dire.
Pour preuve l’album solo de Julian Casablancas, leader des parrains de ce mouvement The Strokes. Ce disque très attendu pour clore la décennie n’est pas mauvais. Il contient deux ou trois titres plus que sympathiques . Seulement il n’est pas crucial, là où – divine surprise- le disque solo du chanteur d’Interpol, Paul Banks, réussit à faire grincer les dents et installer un malaise. Tronche de junkie crevé contre look de gravure de mode. Pop déchirée contre emprunts BCBG à New Order et Dire Straits. Choisis ton camp camarade, mais pour nous ça sera le loser du moment et sans aucun romntisme déplacé avec ça. Désolé les filles à mèches tombantes, mais pour le coup le Julian Plenti à bout de souffle est un meilleur coup que Julian Casablancas.
Exactement comme « This Is Hardcore » de Pulp trucidait de manière beaucoup plus violente les illusions britpop que le « 13″ de Blur.
Pire, « Phrazes For The Young » me paraît en décalage complet avec l’époque, là où « Is This It ? » et « First Impressions On Earth » avaient du sens. Est-ce qu’on peut chanter le fait d’être cool, jeune, urbain, bien né, névrosé, fan d’Oscar Wilde, amateur de sensations vintage et vaguement torturé exactement comme il y a 5 ans ? Bah non, mon coco… On ne peut pas chanter ça après la crise financière, l’élection triomphale d’Obama, la frénésie Twitter sur tous les écrans d’iPhone du monde.
On ne peut pas faire semblant dans un monde d’hyper communication. Ou alors on s’expose à avoir l’air enfermé dans une tour d’ivoire. C’est l’impression que nous a donné « Phrazes For The Young », album par ailleurs apprécié chez certains historiques de VoxPop. Ce disque préfère vieillir avec son public déjà acquis plutôt que d’aller remettre sa couronne en jeu. Ce disque ne vous remettra pas en cause. La meilleure critique qu’on puisse en faire tient sur un timbre poste: « Il y a de bonnes chansons dans le Casablancas, à part ça, circulez ! »
c nimporte koi!!!! vous faites koi de « heart on » des eagles of death metal dont on parle jamai en france ou enkor de « humbug » des arctic monkeys.c pas du ROCK ça???? votre avis est trop subjectif à mon goût.
« votre avis est trop subjectif à mon goût. »
Wow! La phrase de la décennie.
quelle bombe cet album de diabologum quand meme…
Selon moi, le disque de Julian Plenti, clairement, installe un malaise. Un gros sentiment de pitié aussi !
Pardon patron !
diabologum sera toujours le meilleur groupe de rock francais
Donc ce disque installe quelque chose qui tient du sentiment violent. C’est exactement ce que je demande à un album, camarade. On s’est bien compris.
Le patron
Cet article est parfaitement juste et retranscrit très bien ce que je ne voulais pas m’avouer.
Phrazes for the young colle parfaitement à l’époque, car, synthétique, presque plastique, il dit: « aujourd’hui, tout se vaut ». Mi-kitsch, mi-futuriste, il dit, aussi: « comment réinventer la musique? ». Ce disque s’inscrit entre un héritage pop fort, et un futur encore indéfini. Un peu comme Mystery Jets.
Cela dit, d’accord là-dessus: Dead Weather/ Them Crooked Vulture, quelle merde!
PS: On attendra le tant-attendu 4e album des Strokes pour savoir s’ils font toujours, ou pas, sens.
Ouais, l’année rock 2009, c’est donc du rock partout, mais pas sur les disques ?
J’ai donc rien raté (même si j’ai failli rater Julian Plenti).
Merci quand même
Un ancien patron
Lucide. Mais 2009, pour vous, ce n’était pas aussi Wavves? Je bassine un peu le monde avec ça, dès que j’en ai l’occasion, mais je sens plutôt qu’une page s’ouvre, en même temps qu’on referme celle du retour du rock version Strokes. Alors oui, d’un coté il y a le disco et les Yeah Yeah Yeahs qui s’affichent sans complexe mainstream et synthétiques, oui il y a l’éclectisme de Julian Casablancas qui ne plait pas aux irréductibles punk-rockeurs (mais qui surprend quand même agréablement par son ouverture… fan de Tom Petty, ami de Beach House…), mais à coté de ça, vous n’êtes pas passés à coté de Jay Reatard ni de Girls. Bien sûr, ils n’ont pas rythmé l’année au sens le plus largement populaire du terme, mais ça viendra peut-être…