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Une année à oublier ?

John Stezaker - The Bridge

John Stezaker - The Bridge

Emaillée de morts célèbres et finalement d’assez peu de naissances heureuses, la musique en 2009 fut en quelque sorte à l’image du sommet de Copenhaguen, quelque chose dont on attend au fond assez peu, et dont il ne ressort en définitive quasiment rien. Des exceptions glorieuses et des raisons de rester optimiste subsistent heureusement. Ce sont ces trop rares moments de soleil, ces parenthèses revigorantes, que je me propose de célébrer dans la subjectivité la plus totale.

1) LES VALEURS SÛRES

Mon dieu que ce terme est vilain. Mais dans une époque de transition et de mutation comme celle que nous vivons, sujette à l’éparpillement faute de courant dominant, à la célébration du micro-événement, à l’essoufflement et finalement à l’épuisement par excès de nervosité, rares (et chers) ont été ceux qui, en musique bien sûr mais aussi partout ailleurs, ont su garder la tête froide. Pour dire quelque chose de vrai. Par « vrai », je n’entends pas un pénible retour au réalisme et à l’axe Bénabar/Stereophonics, ni à la fameuse « poésie du quotidien ». J’entends la capacité qu’ont eu quelques funambules à capter et exprimer dans la plus grande exactitude formelle, mélodique et littéraire la singularité de leur rapport à la musique, au moment où ils la font. Mes excuses aux adeptes frénétiques des nouvelles têtes et du sang neuf, ces personnes n’ont pas (ou plus) vraiment l’allure de jeunes premiers. Ils n’en ont pas été moins passionnants.

Honneur à l’auteur de mon « album de l’année »: Bill Callahan. En 2009, l’ex-Monsieur Smog, 43 ans au compteur, s’est imposé en toute tranquillité comme le plus grand songwriter de son époque. On en a déjà parlé ici, et plutôt longuement, mais « Sometimes I Wish We Were An Eagle » n’a ABSOLUMENT RIEN à envier aux grands albums de Leonard Cohen, Johnny Cash ou Townes Van Zandt. Après avoir été célébré pour son aridité et son goût pour le « dérangeant », Callahan livre son album le plus serein, ou en tout cas le plus lucide (au sens même étymologique du terme, « lumineux »). Malgré son apparente nonchalance, « Sometimes… » est le lieu d’une précision mélodique et surtout lexicale ahurissante. Le texte entier de la première chanson, « Jim Cain », pourrait servir d’exemple à lui seul.

Même si leurs mines sont encore assez juvéniles (surtout en ce qui concerne les canonissimes Amber et Angel), Dirty Projectors n’est pas à proprement parler un nouveau venu. « Bitte Orca » est même le septième album que David Longstreth sort sous cet étrange patronyme. Pourtant, « Bitte Orca » est le premier de sa déjà longue carrière à savoir exactement quoi conserver et quoi élaguer des tentations hautement alambiquées de son auteur. Certes, les chansons de cet album ne sont toujours pas la simplicité même, mais pour la première fois, cette rencontre improbable de pop, de musique traditionnelle africaine ou moyen orientale, de recherches harmoniques à la Schönberg ou Lygeti  parle autant aux sens qu’à l’intellect. On a souvent l’impression que les instruments ne jouent pas le même morceau, mais ce sont justement ces frottements, ces non-coïncidences et, finalement, la naissance devant nos oreilles ébahies, de ces nouveaux grooves mutants qui rendent le tout si passionnant. Mention spéciale à la suite « Stillness Is The Move »/ »Two Doves », élue enchaînement de l’année.

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6 Réponses to “Une année à oublier ?”

  1. Violette dit :

    Et ne faites donc pas le modeste Monsieur Maxime, dans les espoirs français vous pouvez aussi inscrire Topy Fight :)
    Nous sommes d’accord sur tout sauf Bill Callahan, comme c’est étrange ;) !

  2. Maxime Chamoux rules. Putain d’article !
    Petite précision sur Jean Felzin le leader des excellents Mustang. Il semblerait plutôt qu’il n’ait composé qu’un titre sur l’album attendu ici de notre chouchoute nouvelle star Camelia Jordana.

  3. Maxime Chamoux dit :

    Au temps pour moi. Je corrige derechef, chef !

  4. cm dit :

    Tres bon article oui
    où j’apprends notamment que je suis un pisse vinaigre chipoteux et un abruti…2010 commence bien

  5. garrincha dit :

    Il ressort de la lecture de cet article que je suis donc un abruti. C’est noté ;)

  6. Olivier Marguerit dit :

    j’aime ça!
    Bravo à vous Max la menace.

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