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MICKAËL: IL VOYAGE VOYAGE EN SOLITAIRE

Mikaël de la Nouvelle Star (DR).

C’était le freak brother de la septième édition de la « Nouvelle Star » sur M6. Des cheveux longs et bouclés, un passé de harpiste, un goût pour Kate Bûche (sic) et les pires merdes des années 80. Oui, sauf que maintenant que Mickaël, 25 ans, n’y est plus, le chroniqueur est tristouille. Reviens vieux barde, ils veulent transformer la seule émission de pop valable en Europe 2.

« Si vous la rencontrez bizarrement parée. Traînant dans le ruisseau un talon déchaussé. Et la tête et l’œil bas comme un pigeon blessé. Monsieur, ne crachez pas de juron ni d’ordure au visage fardé de cette pauvre impure que déesse famine a, par un soir d’hiver, contraint à relever ses jupons en plein air. Cette bohème là, c’est mon bien, ma richesse, ma perle, mon bijou, ma duchesse… » (Serge Reggiani « Sarah »).

Le lendemain de son élimination lors du premier prime de « Nouvelle Star » à Baltard, Mickaël, a vidé son cœur. Comme ce jeune homme de 25 ans est un esthète, il a ouvert le robinet de son amertume à l’hebdomadaire Télé 7 Jours. La noblesse, toujours la noblesse… Et dire que d’autres auraient pu aller, direct, se torcher dans un bistrot de Villeneuve-D’Asq et amuser la galerie des pochetrons du Ch’nord Pas De Calais: « J’te j-j-j-ure Djezon ! Je-ja-jo-jé j’aurai dû être la Nouvelle Star. Tout ç…ç…ç… ça c’est magouille et compagnie. Les Francs-Maçons font les votes. Tu m’enlèveras pas d’l'esprit qu’la mère de Camélia-Jordana doit être inscrite dans une loge du grand Orient ! Patronne ! Janny ! Rem-rem-remets-moi la même chose ! »

Mickaël, le barde à moustache, le flûtiste, le harpiste diplômé en musicologie au conservatoire de Lille. Mickaël, le hippie perché haut dans un chêne millénaire, celui qui se présente devant le jury avec le sérieux d’un Pape et balance, aristocrate « J’aime Kate Bûche ! » avant de reprendre le pire des années 80, Cindy Lauper et Desireless. Mickaël, à qui André Manoukian a annoncé la sélection à Baltard en ces termes, disons, mesurés : « Fais nous rêver, troubadour ! » Qu’a dit Mickaël à son confesseur (!) de Télé 7 Jours ? quelques heures seulement après son éviction de « Nouvelle Star »: « Je crois que je n’ai pas été compris. On m’a prêté l’image de quelqu’un de très prétentieux : on ne pouvait pas aimer ce personnage là ». « Je dois retenir qu’il faut que je sois moins naïf ».

Mickaël regardait-il « Nouvelle Star » en famille mardi 14 avril ? A-t-il vu le naufrage vocal en direct, sans lui ? Avalait-il, des petits cubes de fromage Apérivrais pour dissimuler son cafard à ne plus faire partie de l’aventure ? S’enfermait il dans les toilettes à chaque coupure pub pour essuyer ses larmes ? Regrettait-il d’avoir été naïf (dans la même interview, le garçon raconte qu’il en était à sa sixième participation au casting de l’émission de M6.) ? Et sa grand-mère, sa mamy tromblon, celle qui disait de lui lors d’une précédente émission : « Mon p’tit fils c’est un grand artiste ! » est-ce qu’elle le considère encore comme l’égal d’une Mistinguett ? Se pourrait-il que désormais la mémé le voit comme un beatnik paumé : « Tes cheveux longs, là, tu trouves pas que ça fait fille ? »

Mardi, je n’aurais rien donné pour regarder la « Nouvelle Star » en compagnie de la famille de Mickaël. Quelle horreur. L’ambiance devait être plombée comme un jour de plan social chez Continental. Imaginer l’oncle réac’ qui balance pendant que Mahdi reprend « Pastime Paradise »: « Ah pas à dire, il a beau avoir une bouille de moricot, v’là un chanteur ! » Humiliation numéro 1. Entendre la maman répéter : « Tu étais meilleur qu’eux, chaton ! Et les amours, ça va ? » Humiliation numéro 2. Apercevoir le papa qui serre les dents et, finalement, explose d’une rage glaciale: « Mais tu vas continuer longtemps avec ta musique ? Parce que, bon, faudrait quand même pas laisser passer la caravane de l’emploi avec tout ce chômage ! »

Depuis la semaine dernière, je pense souvent à Mickaël. J’aimerais savoir  si ce jeune homme a un plan B. Dans la même interview à Télé 7 Jours il signale qu’il va partir à la recherche d’une maison de disques pour, qui sait, trouver un refuge pour ses chansons décalées. Evidemment, ce garçon ne joue pas du Sonic Youth première période ou un mélange entre le « Metal Box » de P.I.L et Cannibal Corpse. Sur sa page Myspace au nom de Mael Isaac on peut comprendre mieux le fameux univers dont parlait Mickaël en recoiffant nerveusement ses longs cheveux. Il fait de la chanson folk, avec un soupçon de médiévalisme. Il dit aimer Kate Bush (of course), Claire Dit Terzi et Tori Amos… J’imagine également un ou deux disques de Francis Lalanne, au plus fort de sa dinguerie, sur ses étagères. Ses morceaux s’appellent « À tire d’elle », « Égée », « Qu’en diraient Jacob et Wilhelm ». Il y a aussi l’improbable « Les enfants de Vénus » dont je veux vous citer cet extrait : « Tu t’es vue dans la glace. Moi mon reflet dans l’eau me dit c’est dégueulasse. On n’est pas les plus beaux… » Je ne jouerais pas ma chemise sur le fait que Mickaël soit un garçon bien de son époque. A preuve cette vidéo trouvée sur Youtube avant les cheveux longs, avant le « fais nous rêver troubadour ».

Je le revois en train de jouer sa place à Baltard lors d’une performance exaltée au théâtre du Trianon. Je me rappelle d’André Manoukian en aparté avec Lio : « Il est sensible, lui ! »

Oui. Mickaël était sensible. Écorché vif. Pas calculateur. Moins intéréssant que Camélia-Jordana, mais plus dans sa bulle que tout le reste de la sélection. Capable de sacrifier sa petite aura d’étudiant appliqué au Conservatoire pour se faire violenter dans l’arène de la pop. Presque britannique dans son mélange de (fausse) arrogance et de fougue pas encore contrôlée.

Il tenait à reprendre du Cat Stevens ou du Kate Bu(sh)che pour son premier prime-time à Baltard. On lui a gentiment suggéré de s’attaquer à un répertoire plus mainstream. Une âme charitable de la production de M6 lui a susurré innocemment comme le serpent du « Livre De La Jungle »: « Et si tu nous faisait du Desireless, man ! C’est ENORME Desireless ! C’est tout à fait toi ! C’est de la démesure ! »

Et Mickaël a craqué. Et Mickaël s’est emballé. Et Mickaël a pensé : « Oui ! Ma version de « Voyage, Voyage » va être sanglante comme un péplum ! » Souvent les grands timides sont comme ça: ils s’imaginent meilleurs dans leurs rêves et ils se laissent bouffer par la réalité. En catogan et à rayures ouverte sur un poitrail nu, Mickaël 25 ans est entré sur le plateau. Il a poussé sa voix. Trop sans doute. Il s’est sacrifié pour faire marrer quelques beaufs devant leur écran qui, de toute façon, lui auraient trouvé « Un air vraiment chelou ! » Mickaël chantait juste, mais, mon dieu, que son Desireless sentait la vieille viande. On aurait dit un film de zombies de George Romero. « Je suis peut-être trop naïf ». Trois lumières rouges et une bleue.  Le jury a beau s’en défendre, il se méfie des freaks. Disqualifié. Retour au quotidien.

Le côté illuminé et touchant de Mickaël manque à mon émission préférée. Sans lui tout cela pourrait vite ressembler à la playlist d’Europe 2, et ça c’est vraiment pire que tout. Ce n’était certainement pas le meilleur candidat, mais je crois qu’on n’a pas besoin d’être le meilleur, en musique, en sport, au lycée, au travail.
Je l’imagine traînant son spleen dans les rues de Lille. Se représente-t-on la convalescence de l’ego une semaine après « Nouvelle Star » ? Il se reluque dans les vitrines des boutiques d’électroménager. Il rend un sourire tordu aux gamins en pantalon baggy qui lui gueulent: « Hé ! M’sieur d’la Nouvelle Star ! Comment tu fais ton gossebô, fils de pute ! » Il est sensible, Mickaël. Il se répète intérieurement comme un Mantra halluciné: « Fais nous rêver, troubadour ! » Il réfrène une larme. Puis deux. Avec mélancolie, il fait courir sa main entre son nez et sa lèvre supérieure. Cette partie de son visage est glabre. Il a renoncé à sa fière moustache de mousquetaire. Il voulait juste avoir l’air plus acceptable sur M6. Pour lui d’abord, mais aussi pour ceux qui le trouvent depuis longtemps trop bizarre, trop sensible… Trop… Maintenant il faut que le portable sonne, que le Myspace serve à quelque chose. Un producteur, un manager, quelqu’un, quelque part… « La vie pop ça ne peut pas être du perdant- perdant ? »

Une Réponse to “MICKAËL: IL VOYAGE VOYAGE EN SOLITAIRE”

  1. skullring dit :

    J’aime ce garçon. Il me manque… Mais comment le public a-t-il voté ? Il y avait Yasmina aussi.

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