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Jay Reatard: « A un moment je me suis dit qu’il n’y allait pas avoir de futur» 

Jean-Vic Chapus - Jeudi 14 janvier 2010


Entretien réalisé par Alexis Ferenczi le 25 novembre 2008 à Londres.


Jay Reatard
: Je crois qu’on est en pleine période de transition. Une période bizarre. Je suis en face d’un changement climatique. Une période de transition où cohabitent les gens qui achetaient mes disques depuis 10 ou 12 ans et ceux qui sont juste tombés sur un minuscule encadré dans le NME et sont venus au concert. C’est compliqué de faire la part des choses entre ceux qui se sont saignés pour choper tes vinyles et un public beaucoup plus versatile. Je me retrouve face à deux demandes différentes dont une à laquelle je ne suis pas habitué.

Tu n’as qu’à faire le physio à l’entrée si tu veux choisir tes fans…

Non. Je ne suis pas snobinard. Je ne fais pas de la musique élitiste. Je vais juste devoir trouver les mots pour parler à mon nouveau public, pour ne pas ressembler à un autiste. J’ai l’impression de découvrir une autre population. Je suis un musicien anthropologiste, en fait.

Comment présenterais-tu Jay Lindsey à ceux qui ne te connaissent pas encore ?

J’ai grandi en dehors de Memphis, dans une sorte de communauté de paysans et de fermiers d’environ 800 personnes. Ce n’est pas la même chose que les Amish ou les Mormons… des communautés dans ce genre, il y en a plein aux États-Unis. J’y ai vécu jusqu’à 9 ans. C’était une vie probablement très simple. J’ai quelques souvenirs qui se résument à jouer dans les champs et faire de la bicyclette. Des activités pas désagréables en fait, des trucs de gamins, quoi. Le fait de vivre dans une sorte de collectivité, c’est juste chiant et réducteur pour le choix des potes. Ce qui explique que je n’en avais aucun.

Ton expérience rurale, les vaches et la ferme, ça t’a marqué ?

Pour mes 5 ans, mon père m’a offert un poney. Je trouvais ça génial. J’ai commencé à jouer avec. L’animal a rué et m’a explosé le front. J’ai passé plusieurs semaines à l’hôpital, mon cerveau irrigué au minimum. J’avais perdu assez de sang pour… putain je ne sais plus, mais c’était impressionnant. J’ai failli mourir. Tué par un cadeau d’anniversaire. On s’est immédiatement débarrassé du cheval en le refilant aux voisins. J’ai pu continuer à jouer avec. Il n’était pas rancunier. Sinon, dans la communauté, la vie était vraiment sommaire. On s’emmerdait ferme. On est parti, toute la famille, parce qu’il n’y avait pas d’argent. Et on est arrivé à Memphis quand j’avais un truc dans les 9 ans.

Quel est ton premier souvenir de Memphis ? Le choc de la transition ?

Je me rappelle surtout du jour de notre arrivée. Notre appartement n’était pas encore prêt et il avait fallu trouver un endroit pour dormir. On s’est arrêté avec mes parents dans un hôtel dans la banlieue de la ville. Je crois que c’était vraiment le pire endroit qu’on ait pu trouver. Même pour 24h. Donc, on est dans ce taudis, et je me retrouve dans la salle de bain. Je regarde sous le lavabo. Là, je vois une seringue. Je la prends. Et je commence à jouer au docteur avec. Je fais semblant de me faire des piqûres. Mais à un moment je me la plante dans le bras, ça me traverse les veines et je casse l’aiguille. Je passe donc mon premier jour à Memphis à faire des tests de dépistage du SIDA dans divers hôpitaux. Hyper dramatique (rires) !

Jay Reatard, Londres, 2008 © Audrey Cerdan

Jay Reatard, Londres, 2008 © Audrey Cerdan

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11 commentaires to “Jay Reatard: « A un moment je me suis dit qu’il n’y allait pas avoir de futur» ”

  1. Any dit :

    Cet interview est maboul ! Wohoh !

  2. Julia dit :

    Triste. Cette Une est superbe

  3. Ju dit :

    Putain.

  4. [...] lire : une interview de Jay Reatard dans Vox Pop Jay Reatard, Londres, 2008 © Audrey Cerdan Publié le 14 janvier [...]

  5. [...] This post was mentioned on Twitter by Alexis Ferenczi, Audrey Cerdan and Voxpop Magazine, Karim Miské. Karim Miské said: RT @audreymarielou: Trop de nécros tue les conduits lacrymaux. Bye bye Jay Reatard. http://tinyurl.com/yzazdz8 [...]

  6. fred* dit :

    L’homme qui voulait jouer au dessus de 110db et qui avait de fait annulé son dernier concert à Paris, laisse un silence beaucoup plus fort.

  7. roger dit :

    « C’était une belle rencontre, un beau numéro et, contre toute attente, mettre un punk pas glamour en couverture ça s’est extrêmement bien vendu.» 
    Finir l’article d’un artiste remarquable décédé par une note douteuse de nombre de vente c’est vraiment triste. Pathétique même.

  8. roger dit :

    finir l’intro plutot. enfin ça change rien

  9. Jean-Vic Chapus dit :

    Ouais, ouais, c’est douteux, triste, pathétique et tout ça, tout ça…

    Bon, on ne va pas se justifier non plus sur ce que l’on écrit et ce qui – visiblement – vous agresse la conscience.

    Bonne soirée, camarade incorruptible et romantique. On a compris que dans votre monde parler de ventes, d’argent etc c’est incompatible avec l’idée que vous vous faites du garage et du punk.

    On respecte votre point de vue, mais on n’y adhère pas forcément.

    JVC

  10. fred* dit :

    Artiste remarquable j’ai un doute.
    Decevoir son public parisien (et français par la meme occasion) en annulant son concert à la derniere minute, c’etait peut etre punk, mais c’etait aussi une mort commerciale assurée sur les ventes d’un futur album. Du coup la mort pas commerciale, cette fois si, elle a fait son taf. Elle bosse pas mal, la mort en ce moment, dans le milieu des artistes, elle est en CDI?

  11. Ranch 51 dit :

    je suis passé à côté de cet artiste et ne l’écoute que depuis cette semaine. (blood visions)

    J’avais failli aller le voir en concert sans connaitre sa musique, intrigué que j’étais par certaines critiques, finalement je n’ai pu y aller…

    Quel dommage que ce mec ait tiré sa révérence, car Blood Visions n’a certes pas révolutionné la musique mais putain ce que ca fait du bien d’écouter ça, ca vous décrasse les oreilles de toute cette daube lénifiante que l’on peut entendre en ce moment et vous retrouvez alors vos oreilles de 16 ans et êtes soudain surpris d’entendre le dernier titre des Ramones joué par les Buzzcocks ou inversement.

    Belle interview en tout cas.

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