Vous en aviez rêvé, Voxpop l’a fait. Une vraie performance, digne de celle réalisée par Cartman, Stan, Kyle et Kenny dans l’épisode de Southpark sur World of Warcraft ! Peau blanche et début de rechute d’acné nous sont témoins : nous avons réuni la discographie complète (ou presque) des peu distribués Dirty Projectors. Rétrospective.
Puisque c’est avec cet album, sorti la semaine dernière chez Domino / PIAS, que vous êtes le plus susceptibles d’entrer en contact avec le phénomène Dirty Projectors, nous allons commencer cette rétrospective par la fin.

"Bitte Orca", Dirty Projectors (Domino/PIAS), 2009
Le 9 juin dernier sortait cet album, « Bitte Orca« , soit le 7e album des Dirty Projectors. Mais c’est en fait, peut-être, le premier album du groupe. Car, sous ce nom collectif se cache, surtout, un homme : Dave Longstreth. L’ami Dave sort, non pas de chez Swann, mais du cursus de composition musicale de l’Université de Yale. De quoi imaginer la complexité des compos. Mais Dave voulait se lancer dans la musique « vivante» . C’est pourquoi, il a créé son groupe à géométrie variable qui a tendance à s’en tenir au carré depuis quelques années.
Cet album est une sorte d’hommage à ce carré. Dave ayant réalisé qu’un album, ça peut être une suite de chansons indépendantes. Il a donc composé cet album en pensant à ses fidèles choristes Angel (basse et voix) et Amber (guitare et voix) pour tel ou tel morceau. Et, effectivement, pour une fois, le concept s’efface au profit de 9 perles qui n’ont besoin d’aucun collier pour exister. Mais ne vous méprenez pas sur la simplicité de la chose, si vous retournez le CD, c’est quand même Nietzsche qui fait face à Dave…
(Pour lire l’interview complète de Dave Longstreth à l’occasion de la sortie de Bitte Orca, c’est par ici)
Si vous doutiez encore de l’intérêt de cette rétrospective, voyez que même Björk a attendu 7 albums avant de faire confiance à Dave Longstreth qui a composé, spécialement pour la dame islandaise, une série de chansons interprétées le 8 mai dernier dans une librairie de New-York.
Ils ont aussi enregistré avec David Byrne pour le projet caritatif de The National, Dark Was The Night. Ce n’est pas un hasard si l’on a proposé ce featuring à Dave Longstreth tant il ressemble à la tête pensante de Talking Heads. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, merci la lutte contre le S.I.D.A. !

"Rise Above", Dirty Projectors (Dead Oceans), 2007
Quand on vous parlait de concept chez Dave, on ne blaguait pas. Voici l’avant-dernier et deuxième et donc dernier (vous suivez ?) album des Dirty Projectors ayant bénéficié d’une distribution française. Cette oeuvre tient du pur concept. C’est en fait une relecture de l’album « Damaged» du groupe punk hardcore Black Flag.
Pour ceux qui ont réussi à écouter l’original en entier, il est évident qu’hormis les titres et les paroles des chansons, il n’y a pas grand chose à voir entre Black Flag et les Dirty Projectors, à part, peut-être, un certain nihilisme et l’énergie punk. Normal, Dave a composé « Rise Above» de mémoire, sans réécouter « Damaged« , de quoi n’en conserver que l’essence…

"New Attitude" EP, Dirty Projectors (Marriage Records), 2006
C’est à partir de ce moment que ça corse pour se procurer les disques de nos amis, à moins d’habiter Brooklyn, et encore, on gage que ces albums ne sont pas restés bien longtemps dans les bacs. Amazon et sa plateforme d’achat internationale deviennent nos meilleurs amis. Et, hop, on commande tout ce qu’on peut directement depuis les States ! C’est beau Internet…
Après des projets grandiloquents, avec plein de musiciens, Dave Longstreth semble vouloir simplifier le son atteint précédemment, comme s’il voulait rejouer tout seul (avec seulement quelques collaborateurs) ses opéras. En résulte un focus sur les rythmes qui sonne incroyablement « exotique» .

"The Getty Address", Dirty Projectors (Western Vinyl), 2005
Nous voici au peut-être plus barré des projets de Dave. Si Pink Floyd et les Who tendent à prouver que l’opéra rock est un échec, c’est peut-être parce qu’ils ne possèdent pas les connaissances de Dave en matière de composition.
« The Getty Address» est un opéra, construit et présenté comme tel. Il raconte l’histoire d’un musicien, Don Henley, batteur et chanteur des Eagles qui possède des ailes warholienne pour explorer et fuir « le monde de problèmes qui squatte son esprit» . La pochette et son écriture hiéroglyphique ou ovniesque, selon ce qu’on lit (quoique, à en croire Blake et Mortimer, les civilisations humaines anciennes et les extra-terrestres ne seraient pas si éloignés), feront dire aux mauvaises langues qui n’auront pas la patience d’écouter le disque en entier que vous êtes entré dans une secte.
Si tel est le cas, rassurez-vous la secte dont Longstreth est le gourou n’a rien à voir avec l’église de scientologie ou les raëliens, monsieur est plutôt anarchiste et tout ce qui l’intéresse, c’est de confiner au sublime avec sa musique. C’est chose faite avec The Getty Address. Au premier abord simplissime, cette musique est une science du silence, des respirations, de la musique qui vit. The Getty Adress est un organisme vivant ! Sur fond de paranoïa post 11 septembre et de mythologie aztèque, Longstreth nous offre un incroyable souffle d’air frais que contredisent cependant les terrifiques images du DVD de 40 min réalisé par Dave Sumner dont voici l’extrait qui illustre le morceau Gilt Gold Scabs.
Une oeuvre totale, on vous dit ! Pas moins de 25 musiciens ont été nécessaires pour enregistrer le grand oeuvre de mister Longstreth…

"Slaves' Graves & Ballads", Dirty Projectors (Western Vinyl/States Rights Records), 2004
Tout chef d’oeuvre nécessite un « brouillon» … « Slaves’ Graves & Ballads» est un peu l’ébauche de « The Getty Address« . L’oeuvre est divisée en 2 actes (Slaves’ Graves et Ballads). Le premier réunit The Orchestral Society for the Preservation of the Orchestra (sic) autour de Dave. La seconde partie du disque (après la chanson 7) est plus intimiste. Les ballades acoustiques de Dave ayant nécessité, cette fois, la seule aide d’Adam Forkner.
Ce n’est apparemment pas l’album le plus populaire des Dirty Projectors puisque l’on ne trouve aucune vidéo pour l’illustrer. Et pourtant, ces auréoles bleues et rouges ne vous rappellent rien ?

"Morning Better Last !", Dirty Projectors (States Rights Records), 2003
Alors là, Hadopi flagelle-nous, on a été obligé de le télécharger celui-là… Disponible nulle part, indisponible partout !
Là encore, on sent les prémices des aspirations orchestrales de Dave Longstreth. Introduction à la clarinette. Haut-bois. Cors. Et encore ces voix, utilisées ici comme des instruments. Chacun joue sa partie dans son coin et semble se répondre. Puis, la batterie, la guitare flammenco et les choeurs reprennent leurs droits. Mais les flûtes sont toujours là. Certains morceaux sont même pop. En fait, Dave Longstreth ne parle (plusieurs langages cependant) qu’en musique (en interview, il se met à poser des questions aux journalistes).
Là encore, pas de vidéo, mais on commence à remonter aux sources vraiment obscures de la force des Dirty Projectors.

"The Glad Fact", Dirty Projectors (Western Vinyl), 2003
Voici le premier fait d’armes de Dave Longstreth sous le nom de « The Dirty Projectors» (le « the» disparaîtra ensuite. Pour éviter toute confusion avec la vague de groupes de rock en cuir et converses en vogue ?). Celui-ci, on l’a dégoté chez un disquaire indé à Bruxelles. L’ouverture très tribale nous dessine déjà les futures images de The Getty Address dans la tête mais avec un son est plus dur et moins peaufiné. On qualifiera cet album (et sans doute le précédent) « d’africain» pour cette recherche sur les rythmes avec trois fois rien (et oui, une simple paire de mains ça peut faire beacoup).
Voici l’énormissime, The Glad Fact, ouverture de cette version, encore lo-fi, de Dirty Projectors :

"The Graceful Fallen Mango", Dave Longstreth (This Heart Plays/Western Vinyl), 2002
Et voici enfin, on l’avoue, notre échec… Introuvable ou trop long à télécharger car trop peu de possesseurs pour publier cette rétrospective en temps et en heure, le premier album de Dave Longstreth enregistré, comme toute bonne oeuvre de chambre, sur un 4 pistes.
Voilà, nous ne serons, pour l’instant pas, les seuls français et même européens à posséder l’entière discographie des Dirty Projectors en CDs. Si d’autres malades ont tenté, voire réussi l’exploit, merci de contacter notre hôpital psychiatrique ou de nous faire savoir comment palier les manques au plus vite…











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