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ÉCONOMIE POP 17

Est-ce un phénomène vintage éphémère ou la martingale inespérée pour les labels ? En quelques mois le vinyle est passé du statut d’objet culte à vraie proposition pour ralentir l’érosion du marché du disque. Jean-Noël Bigotti est responsable du centre de ressources et chargé des éditions à l’Irma (Centre d’Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles) explique ce phénomène.

Texte : Adrien Toffolet - Illustration : Joachim Larralde

ARTICLE PARU DANS VOXPOP #17 (NOVEMBRE – DÉCEMBRE 2010)

Qu’avez-vous observé du retour du vinyle comme support de musique ces dernières années ?
On a observé plusieurs éléments. D’abord, en fonction des genres musicaux, il y a certains genres qui se prêtent essentiellement au vinyle en tant que tel, que ce soit l’électro ou le hip hop. A ce sujet, ces dernières années, il était assez intéressant d’observer le développement des platines de scratch via MP3 filer un coup de frein au niveau des ventes de vinyles de hip hop. Mais ce qu’on observe dans ces genres musicaux – et surtout dans le rock – c’est qu’il y a gens qui sont des forcenés, des gens très pointus dans leurs pratiques. Des gens qui vont avoir leur platine pour écouter des vieux disques, mais qui vont aussi acheter des rééditions de vieux albums en vinyles, et ce, alors que l’album existe en CD. Donc, le  vinyle est en général un support qui s’adresse à des collectionneurs. Il y a un marché de rééditions et aussi un marché d’occasions qui est très important. Et la raison est qu’il y a par rapport au vinyle un véritable amour de l’objet.

Comment a évolué le marché face à cette demande émanant de collectionneurs ?
Il y a eu le développement des rééditions d’albums à l’identique, de « classiques » comme ceux de Gainsbourg par exemple. Je pense que c’est un moyen pour les maisons de disques d’essayer de diminuer les baisses de ventes et de revendre du back catalogue. Ce sont des albums où il n’y a plus de frais de production mais juste des frais de fabrication. Du coup, ça permet d’exploiter le catalogue qu’on a déjà et de faire un produit valorisant par rapport l’usager moyen.

N’y a-t-il pas aussi une volonté de leur part de développer la production de nouveautés en vinyles ?
Ça dépend pour qui. Pour certains artistes il y aura une sortie en vinyle, CD et numérique donc tous les supports sont concernés. Mais si l’on regarde dans les lieux du type « grande surface spécialisée », il n’y a pas beaucoup de bacs adaptés pour mettre du vinyle…. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que le vinyle est vraiment un objet de valorisation par rapport à deux catégories : les collectionneurs et les gens qui refusent d’avoir du CD ou du MP3 parce que le son n’est pas le même. Il y a aussi cet aspect là. Donc s’il y a une sortie en vinyle aujourd’hui, ce sera soit, par exemple en maxi 45 tours avec des titres inédits, de manière à ce que ce soit un beau produit, différent, valorisant l’artiste. Soit uniquement un simple album complet qui s’adresse aux fans du son. Donc il n’y a pas de véritable production de masse en ce qui concerne les nouveautés.

Cela explique-t-il la démocratisation des éditions de vinyles 180 grammes avec, soi-disant, un meilleur son ?
Je ne sais pas. Je me méfie beaucoup du « vous allez voir, c’est génial, le son est meilleur ». C’est ce que l’industrie disait à l’arrivée des premiers CD. Et ensuite, il y a eu un mea culpa en disant « on vous les ressort remasterisés parce qu’en fait ils n’étaient pas si bien masterisés que ça… » C’est super d’avoir un vinyle de 180 grammes, c’est solide, la gravure est profonde. Mais de toute façon, si jamais on a une chaine pourrie pour l’écouter, ça ne sert à rien. C’est plus un bel argument marketing qu’autre chose.

Selon vous, le vinyle restera t-il un produit pour les mélomanes ou va-t-il réinvestir toutes les discographies ?
Il y a un aspect basique : c’est du pétrole. Ça coûte cher. Il faut donc être prêt à mettre le prix. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de monde qui soit en capacité d’en acheter comme on achète un CD. Et puis le vinyle n’est pas adapté à tous les genres musicaux. Certaines musiques se consomment très rapidement donc il n’y a pas d’intérêt à les sortir sur ce support. Le vinyle est un produit d’exception donc pour une musique d’exception. Le marché ne se développera donc pas plus que ça.

Par contre le marché  d’occasion, lui, est en plein boom.
Oui, de plus en plus de gens vont creuser un peu partout pour trouver du vinyle d’occasion en bon état. Le développement d’Internet a eu un effet intéressant. On va trouver des blogs de fanas de musique qui, d’un côté, vont encoder des vinyles qui ne sont plus édités mais qui, de l’autre, vont en plus fournir tout un travail documentaire sur l’artiste, le producteur, les musiciens, etc. Paradoxalement, avec ce travail d’information, le net devient dans ce cas un outil de promotion du vinyle.

Est-ce suffisant pour que le vinyle reste le dernier support physique ?
Le CD n’est pas mort. On continue à en vendre même si le numérique légal prend de l’ampleur. Il y aura toujours une base d’acheteurs de CD et de vinyles. Je suis plutôt d’avis de dire qu’à terme, on devrait arriver à du CD qui sera beaucoup plus adapté à la demande qu’à une production massive, difficile à écouler. Par exemple, si j’ai 3000 fans dans ma base de données, je sais que je vais potentiellement pouvoir vendre 2000 CD. Je raisonne donc par rapport à la niche plutôt que par rapport au marché. Peut être même qu’un jour on arrivera à faire du CD à la demande. Pourquoi pas ! On voit déjà apparaître des livres à la demande. Peut-être qu’on aboutira à une production de disques en fonction de la demande réelle.

Mais pourrait-on aussi envisager une production de vinyles à la demande ?
Une logique de vinyle à la demande… Je ne pense pas à cause du coût de fabrication. Mais une démocratisation du vinyle de collection oui. Le CD et le numérique serviraient à écouter la musique, le vinyle à garder un bel objet décoré.

Une Réponse to “ÉCONOMIE POP 17”

  1. MOnsieur MO dit :

    salut
    juste pour dire que le cd a la demande existe depuis quelques années chez mpo, c’est un peu limité dans le choix, mais ça peut plaire à certains…
    Mo²

    http://www.mpo-international.com/IMG/pdf/cd_on_demand_mpo_joachim_garraud-2.pdf
    http://www.bb-pp.fr/fr/applications/

    goodies
    Bientôt des bornes de gravures dans les supermarchés (2002)
    http://www.01net.com/article/174954.html

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