
C’est à deux pas de la place de la Bastille que l’entretien avec Tom Smith (chant/guitare) et Russell Leetch (basse) des Editors a été programmé. Tom parle très lentement et s’excite intérieurement dès qu’une question l’interpelle ou le chatouille un peu trop. Il commente souvent ce qu’il est en train de dire dans sa barbe, toujours de manière audible, avant de poursuivre son discours. Il sourit peu, affiche sans trop se forcer sa désapprobation. Il ressemble à sa musique. Ou plutôt, celle des anciens disques. Oui, les Editors ont changé, comme je le précisais hier dans une chronique. Sachez-le, l’interview est assez longue pour un format Internet. Et tant mieux non ?
Tout d’abord : where are all the guitars gone ?
Tom : De toute évidence, il y a beaucoup moins de guitares sur cet album. On a expérimenté différentes manières d’écrire et d’enregistrer, et on s’est vite rendus compte qu’on ne savait pas où mettre les guitares. On voulait faire quelque chose de neuf même si on ne savait pas où ça nous mènerait.
Avec tous ces synthétiseurs, ces pads électroniques et un disque manifestement très produit, vous ne vous dites pas que le contenu émotionnel risque d’être balayé par la technologie ?
Russell : Bonne question… ça le pourrait, mais au final on a tout enregistré en live. Rien de mécanique dans tout ça, tout a été fait sur le moment. On avait un peu peur de faire un disque électronique, plastique. On ne cherche pas la perfection. Et Flood (le producteur) nous a poussé à le faire comme un vrai groupe de rock. Jouées le plus fort possible en studio, les chansons avaient un vrai contenu émotionnel. C’était pas un truc préprogrammé, c’était purement humain.
Tom : Beaucoup de disques sont aujourd’hui fabriqués avec des ordinateurs, mais les nôtres sont enregistrés comme ceux d’un groupe de rock, sur le moment, comme l’a dit Russell. J’estime aussi que l’on choisit les moments où exprimer les émotions, et ceux où la technologie peut primer, sans que ça interfère totalement.
Russell : Dès le début de toute façon, on a commencé à chercher ce qui pouvait faire le lien entre ce que l’on faisait et les influences de science-fiction qu’on avait tous en tête.
Tom : On aime bien cette idée de vision rétro-futuriste des années quatre-vingt, comme dans Terminator et sa bande originale qui est fabuleuse. C’est industriel, froid, flippant. Et rien de ça n’a été balayé par la technologie, non ?
J’en sais rien, vraiment. J’ai adoré vos deux premiers albums mais celui-ci est déroutant. Surtout le single, « Papillon ». C’est d’une part la moins bonne chanson de l’album à mon sens, et en deuxième lieu, elle dénote plus encore que les autres morceaux par rapport à ce que vous faisiez avant.
Russell : Tu sais bien ce que le mot « single » implique. Et de toute manière, même avec nos précédents albums, les singles n’étaient jamais nos chansons préférées.
Tom : Les singles doivent être les morceaux les plus directs. Clairement, on l’assume, c’est une chanson qui doit dire aux gens : « allez acheter l’album ». C’est ce qui va passer à la radio, ce qui pourra peut-être faire danser les gens (sic).
Russell : Il y a un gros côté club à « Papillon », et c’est exactement ce qu’on voulait faire. De toute façon, il y aura deux singles qui suivront, probablement « You Don’t Know Love » et « Blood Drool = Eat Raw Meat ».
Tom : pour revenir à « Papillon », je sens bien qu’elle pourrait être la plus successful (nda : aucune traduction aussi fidèle et révélatrice que l’expression de Tom n’aura pu être trouvée). C’est celle-ci, j’en suis sûr, qui va mettre le plus de gens en contact avec notre album. (Il parle dans sa barbe) It’s a little cynical. (Il me fixe droit dans les yeux, comme pour s’assurer de me convaincre) Cette chanson est une ruée, un assaut, une longue retenue jusqu’au moment où tout se relâche. Elle parle d’un homme qui s’échappe de prison, celle de la vie. « Papillon », car elle ne contient aucune guitare, est le pas en avant naturel de notre musique. Elle est dans la ligne de notre écriture, et de toute manière In This Light… n’a selon moi pas qu’une seule dimension.
Qui dit nouvelle approche du son, dit nouveau public. Vous allez perdre des fans…
Tom : Je ne dirais pas que je ne m’en occupe pas, ce serait trop sec comme réponse. Je pense plutôt qu’il faut l’écouter à plusieurs reprises, le laisser de côté pendant quelques jours, et y revenir. Mais dans mon esprit, il n’y a absolument aucun doute : c’est notre meilleur album. Notre meilleur album. Je le vois comme a piece of art, presque de l’artisanat dans le procédé.
Russell : Au niveau du jeu, on a enregistré ça très naturellement. Et je pense que tu peux t’en rendre compte un peu partout dans l’album. On a pris un pied monstre, et j’espère qu’on va bouleverser quelques personnes qui auront besoin de l’écouter de nombreuses fois avant de vraiment l’aimer, cet album.
Tom : Il est sur que certains ne l’aimeront pas, d’autres l’adoreront. C’est juste notre suite logique, et si les gens ne parviennent pas à appréhender ces deux facettes, au final ce n’est pas un problème. Si tu penses à ce que le public va dire de ton album, tu t’embrouilles l’esprit en studio. Le but était de faire l’album que nous aimions en premier lieu. Et surtout, c’est toujours une bonne chose que les groupes essaient de tester leur public. A ce jeu là, tu peux perdre des fans, mais aussi en gagner.
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t bonnes questions
itv passionnantes merci