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The Jim Jones Revue : du sang, des tripes et du rock’n'roll

The Jim Jones Revue au Trabendo (28/10/09) - Photo : Vinz Guyot

The Jim Jones Revue au Trabendo (28/10/09) - Photo : Vinz Guyot

The Jim Jones Revue passe à Paris pour un concert au Trabendo. Et notre réflexe ? On les séquestre de longues minutes durant, avant le concert. On leur sucrera aussi quelques bières, histoire de. Le même soir, The Dead Weather jouait à l’Olympia, la salle était à moitié vide. Qu’ont-ils raté ? Un vrai show rock’n'roll délivré par cinq détraqués. Interview.

Quelques minutes avant le début de l’entretien, dans les loges, Rupert Orton me demande « tu veux faire l’interview avec le groupe complet ou juste Jim et moi ? ». Ma réponse spontanée, en V.O. : « five against one will be too hard ». Et j’ai bien fait. Gérer les égos, les grandes gueules et les coupures de paroles de deux membres de Jim Jones Revue est déjà assez compliqué. Mais tant mieux pour moi s’ils s’emportent et rigolent franchement. Ils ont passé l’âge du « fuck off on s’en fout », et en connaissent un rayon niveau musique, c’est certain. Leur regard est celui de personnes qui savent, qui ont vu, qui ont vécu, et leur musique s’en ressent.

 

The Jim Jones Revue - Photo : Vinz Guyot

Jim Jones - Photo : Vinz Guyot

Comme le dit le titre de votre album, vous voulez sauver l’âme des gens ?

Rupert Orton (guitare) : Si t’es dans une mauvaise période, viens nous voir en concert. Très vite, tu vas te mettre à danser sur la table et tu vas passer un bon moment.

Jim Jones (guitare/chant) : Quand les gens se noient en mer, ils envoient un signal, le SOS, qui veut dire « Save Our Souls » (« sauvez nos âmes »). Ils ont besoin qu’on les tire de l’orage. C’est une image, mais nous, ce qu’on dit aux gens c’est : « appelez-nous, venez nous voir, on va vous aider ». Sur Internet, on reçoit des messages comme « je dois bosser tard aujourd’hui, j’ai toujours les oreilles qui sifflent. Mais ça vaut le coup, parce que la nuit dernière je vous ai vu en concert ». Ces gens ont une vie qui les oppresse, un travail qui les fatigue.

 

Cette démarche… c’est parce que vous avez été dans la même situation ?

JJ : Exactement, mate. On sait de quoi on parle. On les a eu, les jobs pourris qui te permettent à peine de payer le loyer et de garder la tête hors de l’eau, comme faire la plonge, bosser dans des fermes, des usines, des supermarchés. Que des trucs manuels.

RO : Quand j’étais très jeune, toujours à l’école, j’ai vu les Ramones en concert. C’a été comme une conversion religieuse, je n’étais pas le même quand je suis sorti de la salle, et je n’avais jamais touché une guitare avant. Ce pouvoir et cette force… dans notre musique on essaie de récupérer cette étincelle, cette énergie originelle du rock.

Mais croyez-vous que la nouvelle génération a autant besoin de cette musique que les précédentes ?

RO : Il y a eu les rockers des fifties, Jerry Lee Lewis et Little Richard, ce black gay du sud des USA. Puis on a eu les Beatles, les Stones dans les années soixante et ensuite les Pistols. Ces groupes étaient plus que des musiciens, de vraies expériences qui ont changé la vie d’un nombre incroyable de gens. Ce n’est plus possible aujourd’hui, je pense que personne n’ira aussi loin que ces types. On se base seulement sur l’énergie, la furie. On ne va pas prétendre avoir le même impact social, nous ne sommes ni noirs, ni gays, et on vit dans les années 2000.

JJ : Tout a changé dans nos sociétés, les années cinquante étaient un bordel monstre à l’origine pour les artistes. Quand tu regardes de plus près, la Nouvelle-Orléans était l’endroit où tout se passait musicalement, beaucoup ont commencé là-bas. Et pourtant, c’était le sud des États-Unis, dans les années cinquante. Peut-être l’endroit et la période où le racisme était le plus présent dans les mœurs.

Le problème majeur, l’ennemi à abattre, ce ne serait pas l’impression erronée de liberté dans notre société, maintenant que tous ces gens dont vous parlez sont passés par là ?

JJ : Les gens pensent être libres mais ils devraient se réveiller, mais je crois qu’on n’a jamais été aussi conditionnés qu’aujourd’hui. Si la liberté, c’est avoir le choix entre un match de foot et une émission de télé réalité…

RO : La liberté et la rébellion sont devenus un commerce comme les autres aujourd’hui, que ce soit la volonté ou pas des icônes de l’époque. Ce n’est pas notre cas, et ça ne le sera jamais. On fait les choses comme on l’entend, on booke nos propres concerts, pareil pour la promotion. Je suis le guitariste du groupe mais aussi son manager, notre label nous laisse une totale marge de manœuvre, sur l’image et sur la musique. Et on est très perfectionnistes, on dégage plus de chansons qu’on en joue, au final, et c’est pareil en ce qui concerne le reste.

 

LIRE LA SUITE DE L’INTERVIEW (2/3)

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Une Réponse to “The Jim Jones Revue : du sang, des tripes et du rock’n'roll”

  1. Stéphane dit :

    Passionnant cet entretien ! Comme le disent les protagonistes, Angoulême fût excellent, Paris ne fût pas en reste.

    De l’art de mettre le feu quelque soit le lieu, d’avaler les kilomètres sans compter, d’enchaîner date sur date au mépris de toute logique géographique, The Jim Jones Revue est une déferlante scénique et musicale à part entière. Un son, une énergie, une attitude : un rock communicatif qui vous happe, vous dévisse les oreilles et vous fait tourner la tête. Une claque.

    (À l’attention d’Anthony : on s’est entraperçu au Trabendo alors que je prenais des photos, désolé de ne pas avoir discuté avec toi après le concert)

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