Souscrire à la newsletter

Jay Reatard: « A un moment je me suis dit qu’il n’y allait pas avoir de futur »

Jay Reatard, Londres, 2009 © Audrey Cerdan

Jay Reatard, Londres, 2008 © Audrey Cerdan

Jimmy Lee Lindsey Junior (1er mai 1980 -13 janvier 2010). Nous venons d’apprendre, avec émotion, le décès d’un honnête punk rocker des années 00. Le talent brutal Jay Reatard nous manquera. Nous republions l’interview de sa première et dernière couverture en France. C’était dans les colonnes de VoxPop. Au micro Alexis Ferenczi, et derrière l’objectif, Audrey Cerdan. Repose en paix, « Jay l’attardé mental ».

Comme Daniel Johnston, Elliott Smith, Kurt Cobain ou R. Stevie Moore, Jay Reatard faisait partie de l’Amérique qu’on aime bien.

Pas le pays de Barack Obama et de George Clooney. Plutôt celui des gangs de rue, des dealers habillés avec un t-shirt « South Park », des flingues, des quarter pounder cheese, des fusils à pompe, des trailerparks… Plutôt la patrie d’Eminem que celle de Pharell Williams.

Jay Reatard personnifiait cette Amérique des déclassés ordinaires. Tous ces gamins coincés sur le logiciel de l’adolescence éternelle. Il était un petit punk absolument incollable quand on le branchait sur la production de ses copains d’Atlanta les Black Lips ou sur les vinyles les plus obscurs sortis par les Buzzcocks. Il jouait vite, il chantait à toute blinde. Ses anciens groupes avaient tous des blases insensés: Terror Vision, Destruction Unit, Angry Angles, The Final Solution… Il dissimulait des mélodies pop presque aussi belles que celles des Kinks derrière des tonnes de fumier électrique.

Aucun débat possible au sein de la rédaction quand il s’est agi de partir interviewer longuement Jay Reatard pour le mettre en couverture. C’était lui, ses cheveux cradingues, son gros bide et ses chansons qui puent la lose ordinaire du gamin white trash élevé aux comic books et aux revues pornos à 3 $ qu’il nous fallait. C’était lui car il y avait son disque. L’album était une compilation de singles sorti sur le label Matador à la fin 2008.

Ce jeune homme avait fait la couverture de notre numéro de janvier/février 2009. Peut-être notre plus gros pari en « une » de VoxPop, tant ce garçon n’était ni forcément photogénique, ni forcément plein aux as. Il ne sentait pas la win. Quant à son sex appeal, hum, me reviennent en mémoire les commentaires effarés de notre directrice artistique Audrey Elbaz découvrant les planches contacts de la session photo londonienne avec le bonhomme: « Mais on ne peut pas le mettre en couverture, lui. Enfin si, mais ça ne va pas être fastoche un coco pareil… »

Me revient aussi le coup de fil passablement effrayé de notre excellente photographe Audrey Cerdan. Pour notre couverture d’un numéro dédié entièrement à la musique et au cinéma nous avions prévu d’habiller Jay Reatard à la manière d’un personnage bien identifiable de cinéma: Charlie Chaplin, Terminator, ce genre de conneries de rédacteur en chef à côté de ses pompes. Finalement Jay Reatard a envoyé valdinguer l’idée et, gros salopard, a fait sentir son mépris d’autiste incorruptible à la charmante Audrey. Elle a quand même obtenu des portraits au naturel vraiment sublimes. Mieux, Jay Reatard tirait une telle tronche de psychopathe qu’il ressemblait, sans le savoir, à Jack Nicholson dans « The Shining ».

Me revient enfin notre journaliste Alexis Ferenczi qui doutait de la qualité de son interview avec Jay le butor et qui m’a envoyé un des tous meilleurs entretiens (en tout cas un des plus hillarant et effrayant) jamais publié dans nos colonnes. Merci aux trois précités. Merci surtout Jay. C’était une belle rencontre, un beau numéro et, contre toute attente, mettre un punk pas glamour en couverture ça s’est extrêmement bien vendu.

JAY REATARD « It ain’t gonna save me »

 

Pages: 1 2 3 4

11 Réponses to “Jay Reatard: « A un moment je me suis dit qu’il n’y allait pas avoir de futur »”

  1. Any dit :

    Cet interview est maboul ! Wohoh !

  2. Julia dit :

    Triste. Cette Une est superbe

  3. [...] lire : une interview de Jay Reatard dans Vox Pop Jay Reatard, Londres, 2008 © Audrey Cerdan Publié le 14 janvier [...]

  4. [...] This post was mentioned on Twitter by Alexis Ferenczi, Audrey Cerdan and Voxpop Magazine, Karim Miské. Karim Miské said: RT @audreymarielou: Trop de nécros tue les conduits lacrymaux. Bye bye Jay Reatard. http://tinyurl.com/yzazdz8 [...]

  5. fred* dit :

    L’homme qui voulait jouer au dessus de 110db et qui avait de fait annulé son dernier concert à Paris, laisse un silence beaucoup plus fort.

  6. roger dit :

    « C’était une belle rencontre, un beau numéro et, contre toute attente, mettre un punk pas glamour en couverture ça s’est extrêmement bien vendu. »
    Finir l’article d’un artiste remarquable décédé par une note douteuse de nombre de vente c’est vraiment triste. Pathétique même.

  7. roger dit :

    finir l’intro plutot. enfin ça change rien

  8. Jean-Vic Chapus dit :

    Ouais, ouais, c’est douteux, triste, pathétique et tout ça, tout ça…

    Bon, on ne va pas se justifier non plus sur ce que l’on écrit et ce qui – visiblement – vous agresse la conscience.

    Bonne soirée, camarade incorruptible et romantique. On a compris que dans votre monde parler de ventes, d’argent etc c’est incompatible avec l’idée que vous vous faites du garage et du punk.

    On respecte votre point de vue, mais on n’y adhère pas forcément.

    JVC

  9. fred* dit :

    Artiste remarquable j’ai un doute.
    Decevoir son public parisien (et français par la meme occasion) en annulant son concert à la derniere minute, c’etait peut etre punk, mais c’etait aussi une mort commerciale assurée sur les ventes d’un futur album. Du coup la mort pas commerciale, cette fois si, elle a fait son taf. Elle bosse pas mal, la mort en ce moment, dans le milieu des artistes, elle est en CDI?

  10. Ranch 51 dit :

    je suis passé à côté de cet artiste et ne l’écoute que depuis cette semaine. (blood visions)

    J’avais failli aller le voir en concert sans connaitre sa musique, intrigué que j’étais par certaines critiques, finalement je n’ai pu y aller…

    Quel dommage que ce mec ait tiré sa révérence, car Blood Visions n’a certes pas révolutionné la musique mais putain ce que ca fait du bien d’écouter ça, ca vous décrasse les oreilles de toute cette daube lénifiante que l’on peut entendre en ce moment et vous retrouvez alors vos oreilles de 16 ans et êtes soudain surpris d’entendre le dernier titre des Ramones joué par les Buzzcocks ou inversement.

    Belle interview en tout cas.

Laissez une Réponse